Transition

Quand le solaire rencontre le patrimoine

Les Journées fribourgeoises du photovoltaïque, organisées fin octobre, ont mis en lumière les enjeux et les opportunités liés à l’intégration du solaire dans le bâti existant, notamment historique. Retour sur les principaux enseignements de cette rencontre.

Le solaire couvre environ 16% des besoins électriques du canton.
Le solaire couvre environ 16% des besoins électriques du canton. - Copyright (c) © Freepik
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Une stratégie énergétique ambitieuse

  • Le canton de Fribourg inscrit son action dans la stratégie énergétique suisse visant 600 GWh de production photovoltaïque d’ici 2035 et 1300 GWh d’ici 2040, contre plus de 300 GWh déjà atteints aujourd’hui.
  • Le solaire couvre environ 16% des besoins électriques du canton, principalement en été, et devient un pilier de la transition énergétique locale.
  • L’État de Fribourg et le Service de l’énergie encouragent un déploiement harmonieux du photovoltaïque tout en préservant la cohérence urbanistique, paysagère et patrimoniale.
  • De nouvelles directives cantonales sont en préparation pour clarifier les règles d’intégration du solaire dans le bâti, en phase avec les normes fédérales et les communautés électriques locales prévues dès 2026.
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Vers une transition énergétique concertée.

L’intégration, un défi technique, culturel et social

  • En Europe, un quart du parc immobilier est classé ou protégé, ce qui rend la transition énergétique indissociable de la préservation du patrimoine. La Suisse est particulièrement concernée.
  • Laure-Emmanuelle Perret (LMNT Consultancy) et Noëlle-Laetitia Perret (Université de Genève) insistent sur la nécessité d’une approche équilibrée entre innovation énergétique et respect du bâti historique.
  • Le solaire intégré (BIPV) offre des solutions variées (tuiles photovoltaïques, verres colorés, modules semi-transparents) permettant une intégration esthétique et fonctionnelle.
  • Le projet européen CALECHE (dont la Suisse est partenaire) identifie cinq défis majeurs:
    1. Concilier performance énergétique et intégrité patrimoniale,
    2. Gérer les contraintes réglementaires,
    3. Garantir une acceptation sociale,
    4. Disposer d’outils de décision adaptés,
    5. Coordonner l’ensemble des acteurs (architectes, ingénieurs, citoyens, autorités).
  • Le solaire devient ainsi un projet de société, une manière contemporaine de faire vivre le patrimoine plutôt que de s’y opposer.

Le modèle de La Chaux-de-Fonds et du Locle

  • Ces deux villes, inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, ont élaboré un plan stratégique solaire exemplaire, présenté par Yoan Vuillemez, architecte communal.
  • L’étude (menée en 2022-2024), soutenue par la Confédération et le canton de Neuchâtel, repose sur une cartographie géomatique croisant visibilité, sensibilité patrimoniale et potentiel solaire.
  • Résultats clés:
    1. Dans les zones patrimoniales sensibles, seuls 24 à 26% du potentiel solaire total peuvent être exploités.
    2. Des règles d’intégration précises ont été définies (panneaux groupés, formats cohérents, refus du mimétisme artificiel).
    3. Une aide financière incite à l’installation de panneaux harmonisés (jusqu’à 800 CHF/kW pour les modèles intégrés de couleur terracotta).
  • Ce plan a donc permis de réduire drastiquement les conflits entre patrimoine et énergie et est aujourd’hui considéré comme un modèle national inspirant pour d’autres villes telles que Fribourg.

Vers une transition énergétique concertée

  • Les échanges lors de cette conférence ont mis en avant l’importance du dialogue entre acteurs (politiques, propriétaires, installateurs, chercheurs et habitants).
  • Les projets photovoltaïques sur bâtiments anciens ne sont pas que des questions techniques. Ils traduisent des choix de société et des négociations de valeurs (mémoire, esthétique, gouvernance).
  • La réussite dépend de l’adhésion locale et de la capacité à concevoir des solutions partagées plutôt qu’imposées.
  • Le solaire intégré devient un laboratoire de durabilité, mêlant dimensions environnementale, sociale, culturelle et politique.
  • Fribourg entend s’inscrire dans cette dynamique en lançant dès 2026 de nouvelles initiatives autour de la rentabilité et de l’acceptabilité du solaire intégré.

Tout le monde peut (s’)investir La ville de Fribourg mise effectivement sur la transition énergétique. Depuis 2018, elle a donc pour objectif de diviser par deux sa dépendance aux énergies fossiles, quadrupler ses renouvelables et assainir un bâtiment sur six d’ici 2035. Pour y parvenir, elle a démarré en automne 2023 la plateforme de financement participatif «Particip», qui permet aux citoyens d’investir dès 100 francs en obligations sur 3, 5 ou 15 ans pour financer l’installation de panneaux solaires sur des bâtiments communaux. Quatre projets ont déjà été financés avec succès: 760 m2 (220’000 CHF), 880 m2 (330’000 CHF), 260 m2 (55’000 CHF) et 150 m2 (40'000 CHF). Des sommes récoltées en quelques jours voire minutes. La plateforme, détenue à 100% par la Ville, vise l’équilibre, redistribuant les intérêts aux participants et ouvre ainsi l’investissement aux locataires et petits investisseurs.