Interview - Suisse

Transformer les toits en revenus durables

Avec son modèle vertueux de «fermage solaire», Local Energy propose aux propriétaires de rentabiliser leurs toitures tout en faisant profiter les locataires d’une électricité plus abordable.

Richard Mesple, CEO de Local Energy
Richard Mesple, CEO de Local Energy - Copyright (c) Local Energy
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Et si votre toiture pouvait rapporter autant qu’un appartement supplémentaire? C’est le pari de Local Energy, jeune entreprise lausannoise qui a développé le concept original de «fermage solaire». Derrière cette idée, un constat simple: pour convaincre les propriétaires d’investir dans le photovoltaïque, mieux vaut parler rendement que kilowattheures. À la clé, un revenu stable pour les bailleurs, une facture allégée pour les locataires, et une énergie produite localement. Rencontre avec Richard Mesple, CEO de Local Energy, qui défend une vision à la fois pragmatique et ambitieuse du solaire.

Vous insistez beaucoup sur le lien entre énergie solaire et rendement financier. Pourquoi ce choix?

En tant qu’ingénieurs, nous parlons en kilowattheures (kWh) et en mégajoules (MJ). Mais pour un propriétaire immobilier, ce langage peut être abstrait. Ce qui l’intéresse, c’est le rendement financier de son immeuble. Notre idée est donc simple: faire du solaire un investissement clair, chiffré, comparable à l’ajout d’un appartement supplémentaire.

Vous avez développé le concept de «fermage solaire». De quoi s’agit-il?

Le principe est inspiré du fermage agricole. Le propriétaire investit dans son installation photovoltaïque, il en reste le seul propriétaire (contrairement au modèle habituel de contracting solaire) et nous assurons l’exploitation pendant trente ans. En échange, il reçoit un rendement annuel de 4 à 8% sur son investissement net, après subventions. Pour lui, c’est une source de revenus stable, sans contrainte de gestion et une sécurité car il ne se retrouve pas avec un autre propriétaire sur son toit.

Et qu’est-ce que cela change pour les locataires?

Dès que nous équipons un immeuble, ils bénéficient d’une électricité solaire obligatoirement moins chère que celle du distributeur. Aujourd’hui, en Suisse romande, le kWh est facturé 30 à 35 centimes en moyenne. Nous garantissons un tarif inférieur. Résultat: le propriétaire gagne un revenu et le locataire paie moins cher. C’est gagnant-gagnant.

En quoi votre modèle est-il plus vertueux que les autres?

Dans notre approche, le propriétaire reste maître de son installation et nous en garantissons la performance sur le long terme. Entre le premier contact et la mise en service, il faut compter environ sept mois. Une fois l’installation en place, nous assurons son suivi pendant trente ans. Et nous le faisons soigneusement puisque notre rémunération dépend directement de la vente de l’énergie produite. Nous avons donc tout intérêt à ce que la centrale fonctionne de manière optimale. Concrètement, cela signifie un travail rigoureux en amont (analyse, optimisation, planification, appels d’offres auprès de plusieurs installateurs) puis un accompagnement continu, avec des contrôles réguliers et une exploitation pointue. Le propriétaire est ainsi assuré d’un rendement fiable, sans avoir à se soucier de la partie technique. Nous fonctionnons comme une «régie énergétique» en quelque sorte.

Notre idée est donc simple: faire du solaire un investissement clair, chiffré.

Richard Mesple, CEO de Local Energy

Comment expliquez-vous qu’aucune entreprise ne se soit lancée sur ce créneau?

Notre premier grand partenaire a été Realstone, avec un parc de plus de 250 immeubles. Ce qui nous a permis de développer nos outils de gestion et de surveillance pour pouvoir ensuite les répliquer sur d’autres sites.

Vous gérez déjà un nombre conséquent de projets. Où en êtes-vous aujourd’hui?

Local Energy a été créée fin 2020. Nous comptons aujourd’hui 127 centrales photovoltaïques en exploitation, 8 chantiers en cours et 58 projets à l’étude dans toute la Suisse. Nous sommes sept collaborateurs, essentiellement des ingénieurs, et nous opérons dans toute la Suisse.

Quelle est la taille minimale d’immeuble pour que votre modèle soit pertinent?

En dessous de 400 m2 de toiture exploitable, cela ne vaut pas vraiment la peine, sauf exceptions. Mais au-delà, oui. Dans notre phase d’analyse, nous allons cher- cher la meilleure formule pour optimiser l’autoconsommation car notre but premier est toujours de vendre l’énergie aux locataires et pas au réseau (dont le prix de rachat est en chute libre). Nous allons donc essayer d’intégrer dans notre groupement de consommateurs les immeubles voisins par exemple ou de miser sur l’échelle d’un quartier à partir de 2026, avec l’arrivée de la Communauté Electrique Locale (CEL).

L’on évoque souvent la question du réseau électrique qui serait saturé par l’essor du solaire...

Ce n’est pas le solaire le problème mais le réseau qui n’a pas été adapté depuis vingt ans. Aujourd’hui, il n’est pas pensé pour accueillir des productions locales en bout de chaîne. C’est pour cela que dans notre modèle nous multiplions les solutions techniques, comme l’intégration de batteries ou la mise en place de communautés locales de consommation, pour décharger le réseau tout en maximisant le rendement de l’installation.

Quels sont les freins majeurs que vous rencontrez?

L’administratif et parfois la protection du patrimoine bâti. Mais nous avons déjà mené des projets sur des bâtiments protégés, par exemple en intégrant des tuiles solaires imitant parfaitement des ardoises. Cela coûte un peu plus cher, mais c’est possible.

Enfin, comment voyez-vous l’avenir du solaire en Suisse?

Le potentiel est immense avec plus d’un million d’immeubles qui doivent être rénovés, chacun d’entre eux représentant une opportunité pour le solaire. À l’échelle mondiale, le photovoltaïque est déjà l’énergie la moins chère, même face aux technologies fossiles. Le monde de demain sera donc largement alimenté par le solaire. Notre mission est de rendre cette transition accessible et rentable pour tous, propriétaires comme locataires.