Les contours de l’usine Caran d’Ache enfin dévoilés
Puisant son inspiration dans l’ADN de la marque genevoise, le projet de Pierre-Alain Dupraz prévoit d’allier modularité, mélange des matières et durabilité pour la nouvelle manufacture attendue fin 2024 à Bernex.

Une page se tourne mais une autre s’écrit pour Caran d’Ache. Fidèle à ses racines genevoises, la célèbre marque établie depuis cinquante ans à Thônex se prépare peu à peu à ranger ses crayons et ses stylos pour rejoindre prochainement la commune de Bernex. Avec une nouvelle étape de franchie, l’entreprise centenaire entrevoit désormais la silhouette de sa future manufacture. Flambant neuve et conçue par le bureau genevois Pierre-Alain Dupraz Architectes (lire encadré), désigné lauréat à l’unanimité lors du concours international où dix cabinets de renom étaient invités, l’esquisse de «La Fabrique de Caran d’Ache» a enfin été dévoilée au grand jour.
Flexible et fonctionnel

Cette nouvelle vitrine, également lieu de production pour 80 marchés mondiaux, sera l’occasion de remplacer certaines machines datant de plus d’un siècle, de réorganiser des processus de travail mais aussi de se rapprocher des axes autoroutiers pour faciliter la logistique. Une remise à niveau qui concernera aussi son écrin, pensé avec modernité en respectant la tradition, faisant table rase du précédent pour tendre vers l’avenir. Un projet architectural salué par Carole Hubscher, CEO et présidente du conseil d’administration de Caran d’Ache: «Le choix du lauréat témoigne de notre vision. Sa manière d’articuler les espaces se révèle comme une invitation à découvrir les savoir-faire de quelque 90 métiers tout en rassemblant les collaborateurs dans un cadre de travail stimulant et dynamique.»
«Nous voulions offrir un outil de travail pratique et modulable»
Complètement repensé par rapport à l’ancien, le siège de la maison Caran d’Ache se voudra à présent véritablement flexible et fonctionnel. Pour cela, l’équipe de Pierre-Alain Dupraz Architectes s’est d’ailleurs laissée guider par un croquis publicitaire de la marque, représentant des aplats de couleurs s’imbriquant les uns aux autres. «Tout est parti de ce visuel qui a été pour nous une source d’inspiration et nous a permis d’éviter la traditionnelle page blanche quand on commence un exercice de création. Nous voulions offrir un outil de travail pratique et modulable, alors ceci nous a rappelé plusieurs projets que nous avions réalisés avec des maisons préfabriquées», témoigne Pierre-Alain Dupraz.

Assemblages, superpositions et adjonctions de volumes ont ainsi aidé à créer une usine modulable à souhait, déjà prête à évoluer, comme l’indique son concepteur: «Caran d’Ache a pour volonté de s’agrandir à terme. Nous ne voulions donc pas une forme définie à laquelle on rajoute simplement une partie mais plutôt que le tout puisse être le cas échéant réorganisé. L’extension imaginée est donc possible d’un côté comme de l’autre du bâtiment avec un taux de croissance de 18% estimé dans un environ de vingt ou trente ans.» Un élément restera cependant inchangé en tous temps: l’emplacement central des espaces de stockage. L’ensemble de la manufacture s’organisant autour de ces stocks, on retrouve ainsi aux étages inférieurs les ateliers de production industriels, bénéficiant de grands volumes, et au deuxième niveau, l’administration, la haute écriture et les emballages manuels. Un changement radical par rapport au site de Thônex et qui mise cette fois-ci sur l’optimisation des lieux, une meilleure circulation interne et de la transparence.
Plus d’ouverture vers l’extérieur

De la transparence car Caran d’Ache souhaite à présent en offrir encore davantage à son public. En effet, la Maison d’instruments d’écriture et de dessin se verra complétée par un centre d’expérience visiteur, inexistant dans ses locaux actuels mais prévu pour accueillir entre autres une cafétéria publique et un musée-galerie sur l’histoire de la marque. Le bâtiment, situé dans le futur éco-parc industriel des Rouettes à Bernex, se voudra également moins opaque que le précédent. «Nous sommes des architectes qui travaillons beaucoup avec le contexte, l’environnement, les accès. Nous avons pris en compte tous ces éléments pour le développement du projet», précise le fondateur de Pierre-Alain Dupraz Architectes.
La maison mise sur l’optimisation des lieux, une meilleure circulation interne et de la transparence
Trois entrées distinctes ont de ce fait été prévues (visiteurs, collaborateurs, logistique) et une exploitation maximale du paysage naturel environnant a été calculée. L’édifice, détenant d’importants volumes ouverts, offrira ainsi des vues traversantes et lointaines sur les montagnes aux alentours. Tout comme la présence de patios de lumières qui amèneront de la vie au sein de l’usine. «Nous avons parfois une profondeur de 26 mètres, le but est que le collaborateur puisse avoir une vision qui n’est pas tronquée par un obscurcissement peu importe son emplacement de travail», décrit l’architecte genevois.
Des matériaux à son image
Et pour garantir cette visibilité vers l’extérieur tout en conservant une certaine confidentialité sur la production, le choix des matériaux a été primordial. Tant pour la structure que pour la façade, Pierre-Alain Dupraz Architectes s’est alors à nouveau appuyé sur les produits de la marque et y fait plusieurs références. Notamment par rapport à l’utilisation du bois, utile à la fabrication des fameux crayons mais aussi pour les fondations de l’usine. «Nous sommes partis sur une structure bois lamellé-collé de faible dimension que l’on a dupliqué et combiné avec du métal, comme lorsque la mine d’un crayon est prise en sandwich entre deux planchettes de bois», souligne le concepteur. Autre analogie effectuée pour mettre à l’honneur les matériaux de prédilection de Caran d’Ache: l’aluminium, qui sert habituellement à l’emballage des produits mais qui sera également utile dorénavant pour emballer la manufacture.

Option intéressante aussi en termes de durabilité, l’aluminium est un métal recyclable à 100%, quasiment à l’infini, qui offrira un résultat architectural de façade légère, transparent depuis l’intérieur mais dissimulant juste assez les secrets de production à l’extérieur. Cette conception à l’impact environnemental faible, chère à la marque qui avait déjà affirmé son penchant durable en installant dès 2010 pas moins de 800 m2 de panneaux solaires sur le toit de son usine à Thônex, se retrouvera également à Bernex avec des toitures végétalisées et équipées en photovoltaïque. De même, la production de chaleur et de froid du bâtiment sera assurée par des pompes à chaleur alimentées par sondes géothermiques. Ce à quoi devrait s’ajouter prochainement le projet de récupération des copeaux de bois, encore à l’étude, bien que le calendrier soit très serré. La construction, qui devrait débuter au printemps de l’année prochaine, vise une livraison ambitieuse à fin 2024.
Le lauréat Pierre-Alain Dupraz Architectes
Créé en 2002, le cabinet genevois Pierre-Alain Dupraz Architectes s’est déjà illustré avec de nombreux projets et accumule les récompenses depuis maintenant vingt ans. Son fondateur Pierre-Alain Dupraz a obtenu en 1991 son diplôme d’architecte. Membre de la Fédération des architectes suisses depuis 2002, il est régulièrement invité comme expert dans les hautes écoles et participe fréquemment à des expositions, conférences, séminaires ou encore jurys de concours. L’architecte et son équipe se sont notamment fait remarquer en remportant quatre concours de renommée à Genève: celui de la passerelle piétonne du Mont-Blanc, le mandat d’études parallèles international d’urbanisme du PAV Etoile, le concours d’idées pour l’aménagement de la Rade, et plus récemment, le concours international d’architecture sur invitation pour la Cité de la musique.
Dates clés
Décembre 1915 Démarrage des activités de la «Fabrique genevoise de crayons» au 43 rue de la Terrassière, à l’emplacement d’une ancienne usine de fabrication de savons.
1932 Caran d’Ache (raison sociale adoptée en 1924) dispose alors d’environ 5000 m2 de surfaces autour du 43 rue de la Terrassière.
Octobre 1974 Inauguration officielle de l’usine de Thônex en présence de l’ancien président de la Confédération, le Valaisan Roger Bonvin (1907-1982), sur un terrain de 34'000 m2 et qui offre globalement 17'000 m2 de surfaces disponibles. La nouvelle usine a nécessité un investissement de 24 millions de francs (terrain non compris) dont le 60% environ a été couvert par la vente des terrains de l’ancienne usine de la Terrassière. La promotion (le centre commercial Eaux-Vives 2000, dix immeubles locatifs comprenant 112 appartements, deux immeubles de bureaux et un vaste parking souterrain de 280 places) a été assurée par la régie Marcel Disch & Cie avec la collaboration d’un consortium financier piloté par l’UBS.
6 mai 1977 L’ancienne cheminée de l’usine de la Terrassière, haute de 28 mètres de haut, est dynamitée. Une partie de ses pierres réfractaire ont pu être récupérées pour en faire des cheminées de salon.
14 décembre 2017 L’annonce est faite d’une promesse d’achat pour des terrains privés situés au cœur de la future zone industrielle de Bernex, en bordure d’autoroute.
