Architecture

Philippe Meyer

Lauréat de nombreux prix pour ses différents ouvrages, l’architecte genevois se démarque par sa vision contemporaine de l’architecture et par son agacement face à une ville qui n’exploite pas suffisamment son potentiel.

Philippe Meyer
Philippe Meyer - Copyright (c) Ines d'Orey
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«L’architecture ne peut être que contemporaine puisqu’il s’agit de l’expression d’une réflexion sur notre temps» écrit dans une monographie qui lui est consacré, Philippe Meyer, architecte franco-suisse qui vit et travaille à Genève depuis bientôt 30 ans. Comment définir, alors, un style ? « Un regard, une forme de pensée peuvent être racontés, mais il est très difficile de définir son architecture» commente celui qui a obtenu trois distinctions décernées par le Best Architects Award pour une villa privée à Cologny (2020), des logements collectifs à Corsier (2022) et des logements à Vernier (2023).

Villa, Quai de Cologny, Genèvediaporama
Villa, Quai de Cologny, Genève

Avec son caractère fort, Philippe Meyer tend à se démarquer. Aussi parce que bien que profondément passionné par son métier, il est aujourd’hui parfois quelque peu désabusé. Il n’hésite ainsi pas à s’exprimer sur les contraintes que subissent les architectes dans le canton de Genève, plus qu’ailleurs peut-être. Et à dénoncer le manque de clairvoyance des politiques en termes d’urbanisme. «Il y a une vraie rupture entre l’architecture et l’urbanisme» regrette l’expert. «Parce que l’architecture qui est un acte culturel ne peut se contenter de la construction, on construit souvent mal, à Genève, comme ailleurs. Outre une atteinte portée au paysage, en bâtissant sans conscience, c’est une forme de dignité qui est touchée. ». Toute la rive droite serait sinistrée selon lui. « Alors que l’on devrait offrir une architecture de qualité à chacun, on persiste à cantonner les gens à faibles moyens dans des bâtiments médiocres» poursuit celui qui est aussi membre de la Fédération des Architectes Suisses (FAS). Il aimerait surtout que cette préoccupation soit davantage partagée et ne soit pas vécue comme une fatalité ou une opportunité. Philippe Meyer estime, en effet, que les normes administratives, trop excessives, entrent souvent en contradiction avec l’architecture. «Je ne comprends pas que l’on puisse préserver certains quartiers parfois même à la limite de l’insalubre, si ce n’est pour de mauvaises raisons politiques » poursuit-il. « La ville s’est toujours bâtie sur elle-même, conserver pour conserver n’est pas la solution pour demain ».

FACULTÉ DE PSYCHOLOGIE

Faculté de Psychologie, Université de Genèvediaporama
Faculté de Psychologie, Université de Genève

Né en 1959 à Marseille, le Franco-Suisse (son grand-père était Suisse) obtient son diplôme d’architecture dans la cité phocéenne sous l’expertise d’architectes suisses, notamment Luigi Snozzi et Aurelio Galfetti. Il rejoint, par la suite, le bureau d’architectes Jourda-Perraudin à Lyon, avant de s’installer à Fribourg, puis à Berne. Il est rapidement sollicité pour enseigner le projet d’architecture, d’abord à l’EPFZ puis à l’EPFL où il restera jusqu’en 2003.

En 1992, il ouvre son propre bureau à Berne et s’associe à l’architecte Pierre Bouvier, puis déménage à Genève en 1995. En 2004, lauréats du concours, ils construisent ensemble (avec une structure béton et un revêtement de façade en verre recyclé) le bâtiment administratif de la faculté de psychologie de l’Université de Genève. La particularité de cet édifice vient du tissu métallique de façade qui l’habille et régule la lumière, traduisant une abstraction dans un quartier particulièrement hétérogène. Philippe Meyer transforme, parallèlement à l’agence Devanthéry-Lamunière, la SIP à Plainpalais en espaces multifonctionnels. «Un bâtiment de qualité doit permettre une réversibilité et ainsi évoluer dans le temps, c’est ce que démontre la SIP, premier édifice bâti en béton armé à Genève», poursuit l’architecte qui ne se démarque pas uniquement par son phrasé mais également par son approche. Il privilégie la vérité de la matière, ainsi le béton si souvent décrié et pourtant bien moins polluant que d’autres matériaux car recyclable. « Les isolants en polystyrène, les panneaux solaires, les revêtements de façade ne sont généralement pas recyclables, donc faussement écologiques. » Simplement parce que ce n’est pas fondamentalement nécessaire, Philippe Meyer recherche dans ses réalisations à ne pas utiliser de produits synthétiques et à privilégier les matériaux naturels à l’instar du liège qu’il emploie en tant qu’isolant.

THE HAMLET

The Hamlet, chambres d'hôtes, Genève-Citédiaporama
The Hamlet, chambres d'hôtes, Genève-Cité

Depuis 2004, Philippe Meyer travaille seul entouré de ses collaborateurs dans ses bureaux à Carouge. Il mène des projets allant de rénovations de villas individuelles à des constructions de logements collectifs. Son autre projet phare: The Hamlet, une maison d’hôtes de quelques appartements située dans la très protégée rue Etienne-Dumont au cœur de la Cité de Calvin. C’est peut-être le projet dont il est le plus fier. «Il a fallu travailler à l’ancienne, retrouver un savoir-faire parfois oublié. La tâche fut rendue très difficile par les conditions du lieu et par la bataille administrative que nous avons dû mener.» Durant son temps libre, Philippe Meyer aime voyager. Il se nourrit d’art contemporain, de photographie, de littérature et de cinéma et dessine aussi un peu pour lui. Il codirige, par ailleurs, avec l’architecte Paolo Amaldi, la revue d’architecture Faces publiée deux fois par année. Il donne aussi régulièrement des conférences ou des workshops à l’étranger. «Elasticity» fut le dernier workshop donné à Porto sur le thème de la croissance urbaine. Une thématique déjà traitée durant la Biennale d’architecture de Venise en 2018 où il fut invité.

Egalement architecte d’intérieur et designer, il a la culture du détail. Pour cela, il aime travailler avec des artisans qui ont un vrai savoir-faire et qui apportent une plus-value à son architecture comme le maître verrier parisien Guillaume Saalburg ou le coloriste Pierre Bonnefille. «Je refuse tout pastiche. J’essaie, bien que conscient que rien ne se fait sans la connaissance de ce qui s’est fait, d’être un architecte de mon temps.» Et cela, il l’est assurément.