Palexpo investit 25 millions pour changer d’échelle
D’ici 2028, une nouvelle salle multifonctionnelle capable d’accueillir jusqu’à 4000 personnes viendra renforcer l’attractivité de Genève, à l’heure où les congrès se livrent une concurrence mondiale féroce.

Dans la Halle 1 de Palexpo, les lumières éclairent un vaste espace encore silencieux. Difficile, à première vue, d’imaginer que ce volume accueillera bientôt des milliers de congressistes, des événements internationaux et de grands rendez-vous économiques. Et pourtant, c’est précisément ici que prendra forme «Pavillon», la future salle multifonctionnelle de Palexpo, appelée à devenir un pilier de l’attractivité genevoise.
Pensé depuis plusieurs années et conçu par le bureau d'architectes LIN.ROBBE.SEILER, ce projet a franchi une étape décisive avec le vote unanime du Grand Conseil fin octobre, ouvrant la voie à une réalisation attendue dans un contexte de concurrence internationale accrue. «L’attractivité est sans doute le mot clé de 2025», résume Delphine Bachmann, conseillère d’État chargée de l’Économie.
Une infrastructure adaptable à souhait

Implanté intégralement dans la Halle 1, «Pavillon» prendra la forme d’une véritable «boîte dans la boîte». D’une surface de 4000 m², il pourra accueillir entre 2000 et 4000 personnes, grâce à des gradins rétractables et une configuration entièrement modulable. Contrairement aux installations temporaires actuelles, la salle sera équipée de manière permanente: infrastructures audiovisuelles fixes, espaces logistiques, bureaux pour les organisateurs, sanitaires intégrés.
Une évolution majeure qui permettra de supprimer les coûteux montages et démontages, générant des gains de temps et d’argent tant pour Palexpo que pour les organisateurs. Les travaux débuteront à l’été 2026, pour une livraison fin 2027 et une mise en exploitation dès 2028. Ceci au terme d’une planification millimétrée afin de préserver l’activité événementielle du site bien entendu.
Un projet public-privé équilibré
Le coût global du projet est estimé à environ 25 millions de francs. Il repose sur un partenariat public-privé, avec une participation de l’État de 12,6 millions de francs, complétée par des financements privés. Palexpo (détenu à 87% par le canton), s’inscrit ainsi dans une logique de coresponsabilité économique.
Cette nouvelle infrastructure permettra non seulement d’accueillir jusqu’à dix congrès supplémentaires par an, mais aussi des événements d’entreprise, des banquets et des manifestations locales ou internationales aujourd’hui contraintes par l’absence d’une salle de ce format en Suisse.
Répondre aux nouvelles tendances du marché

Le projet «Pavillon» est avant tout une réponse à une mutation profonde du secteur. En effet, les grands salons mondiaux se continentalisent, la digitalisation progresse, les jeunes générations attendent davantage d’expérience, et les organisateurs privilégient désormais des lieux qualitatifs, flexibles et durables.
«Les organisateurs ne vivent plus seulement de la vente de mètres carrés mais de services à valeur ajoutée», souligne Claude Membrez, directeur général de Palexpo. Dans ce contexte, les grandes halles d’exposition traditionnelles perdent en pertinence, tandis que les espaces multifonctionnels gagnent en importance.
Genève, déjà très attractive pour les congrès (notamment médicaux, économiques ou institutionnels), manquait donc jusqu’ici d’une salle de capacité intermédiaire comparable à celles que l’on trouve à Vienne, Paris ou Barcelone. «Pavillon» comblera à l’avenir ce vide et repositionnera Palexpo dans le circuit européen des grands centres de congrès.
Un impact économique majeur pour le canton

Au-delà de l’infrastructure, l’enjeu est clairement économique. Palexpo génère aujourd’hui près de 300 millions de francs de retombées économiques directes, notamment pour l’hôtellerie, la restauration et les commerces, des secteurs encore fragilisés depuis la crise du Covid.
Avec Pavillon, les retombées supplémentaires sont estimées entre 20 et 30 millions de francs par an. Sachant qu’en 2024, Palexpo a accueilli 137 événements et environ 700’000 visiteurs. L’arrivée de la nouvelle salle renforcera de ce fait encore cette dynamique.
À cela s’ajoute un fort ancrage local: 98% des biens et services achetés par Palexpo le sont en Suisse, dont 72% à Genève, soutenant directement l’économie régionale et les entreprises locales.
Une vitrine de la durabilité

En outre, pensé dès l’origine comme un projet durable, Pavillon s’inscrit dans une stratégie environnementale déjà avancée. Palexpo produit aujourd’hui 65% de ses besoins électriques grâce à sa centrale photovoltaïque, installée en 2013. Celle-ci sera augmentée de 50%, permettant à terme de couvrir 120% des besoins et d’injecter de l’électricité dans le réseau genevois.
Le bâtiment privilégiera le bois suisse, notamment l’épicéa, avec des circuits courts, une préfabrication en atelier et une réduction des nuisances de chantier induite. Palexpo affiche par ailleurs un taux de tri des déchets proche de 80%, et dispose des certifications ISO 20121 (durabilité) et ISO 9001 (qualité). L’accessibilité douce progresse également, avec un parking vélos de plusieurs centaines de places et l’arrivée prochaine du tram reliant la place des Nations à Palexpo.
Tourné vers l’avenir, à l’aube des 100 ans

À noter que «Pavillon» s’inscrit symboliquement à la veille des 100 ans de Palexpo, dont le premier palais d’expositions a été inauguré en 1926 à Plainpalais. L’année 2026 sera marquée par des célébrations, des contenus historiques et un hommage à celles et ceux qui ont façonné l’institution.
Mais l’objectif n’est pas de regarder en arrière. «Gouverner, c’est prévoir. Ici, nous anticipons», rappelle Delphine Bachmann. Avec «Pavillon», Palexpo se transforme donc pour répondre aux attentes du futur, renforcer le rayonnement du canton et consolider son rôle d’acteur clé de la vie économique cantonale. S’il s’agit pour l’heure d’un espace vide, «Pavillon» se veut alors déjà porteur d’un nouveau souffle pour Genève.
