Bâle

Les tours Roche, couronnement de l'horizon suisse

Une fois par mois, nous partons à la découverte de l’environnement bâti suisse. Dans ce numéro, cap sur Bâle, au-dessus du Rhin, où s’élèvent majestueusement les silhouettes des tours Roche. Zoom sur ces deux gratte-ciels en forme de voile, conçus par les Bâlois Jacques Herzog et Pierre de Meuron, qui les décrivent comme «une sorte de montagne locale pour la ville».

Deux gratte-ciels en forme de voile, conçus par les Bâlois Jacques Herzog et Pierre de Meuron.
Deux gratte-ciels en forme de voile, conçus par les Bâlois Jacques Herzog et Pierre de Meuron.
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Aucun édifice ne définit mieux la ligne d’horizon de Bâle que les jumelles les plus célèbres de la ville: les tours Roche, siège social de la multinationale pharmaceutique. Atteignant respectivement 178 (41 étages) et 205 mètres (50 étages), ces édifices détiennent le titre des plus hautes tours en Suisse, détrônant ainsi l’ancienne détentrice du record, la Prime Tower de Zurich qui culmine à 126 mètres (36 étages). Ce phénomène est singulier dans un pays davantage célébré pour ses sommets enneigés que pour ses gratte-ciels. Il suffit, en effet, d’un bref coup d’œil sur nos villes et agglomérations pour constater que les immeubles ne dépassent généralement pas quatre ou cinq étages (environ 25 mètres), marquant un contraste saisissant avec les États-Unis et d’autres pays européens où les buildings ont poussé comme des champignons dès le début du XXe siècle.

Le célèbre botaniste et architecte paysagiste Patrick Blanc a créé un mur végétal au rez-de-chaussée de la deuxième tour Roche.diaporama
Le célèbre botaniste et architecte paysagiste Patrick Blanc a créé un mur végétal au rez-de-chaussée de la deuxième tour Roche.

En Suisse, les premières tentatives de construction en hauteur remontent aux années 1960 et 1970, mais elles ont été rapidement décriées. «Les gens trouvaient les immeubles de grande hauteur laids, anonymes et confinés», analyse Martin Vinzens, chef de la section Urbanisation et paysage de l’Office fédéral du développement territorial. Il souligne également qu’à cette époque, certaines constructions n’étaient pas particulièrement réussies, alimentant ainsi l’opposition des citoyens à ce type de bâtiments dans leur environnement. Ce n’est qu’à partir des années 2010 que nous observons timidement l’émergence d’une nouvelle ère architecturale verticale dans les centres urbains suisses. La raréfaction des sols constructibles et la révision de la Loi fédérale sur l’aménagement du territoire en 2014 ont joué un rôle essentiel dans ce changement de perspective. Confrontés à l’absence de nouvelles zones à bâtir, les urbanistes optent pour la densification des zones existantes. C’est dans ce contexte évolutif que s’inscrit l’émergence de la tour Roche 1.

La tour Roche 1

Un mot rapide sur la genèse de cette tour qui tutoie les sommets. Dessinée par le cabinet d’architecture suisse Herzog & de Meuron, la pose de la première pierre a lieu le 9 mai 2012. Le chantier, d’une envergure impressionnante, mobilise quotidiennement 450 ouvriers, épaulés par 150 experts dédiés à la planification et à la surveillance des travaux. Environ 90% des contrats de construction sont attribués à des entreprises suisses. À un rythme impressionnant, un nouvel étage est érigé toutes les deux semaines. La grue principale pousse avec le bâtiment. Elle s’élèvera jusqu’à 200 mètres. Le gros-œuvre s’achève fin 2014 et l’inauguration du bâtiment a lieu en septembre 2015. Conçue pour résister à un séisme d’une magnitude de 6,9 sur l’échelle ouverte de Richter (ce qui lui a valu de recevoir le Seismic Award de construction parasismique), la tour 1 offre une surface brute de plancher de 74’200 mètres, dont 58’000 sont des bureaux, pour 2000 employés. À noter particulièrement: le top floor, le 38e étage, n’est pas exclusivement réservé à la direction de Roche. Il abrite une cafétéria et le lounge «Pebbles» (galets en anglais), accessible à tous les employés.

Une des zones de communication sur trois étages.diaporama
Une des zones de communication sur trois étages.

Trois des onze ascenseurs, ayant une capacité de 23 personnes chacun, permettent un accès direct en 36 secondes. Le sol de cet espace circulaire est constitué de dalles formées avec des petits galets du Rhin, tandis que des disques noirs ornent le plafond. C’est cependant la gigantesque paroi vitrée qui capte l’attention du visiteur, offrant une vue panoramique à 360° sur Bâle et sa région tri nationale, du stade Saint-Jacques à l’EuroAirport, de la Forêt-Noire au Jura, avec une vue plongeante sur le Rhin.

La jumelle surpassée

La tour 1 détiendra le titre du «plus haut bâtiment habité de Suisse» jusqu’en septembre 2022, date à laquelle elle sera surpassée par la tour 2. Positionnée perpendiculairement à son aînée, elle présente la même structure échelonnée, s’affinant vers le haut. Également conçue par Herzog & de Meuron, ce gratte-ciel a nécessité le développement de ciments sur mesure pour la fabrication de bétons spéciaux.

«En plus de devoir résister à d’importantes contraintes techniques et structurelles, le béton devait être pompable jusqu’à 205 mètres de hauteur sans obstruction», détaille Holcim, l’entreprise qui a fourni le béton, les granulats et le ciment nécessaires. Cette tour représente un investissement de 550 millions de francs et offre une surface brute de plancher de 83’000 m2 (dont 61’500 pour des bureaux) pour accueillir 3200 employés. Ces gratte-ciels figurent parmi les immeubles les plus écologiques et énergétiquement efficaces au monde.

Un escalier en colimaçon pour les employés de la tour.diaporama
Un escalier en colimaçon pour les employés de la tour.

Le chauffage exclusif du bâtiment par la chaleur résiduelle du site et le refroidissement par les eaux souterraines témoignent de leur engagement environnemental. La façade énergétiquement efficiente comprend une proportion de 50% de surface vitrée et des stores intelligents s’adaptant aux différentes positions du soleil. L’éclairage général LED à haut rendement intègre la fonction Smart Lighting. Pour compléter ces caractéristiques, une cave à vélos pouvant accueillir environ 400 vélos a également été aménagée. À noter que Roche envisage la construction d’une troisième tour. Une étude de faisabilité a en effet été commandée. S’il venait à être construit, le troisième gratte-ciel de la série pourrait atteindre 220 mètres de haut.