Le bâtisseur qui croit au potentiel du Jura
Du haut de ses 36 ans, le Delémontain Diego Rohner a une ambition claire: construire, rénover, rayonner. Rencontre avec cet entrepreneur à succès qui multiplie les projets afin de développer l’attractivité de son canton.


Vous avez un parcours atypique. Comment êtes-vous devenu promoteur immobilier et entrepreneur dans tant de domaines?
Enfant, j’étais passionné par le Monopoly! J’ai toujours aimé créer de la valeur. Pendant mes études, j’importais déjà des biens de consommation de l’étranger pour les revendre. À l’époque, je pensais reprendre l’entreprise familiale qui comptait 300 employés. Mais mon père m’a conseillé de d’abord me confronter à la réalité du terrain avant d’y revenir à 25 ans. Finalement, je n’y suis jamais retourné. À 20 ans, j’ai rejoint un grand groupe de conseil financier indépendant. C’était un environnement très exigeant: pas de revenu fixe mais une totale liberté et des salaires déplafonnés. J’ai beaucoup appris. À 22 ans, j’ai acheté mon premier immeuble et à 26 ans je dirigeais déjà une équipe de 55 collaborateurs. J’ai fondé ma première société immobilière à 27 ans, d’abord pour optimiser ma fiscalité. Puis, à 30 ans, j’ai lancé ma première promotion immobilière de 21 PPE. En parallèle, j’ai créé ou investi dans plusieurs startups, parfois d’après mes propres idées, parfois en accompagnant d’autres entrepreneurs.
Quelles sont aujourd’hui vos principales activités?
Je suis actif dans 25 entreprises réparties dans plusieurs domaines. Dans l’immobilier, je dirige Dropoly SA et une dizaine d’autres structures. J’ai aussi mon propre bureau d’architectes et une gérance immobilière. Dans la finance et la fintech, je siège toujours au sein du groupe financier qui a lancé ma carrière. J’ai également cofondé Kala.ch, une startup qui digitalise la récupération des avoirs du 2e pilier. C’est aujourd’hui l’une de mes plus belles réussites, avec plus de 90'000 clients et plus d’un milliard de francs suisses retrouvés. Côté loisirs, je
développe le Raiffeisen Parc à Delémont, un complexe unique en Suisse romande. Dans l’hôtellerie, j’ai investi dans le futur Hôtel Hota à Porrentruy, ainsi que dans un hôtel capsule intégré au Raiffeisen Parc. Et puis, j’ai aussi des participations dans des secteurs très variés: fitness, brasserie, fiduciaire, intelligence artificielle... Mais dans tous les cas, ma philosophie est simple, chaque entreprise doit pouvoir fonctionner sans moi. J’aime créer, structurer, déléguer et quand tout tourne sans moi, je sais que j’ai réussi.
Combien de personnes emploient vos entreprises et sont-elles toutes basées dans le Jura?
Oui, toutes mes sociétés sont implantées dans le canton du Jura. Nous comptons actuellement 140 collaborateurs et prévoyons environ 50 créations d’emplois supplémentaires dans les douze prochains mois, entre nouvelles ouvertures et rachats d’entreprises.

Pouvez-vous nous présenter votre portefeuille immobilier et vos projets en cours?
Mon portefeuille est essentiellement résidentiel et localisé dans le Jura. Il se compose d’environ un tiers d’immeubles neufs (construits au cours des cinq dernières années) et deux tiers d’immeubles rénovés datant des années 80-90. Mon objectif est d’atteindre 1000 appartements d’ici 2028, avec une acquisition moyenne de 100 logements par an. Parmi mes projets actuels: plusieurs rénovations lourdes, deux promotions immobilières et, bien sûr, le Raiffeisen Parc qui mobilise une grande partie de mes ressources et de mon énergie.
Vous concentrez vos activités immobilières dans le Jura. Pourquoi ce choix?
Parce que c’est ici que je vis, que je connais les gens, les quartiers et les enjeux locaux. Ma famille est enracinée ici. J’ai aussi bâti une solide réputation. Désormais, ce sont souvent les propriétaires eux-mêmes qui me contactent directement lorsqu’ils souhaitent vendre. Dans les grandes villes, je serais un acteur parmi des dizaines d’autres. Ici, j’ai une vraie proximité. Et puis le Jura se résume aussi à des prix encore accessibles, une demande stable et une marge de valorisation importante. Ce n’est pas toujours plus simple qu’ailleurs mais c’est beaucoup plus cohérent avec ma vision. Et surtout, l’impact local est tangible.
Quels sont les atouts et les difficultés du marché immobilier jurassien?
Tout d’abord, les opportunités sont nombreuses. On trouve encore beaucoup d’immeubles sous-valorisés, il y a un besoin important de rénovation et une pression démographique réelle. Le principal défi demeure néanmoins l’image cliché qui colle à la peau du Jura, parfois perçu comme «loin de tout». Pourtant, nous sommes à proximité de Bâle, Berne, Bienne ou Neuchâtel. C’est pourquoi, il faudrait faire connaître notre région et renforcer ses infrastructures. Je suis convaincu que les grandes agglomérations suisses vont atteindre leurs limites. Les prix y sont devenus trop élevés et la création de nouveaux logements est presque impossible. Tôt ou tard, les gens viendront vivre dans le Jura. À nous de nous y préparer.
Vous réalisez de nombreuses rénovations. Pourquoi privilégier cette approche plutôt que la construction neuve?
Le foncier existe encore dans le Jura mais je considère la rénovation comme prioritaire. D’ici 2050, 60% des bâtiments suisses actuels existeront encore. Si l’on veut atteindre les objectifs climatiques, on doit rénover massivement. De ce fait, je rachète souvent des biens appartenant à des institutionnels qui n’ont pas la structure ou la volonté d’entreprendre ces rénovations. C’est exigeant mais cela offre de nombreux avantages: subventions, fiscaux, rapidité d’exploitation et rentabilité à long terme.

Vous allez bientôt inaugurer le Raiffeisen Parc, un projet d’envergure. Pouvez-vous nous en dire plus?
Oui, c’est un projet majeur pour la région. En 2024, j’ai racheté l’ancienne Croisée des Loisirs à Delémont. Nous sommes en train de la transformer en un complexe flambant neuf de 13’500 m2, le Raiffeisen Parc, pour un investissement de plus de 30 millions de francs. L’inauguration est prévue dans les prochains mois. Le site comprendra 18 pistes de bowling, un trampoline park de 1800 m2, des courts de padel, tennis, squash, badminton et pickleball, un fitness de 1600 m2, trois restaurants, un kids club, un bar-arcade, un hôtel capsule de
75 lits, des salles d’événements et 1500 m2 de bureaux pour centraliser mes activités. C’est un projet intergénérationnel conçu pour les familles, les sportifs, les entreprises et les visiteurs. Je veux qu’il devienne un véritable poumon économique et social pour le Jura.
Pour conclure, vous investissez aussi dans l’hôtellerie, notamment à Porrentruy. Quel est le concept de l’Hôtel Hota?
L’Hôtel Hota est un projet que nous codéveloppons avec une famille reconnue du secteur hôtelier jurassien. Il comptera 41 chambres, classées de 2 à 4 étoiles, pour une clientèle mixte (affaires, tourisme et événements). Le budget est de 9,3 millions de francs et l’ouverture est prévue en novembre. Ce sera une réponse directe au manque d’hébergements modernes dans la région car nous avons voulu un établissement à la fois fonctionnel, esthétique et convivial qui contribue à la redynamisation de Porrentruy.
Propos recueillis par Julie Müller-Pellegrini
