Planifier les quartiers partout, pour tous
Construire la ville de demain en conciliant les intérêts de chacun n’est pas évident. Plusieurs concepteurs ont débattu des solutions possibles lors du Branch Talk 2023.

Genève change de visage. De nombreux quartiers sortent de terre un à un mais encore faut-il les faire accepter par la population qui s’oppose de façon accrue ces derniers temps. À cela s’ajoutent les objectifs ambitieux que le canton a fixés au niveau climatique, soit un abaissement de 60% des gaz à effet de serre d’ici 2030 et la neutralité carbone à l’horizon 2050. Construire la Genève de demain requiert donc désormais de jongler entre trois défis de taille (pas toujours facile à marier): la pénurie de logement, la transition écologique et l’acceptation populaire. Voici un tour d’horizon des moyens envisagés par les acteurs de l’aménagement du territoire pour tenter de lever ces freins.
Retrouver la confiance perdue
«Face à la crise que nous vivons, il y a un réel déni de la population qui ne souhaite pas le changement et qui a été engendré par notre discours relativiste. Nous entrons dans un nouveau paradigme de société et sans décision forte, les mesures d’accompagnement actuelles vont se transformer en contraintes abruptes à l’avenir», dé- crypte Damien Bonfanti, conseiller administratif de la Ville de Lancy. Un constat partagé par Saskia Dufresne, directrice générale de l’Office des autorisations de construire de Genève: «Il y a effective- ment un manque de confiance de la part de la population envers les partenaires de l’aménagement du territoire qui s’est cristallisé au fil du temps et qui est à imputer en partie à la mauvaise qualité produite, il faut le reconnaître.»
Pour en venir à bout, la solution unanimement prônée est le partenariat. Autrement dit, la «co-construction» selon Yannos Ioannides, membre de la direction du Comptoir Immobilier. «Les développeurs et architectes arrivent en bout de chaîne et sont de ce fait souvent dézingués. En réalité, il faudrait travailler en intelligence collective et concevoir tous ensemble les quartiers, comme nous le faisons déjà pour Belle-Terre, à Thônex», décrit-il.
Se concerter et équiper les rez
Autre cas exemplaire, celui du développement de Praille-Acacias-Vernets (PAV), l’une des plus grandes mutations urbaines d’Europe, prévoyant environ 12'000 logements répartis sur plusieurs «pans de villes». L’un d’eux, nommé «Acacias I» vient justement d’être accepté aux urnes. «Plus grand plan localisé de quartier que le canton ait jamais connu, il a requis 8 ans de travail mais si cela se couple avec de la qualité qui convient à tous, cette lenteur se justifie», soutient Saskia Dufresne. D’après le politicien lancéen, Damien Bonfanti, il s’agirait surtout d’éviter les cités dortoirs comme Genève a pu en construire en masse dans les années 70.
«Intégrer les rez-de-chaussée et équiper les quartiers, neufs ou anciens, de prestations de services, de santé, de garderies, de restaurants, d’activités en tous genres», d’après lui, afin de créer un vivre-ensemble et apporter plus de bénéfices que de nuisances aux habitants. Et lorsqu’il s’agit de planifier ces villes dites «du quart d’heure», l’outil de concertation publique revient souvent sur la table. Ce que Damien Bonfanti nuance: «Les gens doivent pouvoir s’exprimer, nous devons les écouter. Néanmoins, ces concertations publiques n’attirent qu’un petit panel de personnes prêtes à participer à plusieurs séances qui ont lieu tard le soir sur des éléments techniques donc il ne faut pas imaginer que cet outil d’accompagnement, certes utile, va réduire le risque de référendum, ce n’est pas l’objectif.»
