La plus vieille maison de Romont
Perché sur une colline qui surplombe la campagne fribourgeoise, le château de Romont abrite un musée dédié aux vitraux, à la peinture sous verre et aux verres.

C’est à un emplacement stratégique pour surveiller les voies qui relient les plaines à la région alpine que Pierre II de Savoie fait construire le château de Romont entre 1241 et 1265, en même temps que le bourg du même nom. L’édifice est bâti selon le plan en «carré savoyard». Ce modèle architectural se caractérise par une cour centrale encadrée de murs massifs et de tours d’angle. «Il faut préciser que sa construction précède d’environ quinze ans celle du château d’Yverdon», explique Elisa Ambrosio, conservatrice au Vitromusée Romont. Il s’agit ainsi du plus ancien château quadrangulaire en terres suisses romandes après celui de Chillon.»
Parmi les particularités du lieu figurent un puits profond de 40 mètres, et un donjon, édifié au XVIIIe siècle, culminant à près de 38 mètres. L’imposant portail d’entrée de même que l’aile orientale ont été construits au XVIe siècle par les baillis fribourgeois, à la suite de la conquête des terres savoyardes par les Bernois. Ce bâtiment de deux étages abrite un autre trésor, dans la salle des Baillis: «Un décor exceptionnellement bien conservé datant de cette époque y a été découvert en 2006, à l’occasion de travaux de rénovation.»

Outre ce décor mural datant du Moyen Âge, les visiteurs peuvent découvrir dans cette salle des expositions temporaires liées à la peinture sous verre, car le château est bien plus qu’un monument historique. Depuis 1981, il abrite le Vitromusée Romont, dédié aux vitraux et aux arts du verre. «À l’origine, le musée se concentrait sur le vitrail et occupait uniquement l’aile savoyarde. Une donation de peintures sous verre et de verres reçue il y a une vingtaine d’années a permis d’élargir notre champ d’action et de développer notre centre de recherches reconnu internationalement», précise Elisa Ambrosio.
Art et artisanat
L’ancrage de Romont dans cet univers a pris forme au début du XXe siècle avec l’implantation de diverses entreprises spécialisées. «En 1924, une verrerie s’est illustrée avec des produits d’une qualité exceptionnelle, ancêtres du Pyrex, tandis qu’en 1935, l’usine Électroverre a innové avec le premier four à fusion électrique de Suisse.» Un essor facilité par l’implantation de la ville sur la ligne de chemin de fer entre Berne et Lausanne. Aujourd’hui encore, la tradition est perpétuée dans la région, avec des entreprises spécialisées dans la fabrication de verre pour le secteur de la construction.
Entre les deux guerres mondiales, la ville a été le fief du groupe de Saint-Luc, une association d’artistes et d’architectes ayant pour but de renouveler l’art sacré. «De nombreux édifices religieux de la région, comme l’église de Mézières, témoignent encore aujourd’hui de cet élan», souligne la conservatrice. Le groupe, qui vient de fêter son centenaire, fait d’ailleurs l’objet de l’actuelle exposition temporaire du musée.

Doté d’une collection de 17'137 objets, l’institution offre un panorama unique de l’évolution de la production et des outils utilisés par les artistes et artisans du verre, du Moyen Âge à nos jours. L’éclairage de certaines de ces oeuvres constitue un véritable défi. «Contrairement aux vitraux, dont les couleurs sont cuites dans la masse, la peinture sous verre est appliquée à froid sur une plaque de verre, ce qui impose un contrôle rigoureux de l’humidité pour éviter le décollement. Quant à la lumière, elle doit révéler les subtilités des oeuvres sans générer de reflets gênants.»
Tous les trois ans, le château ouvre ses portes pour le Vitrofestival qui met à l’honneur les arts du verre. «L’idée est de sensibiliser le public à cet univers en organisant un marché, des démonstrations et des activités pour les enfants. Cette année, nous invitons également l’artiste Matteo Gonet et les membres de l’Association Verarte à présenter leurs créations dans nos salles d’exposition.» La prochaine édition du Vitrofestival aura lieu les 10 et 11 mai 2025.
Plus d’informations: https://vitromusee.ch