Techniques du bâtiment

"Nos entreprises peinent à trouver repreneur"

Le nouveau président du groupement MBG, Guillaume Ruedin, fait le point sur les défis qui touchent les branches de la construction métallique, du chauffage, de la ventilation, de l’électricité ou encore des sanitaires à Genève.

Guillaume Ruedin, nouveau président du groupement MBG
Guillaume Ruedin, nouveau président du groupement MBG - Copyright (c) Loris von Siebenthal
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Spécialiste de la construction métallique dans l’agencement intérieur, Guillaume Ruedin s’active depuis plus de vingt ans au sein de l’entreprise familiale. Une passion pour un métier peu commun qui l’a poussé à se battre pour sa profession, en devenant notamment le nouveau président du groupement MBG cet été. À l’occasion de cette nomination, le Genevois nous en apprend davantage sur son association. Interview.

MBG, qu'est-ce donc?

Il s’agit du groupement des métiers techniques du bâtiment Genève. Il réunit quatre caisses de compensation ainsi que cinq associations patronales (453 entreprises membres, employant 5000 collaborateurs et 350 apprentis) et représente, comme son nom l’indique, les intérêts des métiers techniques du bâtiment: chauffage, climatisation et ventilation, construction métallique, serrurerie et store métallique, électricité, domotique et télécommunication ainsi que sanitaire, ferblanterie et toiture.

Quelles sont ses principales missions?

Nous concourons à la défense des intérêts de notre branche, notamment auprès des autorités et entretenons des relations avec d’autres organisations professionnelles. Le groupement MBG s’investit dans la formation professionnelle initiale et continue. À cet égard, mentionnons la création d’un centre de formation flambant neuf, à la pointe de la technologie, dans l’espace Tourbillon de Plan-les-Ouates afin d’attirer des jeunes et de leur offrir des conditions d’apprentissage optimales. Enfin, nous collaborons avec la partie syndicale pour la gestion de la convention collective de travail dont nos associations sont signataires et qui s’applique à l’ensemble de nos métiers, ce qui est plutôt inédit.

Pourquoi avoir voulu adopter cette casquette de président?

Le canton de Genève bouge très vite et si nous ne prenons pas le virage mainte- nant, que l’on ne propose pas des solutions pour nos entreprises, nous risquons de passer à côté de quelque chose. Pour cela, il faut s’engager. Personnellement, j’aime mon métier, je me suis bien formé, je souhaite ainsi montrer l’exemple pour donner envie à la relève de nous re- joindre.

Quels seront vos engagements durant ce mandat de deux ans?

Le centre de formation flambant neuf du MBG à Plan-les-Ouatesdiaporama
Le centre de formation flambant neuf du MBG à Plan-les-Ouates

Les principaux axes sur lesquels je souhaite nous mobiliser rejoignent les défis auxquels nos métiers sont confrontés. Autrement dit:

  1. LA DISPONIBILITÉ DE LA ZONE INDUSTRIELLE La raréfaction des zones industrielles et la tendance consistant à les repousser toujours plus en périphérie de la ville me questionnent. Certes, le territoire genevois est exigu et il faut pouvoir créer des logements, de l’administratif, du tertiaire mais n’oublions pas que nos métiers ne peuvent pas s’exercer au 4e étage d’un immeuble, nous avons besoin le plus souvent d’être de plain-pied. Pour continuer à construire Genève, nous avons besoin de surfaces adaptées.
  2. CONTINUER À BÂTIR Construire est important, à condition de le faire bien, en densifiant. Même si le marché de la rénovation est intéressant et donne du travail, il faut néanmoins continuer à avoir un marché du neuf, surtout au regard des projections de croissance démographique.
  3. LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE Ce point est essentiel pour nos métiers touchés de plein fouet par ces boule- versements. Que ce soient les chauffagistes avec les pompes à chaleur, les électriciens avec les panneaux solaires ou prochainement les installateurs sanitaires avec la raréfaction de l’eau... nous sommes en première ligne de cette transition. C’est pourquoi le groupement MBG propose des formations et s’active au niveau politique, comme récemment en faisant partie des quinze membres signataires de l’accord historique pour la rénovation énergétique du parc bâti.
  4. LA RELÈVE Le manque d’apprentis dans nos branches est un problème. Nous de- vons impérativement réussir à redorer le blason de nos métiers qui sont créatifs, passionnants et pour lesquels il n’y a pas de chômage. Celui qui sort de l’école à 19 ans aura du travail toute sa vie, le niveau de rémunération est bon et l’apprentissage est une première clé qui ouvre toutes les portes. On peut ensuite faire des études supérieures, faire une maturité professionnelle, un brevet, une HES etc. C’est d’ailleurs le parcours que j’ai moi-même suivi.
  5. PROMOUVOIR LES ENTREPRISES LOCALES Le canton de Genève est soumis à une forte concurrence, principalement étrangère. Or, choisir une entreprise affiliée au groupement MBG, c’est déjà s’assurer qu’elle s’est engagée à appliquer notre convention collective de travail, qu’elle ne va pas pratiquer du travail au noir et respecte les salaires minimaux définis dans la branche. Notre rôle consiste donc à mieux informer les maîtres d’ouvrage, publics comme privés, de l’intérêt de recourir à des entreprises locales: que ce soit pour préserver les emplois et le savoir-faire genevois, soutenir la formation professionnelle, favoriser les circuits courts mais aussi pour la qualité du service après- vente car il y a beaucoup d’installations qui nécessitent d’avoir un suivi.
  6. LA TRANSMISSION DES ENTREPRISES Ce sujet me tient particulièrement à cœur car j’ai repris l’affaire de mes parents avec ma sœur et c’est une problématique peu médiatisée qui est pourtant urgente voire alarmante aujourd’hui. Nous assistons au départ progressif de la génération des baby-boomers, des entrepreneurs qui ont développé leur business et qui peinent à l’heure qu’il est à le remettre. Mais il y a peu de repreneurs car les conditions sont extrêmement compliquées, notamment d’un point de vue financier. Sans appui de l’État ou des banques (via des conditions raisonnables), nous allons perdre toutes ces entreprises qui offrent un tissu économique diversifié au niveau du canton mais aussi de la Suisse...