La plus vieille maison du Landeron
Depuis la fin du Moyen Âge, l’hôtel de ville est le bijou du Landeron. Devenu musée, il occupe une place centrale dans les célébrations du 700e anniversaire de ce bourg neuchâtelois pittoresque.

À l'occasion des 700 ans de la fondation du Landeron, dans le canton de Neuchâtel, son bâtiment emblématique sert de fil rouge aux festivités. Parfaitement préservé, l’hôtel de ville, construit au milieu du XVe siècle, est caractéristique de son époque, marquée par une bourgeoisie qui s’émancipe du pouvoir seigneurial. Il réunissait symboliquement pouvoir citadin et religion, grâce à une chapelle aménagée sous la salle du Conseil de Ville. L’édifice, qui abritait aussi un hôpital –les hospices étant autrefois toujours associés à une chapelle–, communique à l’arrière avec la tour des Archives, dernière tour encore debout de l’enceinte du bourg.
«L’hôtel de ville est un tout, explique Christian de Reynier, archéologue à l’Office cantonal du patrimoine bâti et immatériel (OCPI). Il a une force symbolique, car il incarne une série de concessions faites aux bourgeois par les comtes de Neuchâtel à la fin du Moyen Âge en matière de pouvoir judiciaire, législatif et militaire, mais aussi de service religieux puisque jusqu’à ce moment-là, l’unique église du Landeron était située à l’extérieur du bourg.»
Au XIVe siècle, de nombreuses villes, à l’image de Berne, s’affranchissent de la tutelle seigneuriale. «Elles se développent parfois en de puissantes principautés urbaines, qui sont au coeur des premières alliances helvétiques», raconte notre interlocuteur.

Dès la fin du XIVe siècle, les comtes de Neuchâtel soutiennent l’intention de créer un lieu de culte dans le bourg du Landeron, mais ce n’est qu’en 1450 que le comte Jean de Fribourg (en Brisgau) concède le terrain sur lequel sera bâti l’hôtel de ville, situé à l’opposé du château comtal. «Ce type d’édifice n’est donc pas l’apanage des grandes cités et sa façade, la plus ancienne en maçonnerie de la localité, devait marquer le bourg qui, à cette époque, ne comptait que des constructions assez modestes.»
Une pierre jaune très prisée
Tranchant avec les maisons mitoyennes, dont les devantures sont beaucoup plus récentes, l’hôtel de ville dispose de deux entrées, sur la rue principale du Landeron: la grande porte mène à la chapelle des Dix-Mille-Martyrs et la plus petite donne accès au premier étage, à la salle du Conseil, éclairée par des fenêtres pyramidales, ornées de vitraux comportant les armoiries du bourg. Aujourd’hui, les autorités communales n’y siègent plus et le lieu abrite le Musée de l’hôtel de ville. «L’extérieur du bâtiment a été refait aux environs de 1500, précise Christian de Reynier, mais une telle façade en pierre de taille est remarquable à une période où la plupart des constructions sont encore en pans-de-bois et où seuls certains châteaux et églises bénéficiaient d’une telle qualité de maçonnerie, qui nécessite un travail beaucoup plus soigné, long et onéreux.» De ce fait, où se procurer de tels blocs? Le Landeron étant bâti sur un marais, les matériaux ont dû être extraits des carrières situées sur les coteaux au nord du bourg médiéval, dans une zone aujourd’hui occupée par des lotissements modernes. Pour l’hôtel de ville, les bourgeois ont privilégié la pierre jaune dite d’Hauterive, une roche calcaire typique de la rive nord des lacs de Neuchâtel et de Bienne, prisée depuis l’époque romaine pour ses qualités techniques, car elle se prête parfaitement à la taille et se révèle très résistante à l’usure du temps.

Des fresques à message
Les aménagements intérieurs sont encore en partie d’origine, comme le superbe plafond gothique de la salle du Conseil, installé vers 1460, et les vestiges de peintures murales du début du XVIe siècle, représentant des allégories moralisatrices. On y voit un paysan désignant un laboureur et un enfant qui travaillent dur, un usurier serrant sa bourse ou encore Alexandre le Grand, comblé de biens matériels, gisant sur son cercueil. Tous distillent un message appelant à une certaine probité morale, relève l’archéologue: «Comme elles habillent un bâtiment public, elles représentent un moyen didactique puissant qui s’adresse aux usagers de la pièce, les édiles comme les justiciables.»