Découverte

Tbilissi, entre sources chaudes et brutalismes soviétiques

30.09.2025 à 10:31/ Prestige immobilier

À seulement quatre heures de Genève, Tbilissi dévoile ses contrastes : bains antiques, utopies brutalistes et friches industrielles réinventées : un véritable laboratoire à ciel ouvert.

La ville de Tbiliss au lever du soleil
La ville de Tbiliss au lever du soleil - Copyright (c) iStock / Tawatchaiprakobkit
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EasyJet a ouvert une nouvelle ligne directe au départ de Genève pour Tbilissi. Direction la Géorgie, pays aux mille contrastes. Des bains sulfureux hérités du Ve siècle aux audaces brutalistes de l’ère soviétique, sa capitale conjugue passé et modernité dans une scène architecturale en pleine réinvention.

Selon la légende, c’est en découvrant des sources chaudes et naturelles que le roi Vakhtang Gorgassali choisit Tbilissi comme capitale au Ve siècle. L’histoire lui a donné raison : la ville est devenue un carrefour incontournable des caravanes entre Europe et Asie. Aujourd’hui encore, les bains thermaux du quartier Abanotubani accueillent voyageurs et locaux. Sous les dômes de briques, on flotte dans une vapeur de soufre comme jadis le faisaient Alexandre Dumas ou Pouchkine.

Une capitale boho-chic

La vieille ville de Tbilissidiaporama
La vieille ville de Tbilissi

Ses ruelles anciennes, bordées de balcons en bois ouvragés, mènent à des cafés-cinémas, des restaurants dissimulés derrière des façades effondrées, ou des bars installés dans des maisons délabrées. Il est impossible d’en trouver l’entrée sans l’aide d’un passant. Les adresses de la vieille ville se défrichent par hasard et s’oublient aussi vite tant il est impossible de les retrouver.

Dans ce décor un peu bancal, les chiens errants, nourris par les habitants, dorment au milieu des places et traversent les rues avec l’assurance de résidents officiels. Dans les restaurants bondés, les serveurs les enjambent avec agilité, tenant des assiettes de Khinkalis, des gros raviolis farcis ou de Khachapuri, ce délicieux pain au fromage. Autour d’un verre de Saperavi - rappelons que la Géorgie est considérée comme le berceau mondial de la viticulture, avec plus de 8000 ans d’histoire et une méthode traditionnelle unique : la fermentation en amphores d’argile enterrées - on dévore le nouvel opus en lice pour le Goncourt d’Emmanuel Carrère puisque "Kolkhoze" revient sur les origines géorgiennes de sa mère.

La ville se lit, elle, comme un palimpseste : ici une église médiévale, là une façade Art nouveau, plus loin une fresque datant de l’ère soviétique ou un graffiti contemporain. Et en arrière-plan, le mont Mtatsminda que l’on rejoint en téléphérique pour admirer le panorama de la ville. Sur un de ses flancs, le Panthéon où repose la mère de Staline. Le Père des peuples n’est-il pas né à Gori, à 85 km de là ?

L’héritage brutaliste

Siège de la Banque de Géorgie à Tbilissidiaporama
Siège de la Banque de Géorgie à Tbilissi

Derrière les façades colorées se cache un autre visage : celui de l’architecture soviétique. Tbilissi a conservé un patrimoine brutaliste spectaculaire, témoin d’une époque où l’utopie passait par le béton. Le plus emblématique reste le Palais des mariages, imaginé en 1984 par Viktor Djorbenadze. Après un trajet en métro et bus, le cerbère, une retraitée, pointe du doigt un papier délavé devant la porte : « Propriété privée ». Il aurait fallu organiser en amont une visite privée comprend-on avec nos trois mots de russe. Tant pis, on observe le monstre depuis la rue. Monument surréaliste, à mi-chemin entre vaisseau spatial et une sculpture organique, il est aujourd’hui la propriété d’un oligarque.

Plus accessible, le Siège de la Banque de Géorgie impressionne par ses blocs empilés défiant la gravité, conçus en 1975 par George Chakhava. Depuis le parking en contrebas, sur les quais embouteillés de la Koura, la vue en contre-plongée donne toute la mesure de ce colosse architectural.

Le Sky Bridge, une passerelle qui relie deux barres HLMdiaporama
Le Sky Bridge, une passerelle qui relie deux barres HLM

Plus insolite encore : le Sky Bridge, une passerelle reliant deux barres HLM. Pour la rejoindre, on circulera en taxi via l’application Bolt, direction la banlieue. Un monsieur âgé gronde des enfants sur le trottoir et s’interrompt pour nous indiquer l’entrée avec sa canne. On ne doit pas être les premiers curieux à venir. La concierge panosse le sol au milieu d’une multitude de chats. L’ascenseur ne fonctionne qu’avec une pièce de 20 centimes et se met en branle pour atteindre – Dieu-sait-comment – le 14e étage et cette passerelle suspendue dans le vide qui traverse un immeuble éventré avant de rejoindre le flanc d’une colline. Le panorama dévoile de vastes ensembles de logements aux lignes sévères, témoins d’une époque où l’esthétique s’effaçait devant la fonctionnalité.

Design, friches et renouveau

Depuis une dizaine d’années, Tbilissi réinvente son patrimoine soviétique en l’intégrant à un nouvel art de vivre, à la croisée du design et de la culture alternative. Fabrika incarne cette ville : ni lisse ni figée, elle semble en transition, encore indisciplinée, mais intensément vivante. Cette ancienne usine de couture a été transformée en auberge de jeunesse avec des ateliers, des boutiques de jeunes créateurs et restaurants. Ses façades extérieures sont couvertes de graffitis tandis que sa cour s’anime jour et nuit par la jeunesse locale de quoi en faire l’épicentre du Tbilissi alternatif.

Le lobby du Stamba Hoteldiaporama
Le lobby du Stamba Hotel

L’exemple le plus abouti reste le Stamba Hotel, à deux pas des « Champs Elysées » de la capitale, l’avenue Shota Rustaveli. Installé dans une ancienne imprimerie communiste, celle-ci a été vidée puis abandonnée avec le déclin de l’URSS. Des rails de presse demeurent suspendus au milieu de l’édifice désossé avec des murs de béton et des serres végétales qui créent un décor brut et poétique. Lieu de vie plus qu’hôtel 5 étoiles, le Stamba abrite un espace de co-working sur deux étages, une librairie, un bar à vins naturels, une délicieuse brasserie contemporaine et même un musée de la photographie, le Tbilissi Photography & Multimedia Museum installé en 2019 qui exposait dernièrement l’œuvre de Patti Smith. Un hub culturel qui grouille de gens 7 jour sur 7.

Le Rooms Hotel est situé en plein centre de Tbilissidiaporama
Le Rooms Hotel est situé en plein centre de Tbilissi

Son voisin, le Rooms Tbilisi, joue la carte rétro chic, entre bois sombre et ambiance feutrée. Le groupe Adjara a essaimé ailleurs : au Rooms Kazbegi, un ancien sanatorium soviétique reconverti en refuge design au cœur du Caucase, et au Rooms Batumi, sur la côte de la mer Noire, accessible avec un train rapide en 5h15 depuis Tbilissi. Chaque adresse, singulière, illustre la manière dont la Géorgie sublime un passé récent pour l’inscrire dans une vision contemporaine et créative. De quoi intégrer ces adresses au prestigieux groupe designhotels.com

Infos pratiques : Easyjet.com propose des vols au départ de Genève tous les lundis et jeudis jusqu’au 23 octobre, tous les mercredis et dimanches dès le 26 octobre jusqu’au 25 mars, tous les lundis et jeudis dès le 30 mars jusqu’au 10 septembre. Vols au départ de Bâle 3 à 4 fois par semaine jusqu’au 12 novembre et 1 à 2 vols par semaine durant l’hiver.