Le risque de pénurie d’électricité abordé par Romande Energie
Dans un webinaire organisé par le premier fournisseur d’électricité du pays, trois intervenants se sont succédé pour faire le point sur le manque d’énergie notoire cet hiver et les mesures qui pourraient être nécessaires.

Devra-t-on s’éclairer à la bougie et se chauffer au bois cet hiver? Telle est la question que tout le monde se pose depuis quelques semaines. Face à cette nouvelle crise potentielle (énergétique) qui s’ajoute à la longue liste actuelle (économique, géopolitique et sanitaire), la population s’inquiète, les médias tentent d’informer sans pouvoir prédire l’avenir et les politiciens ne savent plus où donner de la tête. En première ligne de ce défi futur, les fournisseurs d’électricité ont tenu à leur tour à éclaircir la situation. «Démêler le vrai du faux», pour citer Romande Energie lors de son webinaire «Pénurie, Ostral, hausse des prix» récemment suivi par plus de 200 personnes. Lors de cet événement très attendu, trois intervenants ont ainsi pu s’exprimer sur le sujet.
La pénurie, un risque à ne pas négliger
Pour entamer la discussion, le professeur de la HES-SO Valais et spécialiste en énergie, Stéphane Genoud, a d’abord répondu à l’interrogation collective: doit-on s’inquiéter? Ce sur quoi l’expert s’est voulu plutôt rassurant dans un premier temps. «Il ne sert à rien d’angoisser car il ne faut jamais oublier que nos arrières grands-parents n’avaient pas d’électricité et qu’ils ont malgré tout survécu. Certes, c’est important aujourd’hui mais a priori nous pourrions nous en passer quelques heures sans que cela tourne à la catastrophe.»
Des propos ensuite contrebalancés par une approche plus globale: «En réalité, l’enjeu est purement économique, car une pénurie pourrait coûter très cher à la Suisse, bien plus qu’un grand tremblement de terre de niveau national ou qu’un accident nucléaire. Nous sommes toujours partis du principe qu’il y aurait de l’électricité en illimité mais il n’y avait qu’à regarder nos flux d’importation pour se rendre compte que la Suisse a toujours été très dépendante de ses voisins, principalement de la France et de l’Allemagne, et ce, chaque hiver», a-t-il ajouté.
Une dépendance qui devrait peser lourd dans la balance en cette fin d’année mais aussi pour les suivantes si rien ne change, comme l’a souligné Stéphane Genoud: «Presque aucune usine en Suisse n’est équipée de panneaux solaires, nous avons toutes les peines du monde à avoir de l’éolienne et nous n’avons pas su développer l’hydraulique. En résumé, nous sommes parmi les pays les plus riches au monde et nous n’avons pas réussi à anticiper cela. Nous devons simplement être conscients que, soit nous produisons dorénavant plus de renouvelable, soit nous devons nous préparer à trembler chaque hiver.»
Un plan d’action en quatre étapes
Après cette première intervention faisant office d’état des lieux, Nicolas Ecknauer, responsable de l’exploitation du réseau Romande Energie et membre de la commission Ostral, a pris à son tour la parole, en débutant par une brève précision concernant ce qu’est Ostral. «Autrement dit, l’organisation pour la gestion de l’électricité en cas de crise. Sous mandat du Conseil fédéral, cette commission de milice est chargée de mettre en œuvre la volonté nationale en cas de pénurie.» Pénurie, le terme est important puisqu’Ostral n’est actionné qu’en cas de déséquilibre entre la production et la consommation d’électricité et non pas lors de coupures brèves sur des petites parties de réseaux, comme cela se produit chaque semaine en Suisse ou, à l’autre extrême, en cas de blackout.
«Le risque de pénurie d’énergie est réel aujourd’hui et ce qu’il faut comprendre c’est que les mesures qui pourraient être mises en œuvre par Ostral servent justement de palier afin d’éviter une panne généralisée», a insisté le responsable. Elles-mêmes fixées par échelles, les mesures Ostral qui pourraient être appliquées en cas de pénurie d’électricité cet hiver sont au nombre de quatre.
- Le niveau 1, celui où nous sommes actuellement, est celui de la surveillance de l’approvisionnement.
- Le niveau 2, est celui de la mise en alerte et d’appel au grand public à économiser la ressource.
- Le niveau 3 passe de l’appel à l’action facultative à l’obligation puisque des ordonnances vont être mises en place pour adopter des mesures plus drastiques.
- Enfin le niveau 4 est celui du contingentement, les gros consommateurs sont obligés d’économiser une quantité ordonnée d’énergie puis, si nécessaire, des délestages cycliques avec des coupures par créneaux de quatre heures seront instaurés.
Seul trou dans l’équation, nul ne sait encore quelles seront les catégories de consommateurs qui seront touchés par ces mesures. A l’image de ce qui a été observé pendant la pandémie, les débats publics promettent donc une fois de plus d’être animés. Nicolas Ecknauer a quant à lui souhaité conclure sa présentation par un appel du pied: «Le message que je veux passer aujourd’hui c’est que, tout comme les distributeurs d’énergie, les entreprises doivent se préparer d’ores et déjà, en créant des plans de continuité à l’interne afin de pouvoir appliquer le moment venu les éventuels contingents qui seront décidés.»
Faire (ré)agir les gros consommateurs
Fermant la marche, Laurent Mineau, responsable du segment Entreprises chez Romande Energie, a donné pour sa part quelques conseils, notamment aux entreprises, afin de prévenir plutôt que guérir les éventuelles conséquences d’un marché qui s’affolerait cet hiver. Cinq bonnes pratiques qui peuvent se résumer comme suit:
1. Prolonger dès que possible son contrat «marché libre»
«Le record que certains ont connu en négociant leurs prix à la fin de l’année dernière à 33 centimes le kWh est désormais dépassé avec 35 centimes le kWh et on se demande où cette tendance haussière va s’arrêter sachant qu’il y a un an, le prix stagnait à 6 centimes le kWh. Mieux vaut ainsi sécuriser 2023 voire 2024 en prolongeant rapidement son contrat marché libre.»
2. Economiser dès aujourd’hui gaz et électricité
«Mon deuxième conseil a largement été évoqué mais il faut reconsidérer sa sobriété énergétique, limitons tous d’ores et déjà nos consommations.»
3. Réaliser un audit énergétique
«C’est le moment ou jamais d’identifier les différentes économies possibles, de ressortir les rapports d’audits énergétiques car il y a sûrement des actions qui avaient été identifiées mais qui n’ont pas encore été mises en œuvre car elles n’étaient pas forcément rentables à l’époque où elles avaient été émises. C’est d’ailleurs également le moment de réaliser un audit si cela n’a pas encore été fait car des dispositifs de subventions sont à disposition pour y aider.»
4. Autoconsommer de l’énergie solaire
«Toutes les surfaces disponibles, parkings, toits ou encore façades peuvent être converties pour être équipées de sources de production. A nouveau, des aides financières rendent désormais ces dispositifs tout à fait rentables.»
5. Se préparer au mieux à passer Ostral
«On sait que même en mettant en place ces quatre premiers conseils, l’hiver 2022-2023 sera compliqué. Il faut s’y préparer, revisiter ses processus de continuité et si l’on est concerné par Ostral, le cas échéant, avoir déjà envisagé que l’on nous demande en l’espace de trois jours de diminuer de 20 à 30% sa consommation d’électricité. Mieux vaut y réfléchir avant de recevoir le courrier.»
