Entreprise totale

«Livrer un bâtiment n'est pas suffisant, il faut aussi apporter un service»

À la tête de 205 personnes en Suisse, Pascal Langeron, le directeur général d’Alpenda (ex-Steiner Construction), présente sa vision du marché. Mandaté pour les importants travaux en cours au Hilton et au Fairmont, cette entreprise totale a réussi à capitaliser sur le chantier de l’hôtel Woodward qui lui a apporté un savoir-faire supplémentaire.

Pascal Langeron, directeur général d’Alpenda.
Pascal Langeron, directeur général d’Alpenda.
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Lancée en mai 2025, la nouvelle marque Alpenda a pris le relais de Steiner Construction. «Nous avions la volonté de marquer le caractère suisse et alpin de l’entreprise en se démarquant du passé», résume Pascal Langeron, Directeur général d’Alpenda. Détenue par un groupe familial lorrain, Demathieu Bard, fondé il y a plus de 160 ans, la nouvelle marque n’a pas tardé à être visible sur de nombreux chantiers d’importance en Suisse romande. En voici un bref échantillon représentatif: Campus Biotech B4 (un bâtiment dédié aux laboratoires humides et secs, avec des bureaux de recherche, des espaces de coworking et des salles de conférence), la rénovation en cours du Bureau International du Travail, le chantier en cours du Fairmont Grand Hotel Geneva, le Hilton Genève Aéroport ou encore la Manufacture du Brassus Audemars Piguet.

Savoir-faire

Alpenda bénéficie du chantier mené entre 2018 et 2021 pour créer le magnifique The Woodward, un boutique hôtel de 26 suites, deux restaurants (l’Atelier Robuchon et le Jardinier) et un spa avec piscine, venus dynamiser cet immeuble post-haussmannien qui abritait un temps une banque.

The Woodward leur a permis de capitaliser sur le savoir-faire acquis.diaporama
The Woodward leur a permis de capitaliser sur le savoir-faire acquis.

«Cela a été notre premier mandat dans le très haut de gamme. Il nous a permis de capitaliser sur le savoir-faire avec le retour d’expérience de nos partenaires sous-traitants. Nous faisons des appels d’offres selon les compétences. Par exemple, toutes les entreprises de carrelage ne maîtrisent pas le calepinage spécifique au marbre. Je peux vous citer la PME suisse Gruyeria avec laquelle nous avons collaboré sur ce chantier exigeant. Ce que nous recherchons, c’est de l’hyper compétence, même si il y a aussi des enjeux financiers. Mais, plus nous prenons des entreprises bon marché, plus nous aurons des problèmes à gérer ensuite, ce qui coûte en temps et en argent», observe Pascal Langeron, arrivé à l’été 2018 chez Steiner après une carrière menée chez Bouygues et Vinci.

60 ingénieurs sur le chantier

Nul doute que la qualité du résultat final aura convaincu d’autres propriétaires d’hôtels de faire appel à Alpenda: le groupe Victory les a sollicités pour la rénovation complète du bâtiment du Fairmont Grand Hotel Geneva, tandis que les Qataris les ont choisis pour la rénovation du plus grand hôtel de Suisse, le Hilton Genève Aéroport.

«De par notre expérience hôtelière, nous essayons de tenir compte de l’expérience client. C’est une question d’état d’esprit. Nous partons du constat que se contenter de délivrer un bâtiment n’est pas suffisant. Il faut aussi apporter un service», ambitionne le directeur général. À l’heure actuelle, pour Alpenda cela représente concrètement jusqu’à 60 ingénieurs en permanence sur le chantier genevois du Fairmont. Il s’agit de spécialistes par typologie d’objet à réaliser. «Dès la conception, nous avons une quinzaine d’ingénieurs qui calculent et dialoguent avec les bureaux d’ingénieurs externes.»

Métiers à grand risque

Alpenda emploie un certain nombre d’ingénieurs EPFL et aussi HES. «La Suisse dispose d’excellents ingénieurs pour les infrastructures, tels que les tunnels, ceci pour des raisons historiques. Mais, dans le bâtiment, il en manque. Nos collaborateurs sont soit des conducteurs de travaux, des chefs de projets ou encore des directeurs de travaux, selon la taille et la complexité des chantiers. Chez nous, vous ne trouverez jamais deux chantiers pilotés par une seule et même personne.»

«Nous exerçons des métiers à grand risque où l’on réalise des prototypes à chaque commande. Cela demande une certaine agilité et du bon sens», ajoute Pascal Langeron. Alpenda n’entend pas pour autant se spécialiser sur des projets haut de gamme. «Il n’y a pas de bon ou de mauvais projet. Nous voulons pouvoir adresser une réponse à tous les clients, dès 5 millions de francs. Qu’il s’agisse de marchés publics ou privés.» Le dirigeant nous indique que le volume d’affaires d’Alpenda est «relativement stable» depuis la fin du Covid. Il tourne autour des 300 millions de francs. «Le souci est plutôt la tension sur les prix. Les coûts de production ont augmenté alors que les prix de vente n’ont pas forcément suivi la même tendance». Et l’avenir? «Les enjeux les plus forts concernent les lots techniques et les façades à cause des questions énergétiques.»