Le calme apparent d’un marché toujours sous pression
Après des années de tension sur le marché résidentiel, une analyse publiée ce jour par Wüest Partner montre un paysage suisse marqué par une dynamique contrastée: reprise fragile de la construction, accélération des rénovations, flambée des prix de la propriété et stabilisation des loyers, le tout dans un contexte d’offre limitée et d’incertitudes économiques.

Au début de 2026, le marché du logement en Suisse ne suit plus une trajectoire unique mais s’inscrit dans une variation de rythmes selon les segments. L’année 2025 avait déjà montré des signes de reprise dans la construction résidentielle, avec quelque 50'700 nouveaux logements autorisés, un niveau jamais vu depuis 2018, principalement porté par le logement locatif. Mais derrière ces chiffres se cache une réalité plus fragile : les demandes de permis (indicateur précurseur de l’activité) ont reculé de 11%, fragilisant l’élan du secteur.
En parallèle, les rénovations et transformations de logements explosent, avec une progression de 18% sur un an et de plus de 160% sur cinq ans, révélant une tendance claire des propriétaires à privilégier l’amélioration du parc existant plutôt que la construction neuve.

Prix de la propriété, dynamisme persistant
Sur le front de la propriété, la hausse des prix se poursuit de manière robuste. Au quatrième trimestre 2025, les prix des maisons individuelles ont grimpé de 5,3% et ceux des actions par étages (PPE) de 4,5%, des niveaux supérieurs aux moyennes historiques. Cette progression est notamment soutenue par des taux de financement encore bas et une offre réduite, qui maintiennent une pression haussière sur les valeurs.
Pour 2026, les perspectives restent à la hausse mais plus mesurées: les prix des PPE pourraient croître d’environ 2,8%, tandis que ceux des maisons individuelles pourraient s’apprécier de 3,1%, avec des disparités régionales notables, notamment une dynamique plus forte dans les Grisons et la Suisse centrale.

Location: pénurie récurrente, loyers stabilisés
Le marché locatif reste marqué par une offre très faible, avec moins de 98'000 logements disponibles, soit un taux d’offre historiquement bas (3,4%). La demande s’étend désormais au-delà des centres urbains vers les zones périphériques, rendant la situation d’autant plus tendue à l’échelle nationale.
Malgré cette pénurie, la dynamique des loyers s’essouffle: après des hausses soutenues entre 2021 et 2024, les loyers en cours stagnent ou croissent très modérément, et une légère baisse est même anticipée pour 2026 (-0,8%) sous l’effet des récentes baisses du taux de référence hypothécaire.
Facteurs de soutien…et d’incertitude
Plusieurs éléments continuent de soutenir le marché: des taux d’intérêt bas, la suppression annoncée de la valeur locative (attendue dès 2028) et une demande structurellement forte dans un contexte d’offre limitée.
Pour autant, l’avenir n’est pas exempt d’incertitudes. Le ralentissement de l’emploi et de la croissance démographique, associé à une accessibilité financière qui se dégrade, pourrait freiner la demande et modérer les rythmes de progression des prix.
En résumé
2026 s’annonce comme une année de transition pour le marché résidentiel suisse. La flambée des prix continue, les loyers se stabilisent, la construction neuve montre des signes de fragilité, et la rénovation s’impose comme un vecteur clé d’investissement. Dans ce paysage complexe, l’équilibre entre offre et demande reste précaire, malgré des signaux mitigés qui ouvrent la porte à une phase plus calme, mais toujours sous tension.
