Se réconcilier avec les zones industrielles
Mis de côté pendant bien trop longtemps, les industries et l’artisanat cherchent à mieux s’intégrer en ville mais vont devoir se frotter à de multiples obstacles pour trouver leur place.

Ils étaient 400 convives à assister à cette troisième édition des rencontres annuelles de la FTI (Fondation pour les terrains industriels de Genève), le 10 octobre à Vernier. Une soirée modérée par Chantal de Senger, rédactrice en chef de Prestige, le magazine lifestyle d’immobilier.ch, qui réunissait des professionnels et politiques venus échanger sur les enjeux du moment. En l’occurrence, sur un sujet qui fâche: l’intégration des zones industrielles et artisanales en ville.
Vers plus de verticalité
Puisque, comme l’a affirmé Guillaume Massard, directeur général de la FTI, «la demande en surfaces industrielles et artisanales reste forte, les zones vivent, se transforment et se développent tout en se confrontant à de nombreux défis». Le tournant écologique figure parmi eux. Un changement de paradigme est en train de s’opérer, forçant les entreprises à densifier toujours plus leurs espaces de production par manque de surfaces et pour limiter au maximum l’étalement urbain de Genève.
La création de nouveaux quartiers tels que celui de Praille-Acacias-Vernets (PAV), destinés à déplacer ou répartir les centres- villes implique également le déménagement de certaines industries, désormais obligées de partager leur zone. Isabelle Harsch, CEO de la société carougeoise de déménagement Harsch, a tiré la sonnette d’alarme sur le risque encouru par ce type d’opération où, lorsqu’une entreprise se délocalise, elle perd bien souvent ses employés et sa clientèle dans ce changement et ne retrouve dans la plupart des cas pas les mêmes conditions/dimensions ailleurs, ce qui la contraint à se disperser dans le canton.
Dépasser les idées reçues
Autre menace qui plane sur l’activité industrielle et artisanale: la diabolisation de ce milieu par la population. Pourtant synonyme de dynamisme et de savoir-faire local, elle est fréquemment assimilée par ses voisins à de la nuisance directe et indirecte comme à de la pollution sonore et visuelle. La cohabitation souhaitée en ville n’est d’autant pas aisée qu’elle se confronte au concept du «not in my backyard», très présent en terres genevoises et consistant à vouloir «vivre ensemble», avoir du collectif et une mixité des quartiers... mais pas dans son jardin (ni aux alentours d’ailleurs). Pas simple alors pour ces sociétés de trouver une place dans cette Genève en pleine métamorphose. Flore Trautmann, experte de ces questions, a proposé une solution: «Peut-être qu’il faut tout simplement forcer le chemin au début, comme cela a été fait dans d’autres villes telles que Copenhague, où parfois des restaurants de luxe ou des sites de loisirs se sont s’installés au sein de ces zones industrielles pour faire découvrir ces lieux inhabituels.» Mais la charge serait à imputer aux urbanistes qui, selon Xavier Fischer (architecte-urbaniste), «ne pensent pas cette mixité et se contentent d’une approche de ségrégation des fonctions, industriel-commercial-résidentiel». Une intégration faciliterait cependant le quotidien des entreprises et des Genevois en général a conclu Isabelle Harsch: «En effet, il faut être conscient des besoins ordinaires. Nous avons besoin par exemple de camionnettes pour la logistique, pour décharger, travailler mais aussi pour servir la population qui déménage. Or, je peux vous assurer que traverser la ville avec un camion de 18 tonnes n’a pas encore été pensé jusqu’à maintenant et c’est finalement désagréable pour tout le monde.»
