Le château valaisan du peintre Edmond Bille
Dès 1904, le célèbre peintre construit une somptueuse demeure à Sierre, surnommée le «château du Paradou ». Fermement opposé à la guerre, il va y recevoir des célèbres pacifistes. Par la suite, il se diversifie dans l’art du vitrail. Découverte d’une demeure unique, mise en vente par ses actuels propriétaires.

Ce n’est pas un hasard si le célèbre peintre suisseva baptiser sa propriété sierroise Le Paradou, c’est-à-dire le doux paradis. Le jeune Neuchâtelois né en 1878 va faire ses armes dans la cité de Calvin, où il sera l’élève de Barthélémy Menn, Barthélémy Bodmer et Hugues Bovy à l’Ecole des beaux-arts, en même temps qu’un Ferdinand Hodler. Dès ses débuts, le jeune Edmond démontre son intérêt pour les sujets historiques, comme le rappelle une biographie complète.

C’est en 1897 qu’il découvre les charmes du Valais, tout d’abord Zinal, au fond du Val d’Anniviers, puis Grimentz et Chandolin en 1900. « Ses séjours valaisans deviennent plus fréquents et leur durée s’allonge ». En parallèle à ces pèlerinages, il participe à divers concours, notamment pour les Chemins de fer fédéraux. Il remporte deux premiers prix pour ses compositions Jura et Oberland. Ses affiches le font alors connaître. Il décroche une commande pour les cigarettes Vautier, dont le propriétaire n’est autre que son futur beau-frère. En effet, en 1904, il se marie avec Elisa Mayor, héritière de Louis Mayor-Vautier (1832-1896), homme politique vaudois influent, qui fut conseiller national et un homme d’affaires avisé.
PEINTRE ET BÂTISSEUR

Désormais à l’abri du besoin, Edmond Bille engage d’importants investissements pour loger sa famille. Il achète un vaste terrain à Sierre sur lequel il fait construire par son ami, l’architecte neuchâtelois Ubaldo Grassi (1876-1930), une somptueuse demeure. « Rien n’est trop beau pour ce qui devient un véritable temple de l’art. Sous le porche, le visiteur est accueilli avec une mosaïque sur le tympan de la porte d’entrée, ornée de l’initiale B se détachant sur un bleu intense », comme le rappelle la biographie déjà mentionnée.
STYLE ART NOUVEAU

Dans l’atelier proprement dit, la décoration est partout, du sol au plafond, de la mosaïque aux oiseaux jusqu’aux voûtes peintes d’une étonnante végétation. Edmond Bille fera appel au peintre-décorateur lausannois Otto Alfred Briffod. Les chambres qui jouxtent l’atelier sont ornées d’une frise décorative, à motifs végétaux chaque fois différents. Quand l’artiste inaugure son atelier, le château Mercier de Sierre n’est pas encore sorti de terre. En 1905 également, Bille va entreprendre l’édification d’un chalet à Chandolin.
Son épouse décède en 1911 à la suite d’une naissance. Désemparé, l’artiste rappelle à ses côtés celle qui avait été la gouvernante de ses trois enfants et le modèle préféré du peintre. En 1912, il se remarie avec Catherine Tapparel. Comme sa famille s’agrandit, il décide de rénover le château du Paradou en 1919 qui abritait le seul atelier au début et qui va devenir une maison d’habitation. Dès 1918, Edmond Bille décide de se tourner vers l’art du vitrail.
Cela ne l’empêche pas d’accepter des commandes pour le stand des chaussures Bally à la Foire suisse d’échantillons à Bâle en 1925 ou pour la fabrique de meubles Perrenoud. La même année, il participe à l’Exposition internationale de Paris.
HÔTES CÉLÈBRES

Solennel, Le Paradou se prête bien à y recevoir des invités. Il y accueillit Romain Rolland, prix Nobel de littérature en 1916 et musicologue averti qui joua sur l’harmonium qui faisait partie des meubles de l’atelier sierrois. Parmi les autres personnalités françaises anti-bellicistes, citons Pierre Jean Jouve ou René Arcos.
Dans sa carrière, « il y a un avant et un après Chamoson. » En effet, le peintre va devenir le spécialiste des vitraux. En juin 1928, il signe un contrat pour ceux de la nouvelle église de Chamoson. Cela lui vaudra par la suite un mandat pour des vitraux à la Cathédrale de Lausanne. Entre 1935 et 1942, il va partir résider au Portugal.
Vers la fin de sa vie, le peintre regagne son Paradou, tout en faisant des séjours à Lavey-les-Bains pour se soigner, quand il n’est pas dans sa nouvelle maison d’Hermance (GE). Edmond Bille décède le 8 mars 1959. Il repose dans la chapelle du cimetière de Sierre.
S’il ne reste presque plus rien du mobilier d’origine, le château sierrois bénéfice toujours du décor Art nouveau peint sur les éléments architecturaux et sur la galerie extérieure à l’étage. Après son décès, lorsque la famille Bille a décidé de vendre cette demeure, les propriétaires successifs ont entrepris des travaux de conservation-restauration et en ont renforcé la statique.
