L'inventeur du chronographe, Louis Moinet
C’est en 1816 que Louis Moinet crée ce qui sera reconnu, bien plus tard, comme le premier chronographe au monde. Horloger de génie, il comptera parmi ses clients Napoléon. Pourtant, il faudra près de deux siècles pour que cet héritage retrouve enfin la lumière

Les témoignages d’époque avaient beau attester qu’il était l’un des plus grands horlogers du 19e siècle, son nom était pourtant tombé dans l’oubli. Il faudra la détermination de Jean-Marie Schaller, natif du Jura et déjà à l’origine de la renaissance de la marque Perrelet, pour que le grand horloger retrouve enfin la place qu’il mérite.
Animé par une passion sincère et sans autre capital que son dévouement, il engage ses propres fonds, reconstitue patiemment l’histoire de l’horloger, et pose les premières pierres d’un projet que beaucoup considéraient comme ambitieux. Il fonde en 2004 la maison neuchâteloise Les Ateliers Louis Moinet. Vingt-et-un ans plus tard, la maison poursuit son développement avec la même indépendance et la même passion.

1768 est l’année de la naissance de Louis Moinet, un surdoué, une sorte de Léonard de Vinci. Le futur horloger voit le jour à Bourges (F). Enfant, il passe tout son temps libre avec un maître horloger et reçoit des leçons de dessin d’un peintre italien.
A 20 ans, il s’installe en Italie pour étudier l’architecture, la sculpture et la peinture. De retour à Paris en 1795, Louis Moinet (1768-1853) est nommé professeur à l’Académie des Beaux-Arts. En parallèle de ses activités artistiques, il se consacre à l’horlogerie à partir de 1800. Il se rend fréquemment dans les montagnes du Jura et dans la vallée de Joux où il rencontre des horlogers renommés comme Jacques-Frédéric Houriet.
AVANT RIEUSSEC

Dès 1806, il réalise des créations horlogères pour les personnalités de l’époque. Et, en 1816, il va inventer le premier chronographe au monde. C’est Jean-Marie Schaller qui le révélera au monde entier. En effet, jusqu’en 2013, le milieu horloger pensait que l’inventeur du chronographe était Nicolas Matthieu Rieussec, horloger du roi, lequel avait décroché un brevet en mars 1822 pour un chronographe à secondes.
Celui à qui l’on doit d’avoir sorti des limbes de l’oubli Louis Moinet, avait acquis aux enchères en 2013 un chronographe au soixantième de seconde battant à 216’000 vibrations/heures. Et, après l’avoir démonté et fait analyser par de nombreux experts, dont Bernard Vuilliomenet et Dominique Fléchon, il a pu être prouvé que le « compteur de tierces conçu à des fins astronomiques » par Louis Moinet avait été conçu en 1816 et donc été le premier chronographe au monde.
Parmi les autres créations du brillant Louis Moinet, relevons différentes horloges livrées à Napoléon Bonaparte en 1806, au Roi de Naples ou encore à Thomas Jefferson. Certains modèles sont visibles dans le musée qui lui est consacré à Saint-Blaise.
LA PHILOSOPHIE LOUIS MOINET

Louis Moinet produit actuellement environ 500 pièces par année. Jean-Marie Schaller et son équipe oeuvrent à la manufacture de garde-temps modernes, au caractère affirmé où chaque pièce raconte sa propre histoire. On peut classifier les créations en deux collections : l’art cosmique et les merveilles mécaniques, que ce soit pour les pièces uniques ou les séries limitées.
Dans la première catégorie, les montres ont un lien avec l’espace : utilisation de météorites de Mars, de la Lune, ou des quatre coins du cosmos. Dans la seconde catégorie, l’accent est mis sur l’aspect purement mécanique, comme pour Memoris, modèle phare des Ateliers Louis Moinet, qui est la première montre dont la complication du chronographe est entièrement visible sur le cadran.
Les modèles qui sortent de leurs ateliers sont proposés à des prix allant de CHF 20’000.- à CHF 360’000.- pour la Space Revolution. Série limitée de 8 pièces, elle met en scène deux tourbillons volants en orbite. Leurs contrepoids prennent la forme de vaisseaux spatiaux miniatures, qui se croisent sous un majestueux dôme de verre saphir s’affrontant dix-huit fois par heure. Le vaisseau spatial supérieur effec-tue une rotation dans le sens des aiguilles d’une montre toutes les cinq minutes, tandis que le vaisseau inférieur tourne dans la direction opposée en dix minutes.
Présente au dernier salon Watches and Wonders à Genève, la marque y a notamment présenté sa nouveauté phare, le modèle 1816, une réinterprétation moderne du 1er chronographe au monde, avec son tout premier bracelet métal développé par les Ateliers Louis Moinet. Disponible au prix de CHF 28’900.- (sans TVA), le chronographe 1816 contient un tout nouveau calibre maison de 330 composants, équipé d’un compteur minute instantané, une complication maîtrisée seulement par les plus grandes manufactures.
Elle a également présenté deux nouveaux codes couleur, Rush et White Fuji, disponibles pour les créations pièces uniques Time to Race où le client peut choisir son « chiffre porte-bonheur » (allant de 1 à 99) avec l’un des huit codes couleur à choix (Rosso Corsa, Green Racing et Bleu de France, etc.). « Il n’y aura donc pas deux montres identiques. » En effet, un seul numéro par code couleur sera créé, ce qui permet au collectionneur d’avoir une pièce unique à son poignet.
UN TRAVAIL EN RÉSEAU

La maison Louis Moinet collabore depuis toujours avec Concepto Watch Factory à La Chaux-de-Fonds pour le développement de ses mouvements exclusifs. A ce jour, Louis Moinet possède une dizaine de calibres maison. Entreprise à taille humaine, le fils de Jean-Marie, Nathanaël, passé par les Beaux-Arts, a rejoint l’entreprise familiale voici 3 ans, et accompagne Jean-Marie dans le design produit. Il est entre autres le cerveau derrière le design du modèle Cosmopolis sorti en 2023, montre ayant obtenu un record du monde pour « le plus de météorites insérées sur une montre ».
La PME collabore avec plusieurs artisans, comme Daniel Haas, spécialiste de la découpe de pierres précieuses et semi-précieuses, ou encore Martin Brunold, probablement le dernier fabricant d’astrolabes de qualité au monde. Elle collabore également avec Luc Labenne, chasseur de météorites et ami de Jean-Marie.
Aujourd’hui, les Ateliers Louis Moinet sont présents dans 29 pays, à travers un réseau de qualité.
