Jean-Michel Wilmotte

"La ville du futur doit être conçue avec du bon sens"

De la rénovation subtile de joyaux historiques à la conception audacieuse de structures modernes, l’architecte français Jean-Michel Wilmotte peut se targuer d’avoir une signature esthétique bien à lui.

Stade Allianz Riviera, Nice, 2013
Stade Allianz Riviera, Nice, 2013 - Copyright (c) Milène Servelle
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A son actif, on compte le stade Allianz Riviera à Nice, la rénovation du siège social de l’UNESCO à Paris, de l’hôtel Lutetia mais également l’aménagement du campus Station F, la construction du Grand Palais éphémère ainsi que celle de l’hôtel La Réserve à Ramatuelle. Sans compter les nombreux musées où il a imaginé la scénographie, la réalisation de chaix, de centres sportifs, de villas privées ou encore la réhabilitation de nombreux monuments historiques. Avec actuellement plus d’une centaine de projets dans 27 pays, Jean-Michel Wilmotte prend en compte la culture, le climat et les matières premières locales à disposition pour réaliser son travail. L’architecte français était l’invité de l’Association Horizon Léman et du Cercle International de la Fondation pour Genève le 18 janvier dernier à l’Institut Florimont. Le magazine PRESTIGE a eu l’opportunité d’interviewer le bâtisseur avant la présentation devant 120 participants de ses différents édifices en cours ou déjà finalisés.

Vous avez ouvert votre bureau d’architecture en 1975. Comment votre architecture a-t-elle évoluée ces 50 dernières années ?

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Jean-Michel Wilmotte

Notre architecture a connu une évolution significative, reflétant une diversité croissante de clients et d'influences. Cette transformation est aussi largement due à l'expansion de notre équipe, qui comprend désormais 270 architectes et des designers de plus de trente nationalités. La richesse et le savoir-faire en constante évolution de notre équipe nous permettent de maintenir un courant de créativité permanent depuis toutes ces années.

Nos projets ont également évolué, tirant parti de technologies et de matériaux toujours plus sophistiqués, tels que les matériaux de synthèses ou recyclés. Notre perspective s'est enrichie au fil du temps grâce aux rencontres et aux voyages à travers le monde.

Ces cinq décennies représentent une accumulation d'expériences qui a permis à notre architecture de s'affiner continuellement.

Quels sont les enjeux de l’architecture d’aujourd’hui ?

L'architecture fait face à des défis majeurs qui reflètent les complexités de notre époque. La durabilité est centrale, nécessitant des bâtiments éco- logiques utilisant des matériaux respectueux de l'environnement et intégrant des énergies renouvelables. L'urbanisation croissante exige des solutions innovantes pour le logement et les infrastructures, tout en minimisant l'impact environnemental. L'architecture d'aujourd'hui intègre la technologie pour améliorer l'efficacité et favoriser l'innovation. Cela inclut l'automatisation des bâtiments, l'utilisation de matériaux intelligents et la conception assistée par ordinateur pour créer des structures plus efficaces et innovantes. L'accessibilité et l'inclusion sociale sont essentielles, tout comme la préservation du patrimoine culturel. Face aux changements climatiques, les bâtiments doivent être résilients et adaptables : Les espaces doivent être conçus pour être polyvalents, capables de répondre aux changements rapides dans l'utilisation de l'espace et aux modes de vie en évolution. L'architecture doit également être flexible pour s'adapter aux modes de vie changeants et viser une esthétique qui améliore le bien-être.

Comment imaginez-vous la ville du futur ?

Château Pedesclaux, Pauillac, 2015diaporama
Château Pedesclaux, Pauillac, 2015

La ville du futur, je l’imagine agréable à vire, inclusive, adaptable, évolutive, conçue avec du bon sens. Une ville qui est bienveillante – une ville dont on peut être fier, où l'on se sent partie d'un tout, belle, sûre, et propre – une ville que l'on voudra respecter et entretenir.

La ville du futur sera de taille moyenne, avec plusieurs centralités afin de rompre avec le modèle « quartiers dortoirs vs quartiers d’affaires ». Je suis convaincu que les gens cherchent la proximité, la décentralisation et un cadre de vie plus vert avec des réseaux de trans- ports efficaces. Penser la ville de demain implique aussi de valoriser les bâtiments existants en les adaptant aux besoins futurs, créant ainsi un lien entre le passé et le présent. Cette approche, que je nomme « greffe contemporaine », vise à fusionner le patrimoine et l'architecture contemporaine. Au lieu de détruire, l'objectif est de préserver et de moderniser les structures existantes, les rendant pertinentes pour les modes de vie actuels.

Vous avez mené des projets dans le monde entier. Lequel a été le plus complexe ?

Centre d'entrainement du PSG, Poissy, 2023diaporama
Centre d'entrainement du PSG, Poissy, 2023

Les projets d’infrastructure urbaines sont souvent les plus complexes et les plus longs. Nous devons souvent nous armer de patience. Par exemple, le projet de rénovation de la gare d’Austerlitz est un projet que l’on peut qualifier de « complexe » avec une temporalité longue. Nous avons démarré les études en 2011 pour que le permis de construire ne soit finalement délivré qu’en juillet 2023. Nous avons dû répondre à plusieurs enquêtes publiques afin d’expliquer le projet et de montrer qu’il s’inscrivait dans la continuité historique de la gare existante. L’objectif du projet est de moderniser la gare en conservant son patrimoine architectural. Il a fallu attendre plu- sieurs années pour que le chantier puisse enfin démarrer.

Et celui dont vous êtes le plus fier ?

Hôtel Maybourne Riviera, Roquebrune-Cap-Martin, 2021diaporama
Hôtel Maybourne Riviera, Roquebrune-Cap-Martin, 2021

Le projet sur lequel j’ai particulièrement aimé travailler, c’est la scénographie du nouveau Rijkmuseum à Amsterdam. En 2004 Wilmotte & Associés Architectes remportait le concours international pour la scénographie de l’ensemble du musée. Le défi était de présenter une collection dans 12 000 m2 d'espace d'ex- position, situés dans un bâtiment restauré conçu par Pieter Cuypers. La principale contrainte était de ne pas altérer les murs ni transformer les espaces existants, ce qui excluait toute modification des volumes. Les vitrines ont été conçues comme des éléments centraux de la scénographie. Pour focaliser l'attention sur les objets exposés et accentuer la transparence des vitrines, aucun éclairage interne n'a été utilisé ; la lumière est projetée depuis le plafond. Cette approche s'inscrit dans la philosophie de Wilmotte, caractérisée par la sobriété et une certaine discrétion, visant à permettre aux œuvres d'exister par elles-mêmes, avec une recherche de transparence et une clarification de l'espace.

Quels sont les plus grands écueils pour un architecte aujourd’hui ?

Les contraintes réglementaires peuvent parfois étouffer la créativité en imposant des limites strictes sur ce qui est possible. Cela peut parfois limiter l'exploration de nouvelles formes, de nouveaux matériaux ou de nouvelles méthodes de construction. De plus, les normes de construction et les réglementations changent fréquemment et peuvent varier considérablement d'un endroit à l'autre. Nous devons nous assurer que nos conceptions soient conformes à toutes les réglementations locales et internationales. L’autre écueil est la contrainte économique et financière qui peut limiter la créativité et l'innovation. Les architectes doivent souvent trouver des solutions créatives pour réaliser des projets impactants avec des ressources limitées. Ces écueils exigent des compétences en constante évolution, une créativité, une adaptabilité, et une compréhension profonde des besoins économiques de notre époque.

Pourriez-vous définir votre style ?

Institut de Recherche et Développement Servier, Paris-Saclay, 2023diaporama
Institut de Recherche et Développement Servier, Paris-Saclay, 2023

L’âme de notre agence, c’est de développer une approche à la fois innovante et responsable, quelle que soit l’échelle des projets, du plus simple au plus spectaculaire, avec une attention particulière pour les matériaux, la lumière, les finitions et le végétal, toujours dans le respect du site et de son histoire. Le geste architectural pour le geste architectural n'a pas sa place dans mon agence. La seule quête qui nous anime est celle de l'intemporalité.

Vous avez développé le concept de « design d’intérieur des villes ». Expliquez-nous ce que cela signifie exactement.

Centre Spirituel et Culturel Orthodoxe Russe, Paris, 2016diaporama
Centre Spirituel et Culturel Orthodoxe Russe, Paris, 2016

Il s’agit de traiter l’espace public avec le même respect qu’un espace privé et de considérer la ville pour que ce qu’elle est avant tout : le lieu d’habitation commun à ses usagers. La ville est une maison. Les rues sont des pièces, les façades des bâtiments des murs. Les places et les carrefours sont des seuils. Cessant d’être perçu comme une agglomération de lieux désaccordés, l’espace urbain démontre son unité et peut devenir l’œuvre d’une véritable architecture intérieure.

Avez-vous mené des projets en Suisse ? En avez-vous actuellement ?

Nous avons réalisé plusieurs projets en Suisse : le centre des Arts de l’École Internationale de Genève, le quartier résidentiel Églantine à Morges ainsi que des villas et appartements privés à Genève, Cologny et Villars.