Monaco

Le paradis des paradoxes

Malgré un prix du mètre carré parmi les plus élevés du monde, la Principauté attire toujours autant. Pour étoffer son offre immobilière, Monaco s’étend une sixième fois sur la mer avec le projet Mareterra.

Vue générale de Monaco.
Vue générale de Monaco.
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«On se rend à Monaco, car on s’y sent bien.... et parce que l’on trouve ce que l’on vient y chercher », explique Guy Antognelli. Depuis plus de cinquante ans, « la petite ville du bord de mer est dans une perpétuelle dynamique », ajoute le directeur du Tourisme et des Congrès de Monaco. Que ce soit au niveau culturel, artistique, sportif ou encore événementiel, cette effervescence contribue à sa notoriété mondiale et accentue son attractivité. Sans oublier la sécurité qui constitue un atout majeur ! ».

Le Musée océanographique peut être privatisé et visité la nuit.diaporama
Le Musée océanographique peut être privatisé et visité la nuit.

Avec à peine 40’000 habitants, Monaco, qui est le deuxième plus petit Etat du monde et le premier par sa densité, est effectivement continuellement sous le feu des projecteurs. Il est réputé mondialement pour ses casinos haut de gamme, son port de plaisance et ses giga yachts et son prestigieux Grand Prix de F1. Mais la ville-Etat est aussi considérée comme un eldorado pour les grandes fortunes qui apprécient sa douceur fiscale. En effet, la Principauté exempte d’impôts ses habitants en résidence principale. Mais ces derniers devront cependant dépenser une fortune pour se loger, le prix du mètre carré se situant en moyenne aux alentours de 60’000 francs et pouvant atteindre 100’000 francs. Rappelons qu’avec un peu plus de 1200 résidents installés à Monaco, la suisse est la cinquième nationalité la plus représentée dans la Principauté après la française, l’italienne, la britannique et la monégasque.

Vue sur Fontvieille et le Rocher.diaporama
Vue sur Fontvieille et le Rocher.

Ainsi, Monaco est bien davantage qu’un « Rocher » qui fait la une de la presse à sensation. Monaco est aussi une ville culturelle, avec des musées – dont le plus connu est le Musée océanographique – et un Palais dont les grands appartements viennent tout juste d’être rénovés et peuvent être visités. Monaco, c’est également des parcs et jardins qui occupent 20% de sa superficie. Plus de 500 événements sont organisés chaque année, parmi lesquels des salons professionnels et des expositions (de Dali à Louboutin, en passant par Francis Bacon ou Giacometti). Mais aussi des événements sportifs tels que le Masters 1000 de Monte-Carlo, le Grand Prix de F1, le Grand Prix historique et le Grand Prix électrique (ePrix de Monaco). Sans compter tous les événements liés au football avec l’équipe de l’AS Monaco. Rappelons que ce club, racheté en 2011 par le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev, a permis de découvrir des stars du football telles que Kylian Mbappé et avant lui Emmanuel Petit, Fabien Barthez ou encore Thierry Henry.

Le chantier du projet Mareterra.diaporama
Le chantier du projet Mareterra.

Le futur écoquartier de Mareterra

Depuis plus de 150 ans, Monaco adapte son urbanisme à l’étroitesse de son territoire de 2 kilomètres carrés. La Principauté s’est développée six fois en s’étendant sur la mer. Le futur écoquartier permettra une augmentation de la superficie du territoire de 6 hectares qui s’ajoutent aux 50,7 hectares développés sur la mer depuis 1907 (lire l’encadré). « La Principauté a adapté son urbanisme à l’exiguïté de son territoire, ce qui l’a conduit à s’étendre progressivement sur la mer », confirme Jean-Luc Nguyen, directeur des Travaux publics à Monaco.

Initié en 2013, le futur quartier écoresponsable Mareterra est en cours de réalisation. Trois cabinets internationaux sont impliqués dans cette création : Michel Desvigne Paysagiste, Valode et Pistre Architectes (chargés de la création des résidences du Jardin d’eau, des villas et des townhouses), et Renzo Piano Building Workshop (qui conçoit le quartier du port et le grand immeuble « Le Renzo » qui comprendra 47 appartements traversants de 450 m2 en moyenne, 350 m2 au minimum).

A terme, 5 immeubles et 14 villas au bord de l’eau, soit 60’000 m2 de logements de luxe doivent y voir le jour. A cela s’ajouteront un parc public d’un hectare, des immeubles offrant à la fois des bureaux et des commerces, l’extension de près de 6000 m2 du Centre de congrès et d’expositions Grimaldi Forum (actuellement 75’000m2 sur six niveaux), un port de plaisance d’une trentaine d’anneaux, ainsi que de larges espaces publics (dont la piscine Princesse-Charlène) et la place Princesse-Gabriella où sera réinstallée la sculpture monumentale d’Alexander Calder. « Ce sera le quartier le moins dense de Monaco et le plus vert en pourcentage de surfaces», a récemment déclaré Guy-Thomas Levy-Soussan, administrateur délégué de la société SAM L’Anse du Portier, chargée de la réalisation de cette extension. Cela représente un investissement d’environ 2 milliards d’euros. La vente des biens immobiliers qui seront construits sur l’extension va générer des recettes de TVA pour la Principauté estimées à 700 millions d’euros.

Le quartier intégrera une gestion énergétique responsable. Près de la moitié de sa consommation énergétique sera produite par des panneaux photovoltaïques qui assureront également 80% de l’éclairage public. Par ailleurs, un réseau thermique utilisant l’eau de mer pour réchauffer les bâtiments en hiver et les refroidir en été sera construit.

L’Hôtel Métropole Monte-Carlo.diaporama
L’Hôtel Métropole Monte-Carlo.

Entre Belle Epoque et modernité

«Monaco a connu de nombreuses influences», explique Séverine Canis-Froidefond, chargée de l’Urbanisme et de la Mobilité au sein du gouvernement monégasque. Le résultat est «une architecture mêlant classicisme, Belle Epoque et modernité». Les visiteurs sont en effet interpellés par cette diversité. Rien de commun entre le quartier du Rocher où se situe le Palais Princier, celui de la Condamine avec ses rues commerçantes, ses maisons traditionnelles et ses commerces historiques. Ou encore le quartier du Carré-d’Or, centre historique nommé Monte-Carlo, avec son casino, ses boutiques de luxe et le célèbre Hôtel de Paris dont le bâtiment a été inauguré en 1864. L’établissement, qui a «contribué à écrire l’histoire de la Principauté» selon son directeur général Yvan Artolli, abrite le célèbre restaurant Louis XV d’Alain Ducasse.

Monaco by night

La Principauté n’est pas seulement réputée pour ses restaurants gastronomiques mais aussi pour ses bars branchés, ses clubs et ses restaurants trendy. Nobu, Buddah Bar, Cipriani, toutes ses enseignes qui font le bonheur des noceurs se sont installées à Monaco. Les habitants et touristes croisent régulièrement des stars de cinéma, des sportifs ou autres célébrités dans les restaurants de la ville, comme au Sass Café, situé en face de la mer, qui est, avec son patron Sassa, une institution à Monaco.

L’HISTORIQUE DES EXTENSIONS EN MER

C’est en 1907 qu’intervient la première extension de la Principauté. Elle porte sur 6,2 ha et touche la baie de Fontvieille à l’ouest. Ce premier développement reste le plus dense avec près de 250’000 m2 de surfaces utiles. La seconde extension sur la mer se situe sur l’autre versant du Rocher et transforme la rade de Monaco en port (1910-1914). Ce chantier permet de gagner 6,3 hectares. Il faut ensuite attendre 1960 pour qu’une troisième extension puisse démarrer, qui va durer dix ans, et s’opérer par étapes pour un gain total de 15 hectares. Entre 1966 et 1973, la quatrième extension sera la plus importante à ce jour : 23,2 hectares. Au total, Fontvieille 2 représente plus de 350’000 m2 utiles, soit 11% des surfaces utiles de plancher de Monaco. En 2002, l’extension du Port-Hercule représente 3,7 ha et a permis la création du nouveau Yacht-Club de Monaco. Enfin, la sixième extension est celle de l’Anse du Portier avec le projet Mareterra.

Par Michel Bloch, Chantal de Senger et Serge Guertchakoff