Genève

Surchauffe urbaine, comment s'adapter?

À l’occasion des Jeudis de l’environnement, l’office cantonal en question est revenu sur le phénomène de plus en plus préoccupant des îlots de chaleur et sur les moyens de rafraîchir nos villes.

Le Cycle d'orientation de Sécheron est en pleine transformation
Le Cycle d'orientation de Sécheron est en pleine transformation - Copyright (c) Ville de Genève
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Bien que ce mois de septembre ne nous ait pas fait transpirer, la période estivale qui s’achève aura prouvé une nouvelle fois que notre quotidien est désormais soumis aux aléas climatiques. Plus intenses et plus fréquents, les épisodes de canicules en sont la preuve, s’il en fallait une, que nous allons devoir apprendre à nous adapter. Mais reste à savoir comment... Alors le professeur de l’HEPIA (Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève), Reto Camponovo, a souhaité poser les bases avant de rentrer dans du concret.

Ressenti vs îlots de chaleur

Il est pour cela nécessaire de distinguer le confort climatique de l’individu (température ressentie) qui dépend finalement de facteurs très localisés comme la température de l’air, la vitesse du vent, l’humidité ou encore le rayonnement solaire, de l’îlot de chaleur urbain à proprement parler, qui est un phénomène mesuré à l’échelle d’un territoire. Pour être plus précis, l’îlot de chaleur urbain exprime une différence de température entre la ville et le milieu rural environnant (on compare ces deux zones pour constater une différence ou non, notamment la nuit, lorsque les surfaces qui ont emmagasiné de la chaleur la journée la restituent).

Muni d’un Microclimatmètre, un appareil développé avec ses équipes, Reto Camponovo a alors parcouru plus de 2000 km en Suisse afin de mieux appréhender ce phénomène. En attendant sa publication qui sortira l’an prochain, le professeur a énoncé les éléments qui participent donc à créer des îlots de chaleur urbains: premièrement, les caractéristiques morphologiques urbaines (plus la ville est dense, moins les façades voient le ciel et la chaleur n’a de possibilités de s’échapper). Puis, il y a la faculté d’une surface à renvoyer tout ou partie de l’énergie du rayonnement solaire (plus elle est claire, plus il y aura de réflexion).

Ensuite, l’inertie thermique des matériaux est également importante (s’ils stockent ou non la chaleur et la relâchent quand le soleil disparaît). On peut opposer par exemple un sol en béton à de la terre. Et pour finir, l’être humain qui produit de l’énergie par ses activités (si le ciel est dégagé, il fera plus froid que lorsqu’il est pollué) a lui aussi un grand impact.

Le Cycle de Sécheron en cobaye

Partant de ce constat, les autorités ont décidé d’appliquer ces principes à l’îlot de chaleur urbain de Sécheron dans le cadre de la démarche Cool City. Le but étant de rendre son Cycle d’orientation plus agréable en transformant l’espace majoritairement minéral, doté de peu de plantations/canopée, en une sorte d’oasis de confort d’usage. «Une démarche de concertation assez ambitieuse a été déployée au sein de l’établissement pour connaître les envies des élèves et des professeurs, puis en dehors, avec les institutions de quartier et les habitants», explique Adrien Mutton, chef de projet à l’office de l’urbanisme.

En cours de réalisation, le projet pilote vise donc à inverser les rapports de forces entre les surfaces perméables/imperméables, à rendre les revêtements plus clairs, à végétaliser davantage le site, le tout avec une gestion de l’eau exemplaire (sol éponge, récupération des eaux de toiture...). Le chantier a démarré en février et devrait s’échelonner par différentes phases jusqu’en 2026. Un travail de longue haleine mais qui en vaut la peine puisqu’il servira par la suite de modèle pour le reste du canton.