Genève

Les Ateliers Casaï entament une nouvelle ère

Contrainte de quitter Lancy, cette illustre charpenterie a transformé une épreuve en opportunité. Son usine, désormais chauffée par ses propres déchets de bois et équipée d’un robot unique dans le canton, symbolise le renouveau d’un secteur artisanal en quête d’innovation et de durabilité.

Avec sa nouvelle usine basée à Vernier, l’entreprise de charpente poursuit son histoire commencée il y a 165 ans
Avec sa nouvelle usine basée à Vernier, l’entreprise de charpente poursuit son histoire commencée il y a 165 ans - Copyright (c) Casaï
diaporama

Vernier, le bois a désormais un parfum de modernité. Les Ateliers Casaï, figure emblématique de la charpente genevoise depuis 165 ans, ont inauguré leur nouveau site au chemin Grenet 22 avec plus de 400 convives début octobre. Une renaissance pour cette entreprise qui conjugue désormais héritage artisanal et technologie de pointe.

Un projet né de la persévérance

Il faut dire que la route a été longue et sinueuse avant de s’installer dans cette halle flambant neuve. Puisqu’après plus de 65 ans passés à Lancy, l’entreprise dirigée par Thierry Ravagnani a été sommée de déménager de son emplacement historique à la suite d’un nouveau plan de quartier. «Du jour au lendemain, je me suis retrouvé avec la peur de tout perdre et 60 employés sous ma responsabilité», se souvient le patron. Sept années de démarches administratives, d’appels et de négociations seront alors nécessaires à l’entrepreneur pour trouver un terrain (appartenant à la Fondation pour les Terrains Industriels, FTI) et aboutir à ce nouvel écrin de 1100 m2, au cœur de la zone industrielle verniolane. «Il a fallu montrer patte blanche, garder un moral d’acier, ne jamais baisser les bras, même quand tout risquait de s’arrêter», se confie-t-il.

Toutefois, le résultat en valait la peine: des ateliers spacieux, lumineux, pensés pour le travail du bois à grande échelle et surtout, un bâtiment HPE-rénovation (haute performance énergétique), premier du genre pour la FTI. Auparavant dédié au tri des déchets, le lieu a été repensé, rallongé de 20 mètres, et rénové pour être entièrement autonome en énergie. Celui-ci est donc chauffé à présent grâce aux résidus de bois transformés en briquettes et sera bientôt alimenté par 1000 m2 de panneaux photovoltaïques censés produire jusqu’à 350’000 kWh par an.

L’atout clé, le robot charpentier

Un robot de découpe, long de 30 m, a été acheté pour gagner en rapidité et précisiondiaporama
Un robot de découpe, long de 30 m, a été acheté pour gagner en rapidité et précision

Mais la véritable star de cette inauguration, c’était Invictus, un robot de 30 mètres de long, unique à Genève, reçu en mai dernier. Conçu en Allemagne, ce géant métallique sculpte et découpe le bois avec une précision millimétrique. «Avant, pour tailler une charpente complexe, il fallait trois jours et quatre hommes, avec des gestes lourds et pénibles. Aujourd’hui, grâce à ce robot, nous gagnons en temps et en précision», souligne Thierry Ravagnani, non sans fierté. D’autant que, loin de remplacer les artisans, Invictus a permis de créer de l’emploi.

En effet, six nouvelles recrues ont déjà rejoint l’équipe et quatre de plus sont espérées d’ici la fin de l’année. «Étant en concurrence avec les cantons de Vaud, Valais et Fribourg, je souhaitais investir dans ce type d’outil depuis longtemps et la place offerte par cette halle 2.0 m’a donné l’occasion de m’aligner sur les autres au niveau technologique», précise le patron.

Une tradition genevoise en mutation

Des nouveautés qui n’effacent pas pour autant le savoir-faire des Ateliers Casaï, forgé depuis 1860 par la famille Casaï (dont un descendant fut conseiller d’Etat et participa, par exemple, à la construction de l’aéroport de Genève) mais entretenu par Thierry Ravagnani, qui n’a eu de cesse de faire évoluer cette société. Réalisant notamment des surélévations d’immeubles, des maisons à ossature bois ou encore les charpentes de la Genève Arena et la rénovation de la Cathédrale Saint-Pierre.

Et forts de cette expérience, ce sont chaque année deux apprentis (parfois des femmes) qui apprennent au sein des Ateliers Casaï à travailler du bois suisse labellisé, avec des isolants écologiques et à apprécier la noblesse de ce matériau longtemps dominé par le béton. «Voir des acteurs historiques continuer à prospérer et à investir dans notre canton me réjouit profondément. C’est un bel exemple d’entreprise dynamique, tournée vers l’avenir, dont la longévité réside dans la capacité à transmettre et à se réinventer en permanence», a appuyé le conseiller d’Etat Pierre Maudet lors de l’inauguration. Entre tradition artisanale et robotisation intelligente, les Ateliers Casaï prouvent ainsi qu’à Genève, le bois n’est pas une simple relique du passé mais bel et bien un matériau d’avenir...

Focus sur la filière du bois helvétique

  • La forêt couvre un tiers de la superficie du pays.
  • Les arbres forestiers de Suisse ont en moyenne 100 ans, sachant que l’âge de certaines essences de notre pays (telles que les ifs) est évalué à 1500 ans.
  • Toutes les 3 secondes, 1 m3 de bois (un cube de 1 mètre de côté) pousse dans la forêt suisse, ce qui représente 10 millions de m3 par année.
  • Le volume total de bois de la forêt suisse est d’environ 427 millions de m3, bois mort compris.
  • La consommation de bois en Suisse, importations comprises, s’élève à 11 millions de m3 par année.- lEntre 7 et 8 millions de m3 pourraient être récoltés chaque année dans les forêts du pays, sans les surexploiter, mais seuls 4,5 millions de m3 sont effectivement prélevés, pour une valeur dépassant les 380 millions de francs.
  • La moitié environ du bois récolté est vendue sous forme de grumes (bois ronds destinés au sciage) et un tiers sert à produire de l’énergie.
  • Globalement, la filière de la forêt et du bois représente plus de 100’000 emplois.