Le téléphérique reprend du service
Plongées plus de deux ans dans un sommeil forcé, les gares reliant Genève à la montagne qui la surplombe ont rouvert leurs portes le 12 septembre dernier avec une offre plus adaptée et étoffée qu'auparavant.

Deux ans. C’est le temps qu’il aura fallu au Téléphérique du Salève pour se refaire une beauté bien méritée. Ce monument emblématique du bassin genevois datant de 1932 avait été initialement conçu comme alternative au train crémaillère qui arpentait les parois rocheuses de la montagne en plus de deux heures. Pratique avant d’être esthétique, le téléphérique avait alors su à l’époque gagner en popularité. Et ce, jusqu’à devenir un véritable symbole du patrimoine transfrontalier.
Mais le temps faisant son œuvre, avec environ 300’000 usagers par an, la sentence tombe en 2021, lorsque l’installation se voit imposer une pause longue durée pour être rénovée. Ses pourtours encore en chantier aujourd’hui, le téléphérique a néanmoins pu retrouver la voie des airs le 12 septembre dernier, dévoilant par la même occasion une palette d’offres pour le moins élargie.
Repenser l’offre du passé

«Cette remise en service du téléphérique est une promesse. Celle d’accéder à un site désormais complet: de nature, de loi- sirs et de culture», déclare le directeur du téléphérique, Patrick Roxo. Chose promise, chose due, une fois arrivé au sommet, le visiteur peut à présent prendre trois directions: monter l’escalier donnant accès aux esplanades et aux divers sentiers de randonnée, partir à droite pour rejoindre le mur d’escalade flambant neuf de 20 mètres de haut ou tout simplement se diriger sur la gauche, vers les espaces communs.
Ces derniers ayant été pensés pour déambuler entre le musée nouvellement créé, la boutique de souvenirs et le café qui prendra place prochainement. Un geste architectural mené par le bureau parisien DD-Architectes qui a souhaité poursuivre l’œuvre initiale de l’architecte genevois Maurice Braillard (pilote du projet en 1932). A l’image du restaurant panoramique d’antan, désiré mais jamais réalisé, qui est actuellement en construction et prévu pour accueillir une centaine de convives qui auront vue sur le Léman.
Dans cette même extension, jusqu’alors fermée au public, une salle de séminaire de 100 m2 est par ailleurs en train d’être aménagée, ceci afin d’utiliser au mieux les surfaces disponibles. «Nous avons cherché à construire et démolir le moins possible pour minimiser l’impact du site sur la nature», décrit l’architecte David Devaux. Essayant de conserver un lien harmonieux entre le travail passé et présent, des éléments d’origine ont pu être restaurés tels que le carrelage en damier de la galerie d’arrivée, la teinte verte de ses murs, des panneaux publicitaires lumineux du siècle passé ou encore le béton brut et les fenêtres d’époque.
Un défi à la hauteur

Fort de cette nouvelle offre, le Téléphérique du Salève a ainsi enregistré près de 5000 voyages lors de ce premier week-end de réouverture. De quoi relâcher la pression accumulée ces dernières années sur ce projet titanesque... «Mener un chantier en montagne était d’une complexité incroyable», appuie la cheffe de projet, Anne-Joëlle Rosay. A juste titre puisqu’hormis la dimension patrimoniale à respecter, les contraintes financières (13 millions de francs de budget) et environnementales (du fait que le site soit classé Natura 2000) ont demandé des reins solides aux équipes.
A savoir qu’en deux ans de rénovation, cinquante entreprises et 200 ouvriers se sont succédé pour atteindre les objectifs sans nuire à cet écrin naturel qu’est le Salève. Reste que la course contre la montre n’est pas encore terminée. Plusieurs zones doivent être parachevées tandis que l’exploitant du restaurant et du café n’a pas encore été trouvé. Pendant ce temps-là, les promeneurs de passage prennent peu à peu possession des lieux et (re)découvrent les hauts du Salève qui seront officiellement inaugurés les 7 et 8 octobre prochains. Un rendez-vous à ne pas manquer puisque le funambule Nathan Paulin fera à son tour une démonstration de haut vol.
On remonte le fil de l’histoire
1893 Grâce à Maurice Delessert, la montée au sommet du Salève se fait en 2 heures avec un train.
1932 Le téléphérique est inauguré et ne prend que 8 minutes pour parcourir les 1200 m de câble.
1984 Longtemps laissé à l’abandon et menacé de démolition, le téléphérique est finalement restauré.
2013 Remplacement des installations techniques permettant une montée en puissance de l’exploitation.
2018 La gare d’arrivée est inscrite au titre des Monuments historiques.
2021 Début des travaux de réhabilitation des deux gares du téléphérique.
2023 Lancement d’une nouvelle offre au sommet mêlant nature, culture et loisirs.
