Conférence

Quand les investisseurs découvrent la biodiversité

Découvrez comment planifier et construire en tenant compte du climat. Deux exemples ont été présentés à divers investisseurs: le Parc des Crêts à Troinex (GE) et le quartier Arbora à Crissier.

Le quartier Arbora à Crissier
Le quartier Arbora à Crissier - Copyright (c) Losinger Marazzi
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C’est lors d’un événement organisé par Wüest Partner et l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) à Lausanne fin mars qu’une vingtaine d’investisseurs ont eu l’opportunité de découvrir deux exemples en matière de nouveaux quartiers et de sauvegarde de la biodiversité. Ils ont aussi pu entendre Laurence Duc, responsable de la durabilité chez Pensimo, ainsi qu’Antoine Vincke, directeur des investissements socialement responsables (ISR) à La Française Real Estate (appartenant au groupe Crédit Mutuel), avant d’échanger lors d’une table-ronde. Comme l’a rappelé avec justesse Antoine Vincke: «Il peut y avoir davantage de biodiversité dans un bon projet construit que dans un champ de patates». Les écologues présents à Lausanne ne l’ont pas contredit. Ce directeur ISR a rappelé que le groupe Crédit Mutuel possède environ 2000 immeubles en France. «Nous avons une charte d’acquisition responsable. Nous demandons au promoteur de remplir un document d’une centaine de pages et parfois, nous décidons de ne pas investir dans tel ou tel projet, notamment lorsque les nouveaux projets concernent des sites sensibles. Ainsi, nous avons récemment refusé l’extension d’un Center Parc dans le nord, proche des dunes.»

Donner du sens à ce que l’on fait

«Notre parc habité a été conçu sur un terrain de 9 hectares de terres à vaches», a poursuivi Anne-Laure Mahy, responsable de la durabilité chez Capvest, co-développeur du quartier le Parc des Crêts à Troinex (GE), rappelant que ce site qui vient d’être entièrement achevé accueille environ un millier de personnes. «Le cahier des charges du paysagiste a, par exemple, été rédigé par notre écologue.» Et d’ajouter plus globalement à propos de la démarche suivie: «Cela donne du sens à ce que l’on fait». Elle était accompagnée de Sophie Meylan, écologue chez Ecotec Environnement, qui a détaillé la démarche suivie.

Gérer les éclairages publics

Le parc des Crêts à Troinexdiaporama
Le parc des Crêts à Troinex

Qu’est-ce que la biodiversité? Comme l’a résumé l’écologue, «Il s’agit avant tout de recréer des sols vivants. N’oublions pas que la ressource en nourriture reste l’élément clé pour favoriser la biodiversité». A Troinex, ce sont six milieux de substitution qui ont été aménagés. 50% des 8,7 hectares concernés sont en pleine terre. Un plan lumière a aussi été adopté. Responsable de la durabilité chez Pensimo (dont dix caisses de pension sont actionnaires et gèrent plus de 13,3 milliards de francs d’actifs), un poste créé en 2022, Laurence Duc a enchaîné sur la question de la lumière. «Il s’agit de n’éclairer que les accès et de favoriser les couleurs de lumière plutôt chaude». Autre axe: l’amélioration de la perméabilité. En revanche, il existe deux défis: le manque d’adhésion des locataires et partenaires, et le manque d’expertise et de nouveaux procédés de travail.

Base de données d’expériences

Dernière intervention, celle des équipes de Losinger Marazzi venues présenter le nouveau quartier Arbora à Crissier que cette société a codéveloppé avec Naef Participations Financières SA. «Depuis 2019, nous établissons pour chaque projet immobilier un bilan carbone lors de la construction et de l’exploitation. Losinger Marazzi dispose ainsi d’une base de données d’expériences unique qui permet d’estimer et de réduire les émissions des futurs projets. Nous faisons dorénavant de même pour la biodiversité», a déclaré Julien Esch, membre du comité exécutif. Sa collègue Céline Yavuz, responsable des travaux sur le site d’Arbora, a rappelé que les douze bâtiments (dont 9 en PPE), ainsi que la ferme historique rénovée s’intègrent dans un environnement naturel. Le quartier vise les labels Minergie-ECO, BiodiverCity et WELL Community. «Nous avons établi un partenariat avec le bureau Econat dès la phase de conception. Ce dernier a identifié les espèces invasives ainsi que les espèces emblématiques sur le site (hérisson, écureuil roux, martinet noir, blaireau, sonneur à ventre jaune, etc.). Les équipes de Losinger Marazzi ont mis en place des structures refuges ainsi que des passages pour la petite faune sur la base d’un plan établi par l’écologue. Certaines façades intègrent des nichoirs à martinets. Plus de 200 arbres d’origine locale ont été plantés, dont 89 grands arbres, sans compter près d’un hectare recouvert de petits arbustes.» Quelques éléments clés encore: les pierres trouvées sur le site ont été réutilisées. Les souches et des troncs des arbres abattus ont été également revalorisés sur place. Enfin, des attiques végétalisés écologiques ont été créés sur le bâtiment d’activités selon le concept de la société Légumes Perchés. Un projet soutenu financièrement par le canton de Vaud, Losinger Marazzi et Naef Participations Financières. La ferme présente sur le site est en train d’être réaménagée et elle pourrait accueillir à la fois une crèche de 30 places, mais aussi deux logements, un espace récréatif, un atelier, ainsi qu’une épicerie. Donnons le mot de la fin à Sarah Schalles, directrice opérationnelle de SEED, un label qui se démarque parce qu’il aborde aussi la biodiversité: «La diversité est notre assurance vie».