Association - Suisse

Préserver le patrimoine bimillénaire à Nyon

Depuis cent ans, l'association Pro Novioduno veille sur le bâti historique de l'ancienne cité romaine passée sous la coupe des Bernois au Moyen-Age. Ses succès sont nombreux.

Les colonnes de la place des Marronniers
Les colonnes de la place des Marronniers - Copyright (c) Ville de Nyon/Michel Perret
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Nyon, ville romaine! Les colonnes de la place des Marronniers en attestent avec force. Mais si Nyon a bien été une colonie pour vétérans des légions de Jules César, encore fallait-il le faire savoir. Ainsi, en 1958, à l’occasion du bimillénaire de la ville, l’association Pro Novioduno (qui tire son nom du nom latin Noviodunum, telle qu’était nommée la cité) organise l’érec- tion de ces trois colonnes qui font aujourd’hui encore la renommée de la cité. Trois colonnes assemblées avec d’anciennes pierres laissées par les Romains, sur une place qui n’était pas le forum mais qui présentait l’avantage, et c’est toujours le cas, de donner sur le lac. Un acte, alors, de «marketing moderne», confesse l’association par la voix de son président Georges Darrer (lire notre interview).

De beaux succès

On trouve dans cette anecdote l’essence même de l’association Pro Novioduno, qui fêtera en 2022 ses cent ans. D’un côté, faire connaître les trésors patri- moniaux historiques de l’ancienne cité à travers les époques; de l’autre, condition sine qua non à la première mission, préserver ces trésors des promoteurs et architectes «aux idées parfois farfelues». Pour cela, l’association scrute les mises à l’enquête et, si nécessaire, s’oppose par voies légales pour faire valoir ses griefs et trouver des consensus. L’association peut d’ailleurs se targuer de quelques succès importants: en 1971, elle s’oppose à la fermeture du Musée du Léman, aujourd’hui fierté de la ville; dès les années 1970, elle lutte aux côtés des artistes pour la préservation de l’usine à gaz, qui de- viendra une salle de spectacles; en 1996, elle s’engage contre un projet immobilier à l’emplacement des ruines d’un amphi- théâtre romain; en 2006, elle participe au référendum contre l’implantation au bord du lac de la Fédération internationale de basket amateur (FIBA), préservant ainsi l’accès libre aux rives.

Pérenniser l’association

L'association a publié une jolie série de petits cahiers décrivant des balades thématiquesdiaporama
L'association a publié une jolie série de petits cahiers décrivant des balades thématiques

De fait, depuis de nombreuses années, Pro Novioduno est un partenaire du développement nyonnais puisque l’association ne fait pas que se mêler de telle ou telle construction ou rénovation, mais s’associe plus généralement aux réflexions urbanistiques pilotées par le politique. Une position importante qui n’enlève pourtant rien à la précarité relative de l’association, qui fonctionne intégralement au bénévolat et qui cherche à renouveler ses adhérents pour mener les futurs combats. Alors, pour faire connaître son travail et séduire de nouveaux membres, l’association vient de publier une jolie série de petits cahiers décrivant des balades thématiques. A lire pour mieux arpenter la ville!

«DES PETITES FRICHES INDUSTRIELLES À PRÉSERVER»

Georges Darrerdiaporama
Georges Darrer

Pro Novioduno tente de préserver le patrimoine industriel. Interview de son président Georges Darrer.

A Nyon, on connaît la période romaine, la période catholique puis protestante et la période bernoise. En revanche, on ne trouve déjà plus beaucoup de traces du passé industriel des XIXe et XXe siècles. Est-ce important à vos yeux?

Il est vrai que les usines ont progressivement disparu. Il y en avait au bord du lac d’abord, puis à proximité de la gare, puis proche de l’autoroute. Notre association a tenté à plusieurs reprises de préserver des usines abandonnées, en vain. Il reste néanmoins quelques petites friches industrielles à considérer. Je pense notamment à l’actuel hangar du train Nyon-St-Cergue, dans le quartier des Plantaz. La compagnie de chemin de fer va déménager bientôt dans une nouvelle halle à Trélex. Le site des Plantaz sera donc laissé vacant. Nous devons y réfléchir.

On dit généralement que Pro Novioduno ne se concentre que sur la ville historique et ne s’intéresse pas à ce qui se passe au nord du chemin de fer, là où la ville s’étend depuis septante ans...

Ce n’est pas tout-à-fait vrai. Nous nous battons actuellement pour la préservation de deux petites villas de style florentin du XIX siècle, situées à la route de Saint-Cergue. Il y en avait une douzaine à l’époque mais, depuis quelques années, les propriétaires les font raser pour y construire de petits immeubles en PPE. Il nous faut trouver une solution pour garder trace de cette époque.

Vous dites constater une évolution auprès des professionnels du bâtiment...

Oui, c’est vrai, il y a de moins en moins de promoteurs et d’architectes qui, dans des secteurs historiques, arrivent avec des idées parfois farfelues. Le fait de préserver le patrimoine architectural n’est plus à démontrer. Il reste parfois quelques maladresses, bien sûr, mais nous sommes là pour éviter qu’elles ne se concrétisent.

Propos recueillis par R. H.