Construction

Stade du FC Sion: rêve ou mirage?

Sion se prépare à vivre un bouleversement à la fois urbain et sportif: la mythique enceinte de Tourbillon, inaugurée en 1968, s’apprête à céder sa place au «Cervin Coliseum» en 2030.

Le stade coûterait 450 mios de CHF, intégralement financés par le secteur privé
Le stade coûterait 450 mios de CHF, intégralement financés par le secteur privé - Copyright (c) FC Sion
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Sans grande surprise, l’homme derrière ce projet n’est autre que Christian Constantin («CC», pour les intimes), l’omnipotent président du FC Sion depuis 1992. Sa vision pour la nouvelle arène? Un stade à 450 millions de francs intégralement financé par le secteur privé (dont 400 millions amenés par ses soins). Cette promesse peut paraître ambitieuse à l’échelle d’une ville comme Sion et ses 35’000 habitants. Certains murmurent même qu’elle l’est un peu trop.

À la source de ce scepticisme, on trouve la problématique de la gestion des (très) nombreux paramètres qui devront être pris en compte pour donner naissance à cette infrastructure. On parle ici de dossiers complexes, comme la création ex nihilo d’un pôle immobilier mixte, un investissement massif à boucler, ainsi que des instances politiques locales et cantonales frustrées d’être mises hors-jeu. De quoi susciter quelques interrogations.

Le pragmatisme l’emporte

Le «Cervin Coliseum» se veut bien plus qu’un simple stadediaporama
Le «Cervin Coliseum» se veut bien plus qu’un simple stade

Afin d’assurer un avenir au football professionnel en Valais, Christian Constantin avait décrété il y a plusieurs années de cela qu’il était indispensable de construire un tel stade. En décembre 2024, aucun accord n’avait encore été trouvé entre l’État du Valais, la Ville de

Sion et le FC Sion. Face à ce manque de soutien, CC avait fixé un ultimatum pour obtenir la validation de son projet avant le 30 juin 2025. En cas de refus, il avait menacé de cesser d’injecter de l’argent dans le club, ce qui aurait entraîné sa relégation au niveau amateur.

Confrontée à la réalité d’un Tourbillon vieillissant, la Ville de Sion a fini par annoncer, juste avant l’été, qu’elle renonçait au scénario d’une rénovation en raison des coûts induits qui ont été estimés à 100 millions de francs. Il aura fallu pas moins de 18 mois de tractations entre la

Ville de Sion, le Canton et CC lui-même pour aboutir à cette décision. «La Ville soutient la nouvelle arène. Elle mettra à disposition des terrains pour la future enceinte. Les droits de superficie cédés au FC Sion atteindront plusieurs dizaines de millions de francs», avait annoncé le Président de la capitale valaisanne, Philippe Varone. Le Conseil général sédunois ne sera vraisemblablement pas amené à se prononcer sur cette question (sauf si le montant des droits de superficie accordés devait dépasser 5% des recettes brutes de la Ville de l’année précédente). Le Canton, de son côté, est prêt à subventionner à hauteur de 30% les infrastructures sportives liées à l'académie (dont le coût sera de 30 millions). Une lettre d’intention avait été signée début 2024 en ce sens entre les partenaires. Au Grand Conseil, les élus expriment des avis divergents quant à la viabilité du stade, même s’ils ne débattront pas sur ce thème.

Le «Cervin Coliseum» se veut bien plus qu’une simple enceinte sportive. Des concerts et des conventions pourront y être organisés. Des loges VIP, un restaurant gastronomique et un hôtel luxueux de 100 chambres compléteront l’offre. L’objectif consistera à en faire une plateforme événementielle multifonctionnelle exploitable près de 200 jours par an. Le stade sera doté d’environ 18’000 places pour les matchs et de 30’000 pour les spectacles. Pourvu d’un toit rétractable, on pourra y pratiquer, outre le football, le basket, le foot américain et le hockey. Pour permettre ces changements d’utilisation, des systèmes novateurs seront installés. Ils comporteront un plancher et une parqueterie coulissante inspirée du Colisée (le vrai: celui de Rome).

Quelle formule?

En périphérie du stade, entre 1000 et 1400 logements, un hôtel, des restaurants, deux data centers et une galerie commerciale seront construitsdiaporama
En périphérie du stade, entre 1000 et 1400 logements, un hôtel, des restaurants, deux data centers et une galerie commerciale seront construits

En termes de modèle de financement, CC a imaginé un montage ambitieux. Il a prévu de construire en périphérie du futur stade entre 1000 et 1400 logements, un hôtel de 100 chambres, ainsi que des restaurants, deux data centers et une galerie commerciale. La nature précise du concept n’est connue que d’un homme: CC lui-même.Le seul élément tangible est le budget qui est passé de 150 à 450 millions depuis son lancement. La vente des premiers appartements financera la construction de l’enceinte. À terme, une fondation immobilière gérera les loyers du parc locatif pour alimenter durablement les finances du club. Cette solution se substituera alors au mécénat personnel de Constantin (on estime sa contribution annuelle à près de neuf millions de francs).

Les clés du succès

Après trois échecs (Collombey, Martigny et Riddes), le promoteur de Martigny verra-t-il son rêve enfin se concrétiser? Sur le fond, la réussite dépendra de la rentabilité du parc résidentiel (ventes et locations), de l’obtention rapide des autorisations urbanistiques et environnementales tout comme de la capacité du stade à attirer, puis à fidéliser les différents publics visés sur le long terme. En résumé, le «Cervin Coliseum» est un pari audacieux, mais risqué. S’il se concrétise, la capitale valaisanne se dotera d’un outil moderne et performant. Dans le cas contraire, ce projet rejoindra la liste des ambitions inabouties du Valais.

INTERVIEW:

Christian Constantindiaporama
Christian Constantin

Christian Constantin confiant

Peut-on avoir la confirmation que le stade sera bel et bien financé uniquement par des fonds privés?

Oui, le budget de 450 millions de francs sera assuré par des fonds privés.

Le politique n’aura par conséquent en aucun cas voix au chapitre?

Je n’ai pas compris la raison pour laquelle il y aurait lieu d’avoir une validation du Grand Conseil valaisan, voire du Conseil général de Sion, puisqu’il n’y pas d’argent public en jeu. En ce qui concerne l’utilisation du stade actuel de Tourbillon, pour laquelle le club a signé un contrat de longue durée, il n’a jamais été nécessaire d’avoir l’aval du Conseil général, ce qui est similaire pour l’utilisation du foncier.

En termes de commercialisation des biens immobiliers, quelle stratégie commerciale sera privilégiée pour garantir la santé financière du club?

Le stade sera à un franc au bilan. De ce fait, sa viabilité n’incombera pas au club qui, de toute façon, ne pourrait pas l’assumer.

Du point de vue des échéances, quelles sont les principales étapes à venir?

La mise à l’enquête est prévue pour l’hiver 2025-2026. L’obtention de l’autorisation interviendra courant 2026. Le début des travaux est projeté pour le premier trimestre 2027. La durée de construction sera de 40 mois.