Danse - Suisse

La plus grande école genevoise prend de l'élan

Au rythme de ses 24 années passées rue de la Coulouvrenière, l'institution Dance Area n'a cessé de s'agrandir. Bien qu'elle compte aujourd'hui plus de 1600 élèves, elle poursuit son développement et multiplie les projets.

Dance Area dénombre un peu plus de 1600 élèves, la plupart en loisir
Dance Area dénombre un peu plus de 1600 élèves, la plupart en loisir - Copyright (c) LDD
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Tout quitter pour recommencer à zéro ailleurs. En 1997, Marie-Christine Maigret de Priches donne le ton et se lance à corps perdu dans une aventure à l’aveugle, avec sa passion pour seul guide. Femme à l’énergie débordante, à l’époque professeure de danse en Belgique, c’est en suivant son mari qu’elle rejoint les rives genevoises pour se lancer un défi de taille: créer Dance Area, avec pour seule expérience l’exemple de l’école que sa mère possédait dans sa patrie d’origine. Après un démarrage en solo, avec elle pour seul maître à bord, et des cours de danse grand public dans des locaux rue de la Coulouvrenière, Marie-Christine tente de se faire un nom sur le territoire helvétique. «A l’époque j’étais un peu angoissée de voir la concurrence carrément au coin de la rue, il y avait des anciens danseurs du Grand Théâtre qui enseignaient déjà alors que moi je débarquais sans casquette ni réseau», se rappelle-t- elle. C’est au fil des rencontres qu’elle finit par étoffer son corps enseignant et par la même occasion sa clientèle. Au bout de deux ans seulement, résultat des efforts menés jusque-là, les comptes financiers s’équilibrent.

En 2014, nous avons créé une formation supérieure pour les talents déjà adultes

Du loisir à la formation pré-professionnelle

«Nous disposons de sept studios de danse...diaporama
«Nous disposons de sept studios de danse...

Au même moment, le hasard fait que la jeune directrice croise la route d’Hélène Roux, danseuse reconnue internationalement, qui se propose de rejoindre l’équipe de Dance Area. «Grâce à sa venue, je me suis dit que c’était le bon timing pour commencer à proposer un complément aux cours loisirs avec une filiale professionnalisante», décrit Ma- rie-Christine. Main dans la main, les deux artistes montent alors un programme danse-études pour les enfants de 9 à 18 ans. A l’aide d’horaires scolaires aménagés pour suivre les après-midis de danse, deux, trois, puis quatre fois par semaine, les candidats se bousculent au portillon, bien que leur nombre s’écrème année après année. «Lorsqu’ils rentrent au collège, les choses se compliquent et même si ces adolescents aiment danser de manière intensive, ils ne se projettent pas suffisamment dans leur futur pour faire tous les sacrifices nécessaires à une formation complète», constate Ma- rie-Christine. La faute à une culture qui ne considère pas la danse comme un «vrai» métier, selon elle. Contrairement aux Anglo-Saxons qui poussent leurs enfants à participer à toutes sortes de compétitions ou encore aux Russes qui placent les danseurs à une position élevée dans la société, «en Suisse, les parents sont plus frileux et mettent des freins assez tôt car pour la plupart, être artiste est synonyme de galère». L’un dans l’autre, les plus motivés se démarquent et de temps en temps un élève achève son cursus combiné. Véritable tremplin pour la suite, Dance Area pousse dès lors ses jeunes danseurs vers la sortie, à l’étranger plus précisément, comme l’indique la directrice: «Nous considérons qu’il est préférable pour les élèves ayant suivi un cursus d’environ dix ans chez nous d’aller poursuivre leur formation à l’étranger pour découvrir d’autres enseignements.»

De professionnalisation à l’embauche

...et sommes à la recherche d’une grande salle de répétition».diaporama
...et sommes à la recherche d’une grande salle de répétition».

Ce qui n’a pas empêché l’ex-danseuse, devenue entrepreneure par la force des choses, d’aller encore plus loin et de mettre au point un programme de formation supérieure du danseur interprète pour des jeunes talents de 17 à 22 ans. En 2014, l’arrivée de sa fille Anastasia, après quelques années d’expérience en temps que danseuse, a été le gage d’impulsion dans ce projet. «De là, nous avons reçu de nombreuses demandes de l’étranger notamment, Italie, France, Canada, Australie et Brésil», souligne Anastasia.

Des débouchés prometteurs avec cette formation sur trois ans prodiguant un juste mélange de danse contemporaine et classique mais également un accompagnement unique et personnalisé. Cogéré par la mère et la fille, ce niveau d’apprentissage professionnalisant rencontre un vif succès. Préparation aux auditions, mise à disposition des salles le week-end pour répéter, conseils personnalisés et adaptation aux besoins, Dance Area offre de l’inédit. Marie-Christine appuie cela par ses propos: «Ces danseurs qui ont entre 17 et 22 ans sont à un âge de transition. Ils vivent éloignés de leur famille. Dès lors avoir à mes côtés ma fille, associée à mon expérience, est réellement utile.» Un sou- tien qui passe aussi par la venue à l’école de nombreux chorégraphes internationaux afin de mettre les élèves en condition du travail de compagnie et pouvant même aboutir à des contrats.

Au compteur à ce jour, Dance Area dénombre un peu plus de 1600 élèves, la plupart en loisir, mais réserve encore quelques améliorations pour répondre à la demande croissante. «Nous disposons de sept studios de danse acquis dans l’immeuble au cours du temps et maintenant, nous sommes à la recherche d’une grande salle de répétition qui pourrait également faire office de scène de représentation devant des petits groupes de spectateurs», ajoute Marie-Christine. Des projets de médiation et de cours de danse liés à la santé, par exemple, avec des enfants atteints d’un handicap, sont eux aussi en discussion. Preuve ultime, s’il en fallait une, que Dance Area est non seulement la plus grande école de danse du canton mais aussi la plus entreprenante.

Rare cas d’école sans subventions

Anastasia Piguetdiaporama
Anastasia Piguet

Dance Area peut se targuer de ne pas avoir la nécessité de subventions pour fonctionner. Assise sur un bouche-à-oreille efficace et une réputation qui la précède, l’école va jusqu’à offrir des bourses d’études aux élèves à plus haut potentiel artistique. Seule sa fondation, créée en 2016, recherche régulière- ment des fonds auprès de mécènes pour aider à financer le coût de la vie à Genève pour les danseurs venus de l’étranger ou encore pour organiser son festival international de jeunes ballets (qui se tiendra d’ailleurs en mai prochain) prenant en charge tous les frais des autres jeunes compagnies invitées à se produire au Bâtiment des forces motrices.