Satigny - Suisse

Un campus Firmenich tourné vers l’avenir

Avec 200 millions de francs investis sur cinq ans, le géant industriel genevois mise une fois de plus sur l’innovation en inaugurant un site alliant automatisation, technicité et durabilité.

L’usine est à 90% automatisée et l’intelligence artificielle est désormais partie prenante de l’élaboration de ses produits.
L’usine est à 90% automatisée et l’intelligence artificielle est désormais partie prenante de l’élaboration de ses produits. - Copyright (c) DR
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Lointaine est l’époque où Charles Firmenich créa son entreprise éponyme, seul dans son garage, ou celle qui marqua l’arrivée de la toute première usine de la marque familiale et ses cinquante employés dans le quartier de la Jonction. Quelque 127 ans plus tard, Firmenich est désormais implantée sur une centaine de marchés, compte plus de 11’000 collaborateurs (dont 1450 à Genève) et s’impose dans les domaines de la parfumerie, des arômes, des ingrédients ainsi que dans la recherche et développement. Une expansion gérée depuis le centre opérationnel genevois de Satigny/La Plaine, entièrement rénové pour la modique somme de 200 millions de francs investis sur cinq ans.

Afin de continuer à développer la majorité des senteurs et goûts de nos marques préférées de lessives, yaourts, gels douche ou encore de nuggets, Firmenich ne pouvait résolument pas faire les choses à moitié. En quittant son site historique de la Jonction, le groupe a donc opté pour la centralisation de ses activités (une partie biotech à La Plaine), de ses usines de production, ses laboratoires, sa plateforme logistique et son entrepôt automatisé sur le campus réorganisé de Satigny. Quitte à déménager, il fallait également en profiter pour repenser les flux, rénover les lieux existants et ériger de nouveaux locaux. Le géant industriel s’est ainsi lancé dans un chantier sur près de 225’000 m2, fragmenté en plusieurs phases afin de conserver une excellence opérationnelle.

La réalisation de l’ensemble a revêtu des enjeux techniques très élevés et une mise en œuvre sur-mesure

Il a fallu pour cela jongler entre les complexités techniques, durables et structurelles. Le bureau d’architectes d’intérieur CCHE Lausanne, qui s’est occupé de l’aspect «environnement de travail», s’est attelé à créer un écosystème intelligent. «Ce type d’industrie nécessite des aménagements peu conventionnels, répondant à un cahier des charges très précis, par exemple avec des cabines de tests reproduisant les conditions climatiques de différents pays», témoigne Victoria Stoddart, architecte associée chez CCHE. Les multiples bâtiments ont de ce fait été imaginés pour travailler de manière horizontale et non plus verticale, avec le pavillon et son restaurant d’entreprise comme point de liaison. Aussi, chaque espace de travail étant ouvert et délimité par domaine d’activité (parfumerie, recherche, arômes), un jeu de couleurs et de thématiques (lac, montagne, prairie) a été adopté pour définir le mobilier et les étages.

Installations uniques mais complexes

Nous avons été les premiers à amorcer le virage de la digitalisation dans cette industrie

Gilbert Ghostine, CEO de Firmenich

La réalisation de l’ensemble, orchestrée par l’entreprise générale Losinger Marazzi, revêtait à son tour des enjeux techniques très élevés et une mise en œuvre sur-mesure. Notamment par rapport à la non-contamination par les odeurs des lieux, puisque se côtoient sur un même étage un laboratoire où l’on développe l’arôme d’une soupe et des tests de shampoings. Une nécessaire filtration de l’air et «une étanchéité accrue au niveau de l’enveloppe du bâti a dû être conçue afin de contrôler la qualité de l’air intérieur», précise Simon Berger, directeur de projet chez Burkhardt+Partner.

De son côté, Stéphane Chambat, architecte associé du bureau de Planta Architectes qui a aussi œuvré sur ce projet, relève le niveau d’exigence qui était à mettre en relation avec des délais très courts: «De par son activité et la sensibilité du site, une attention toute particulière a été apportée à la sécurité tandis que le compte à rebours du déménagement était déjà lancé dès le début des études. L’enjeu était donc de garantir la tenue du planning avec un haut niveau de qualité.» L’impact limité sur l’environnement faisant lui aussi partie du cahier des charges, cette construction a pu bénéficier non seulement de nombreux espaces verts à l’intérieur et autour du pavillon central, y compris d’un toit végétalisé, mais également du label de Haute performance énergétique (HPE), de pompes à chaleur avec sondes géothermiques et d’un triple vitrage.

Le but, rester dans la course

Gilbert Ghostine (CEO, à gauche) et Patrick Firmenich, président du conseil d'administration, entourent les conseillers d'Etat Mauro Poggia et Fabienne Fischer.diaporama
Gilbert Ghostine (CEO, à gauche) et Patrick Firmenich, président du conseil d'administration, entourent les conseillers d'Etat Mauro Poggia et Fabienne Fischer.

La finalité de tout ça? Conserver une compétitivité indispensable dans une industrie de pointe. Et pour maintenir sa position de leader de création des fragrances et des arômes, Firmenich a surtout axé ce nouvel outil industriel sur la technologie. Son usine est à 90% automatisée, des robots transportant des fioles errent dans les couloirs et l’intelligence artificielle est désormais partie prenante de l’élaboration de ses produits. «Nous avons été les premiers à amorcer le virage de la digitalisation dans cette industrie et c’est d’ailleurs pour cela que nos clients, les entreprises, nous font confiance. Grâce à notre habileté à innover et à adapter leur marques vers les tendances pour l’avenir», affirme Gilbert Ghostine, CEO de Firmenich. Avec plus de 400 millions de francs investis chaque année dans la recherche et le développement, le fleuron industriel genevois est le premier à avoir flairé, dix ans plus tôt, la mode de réduction du sucre, se plaçant aujourd’hui en pole position sur ce segment.

Si sa fusion avec le spécialiste néerlandais de la nutrition DSM, annoncée en mai dernier de façon timide mais avec fracas, en inquiète certains, notamment pour le déplacement du siège de l’entité enArgovie, Gilbert Ghostine assure quant à lui que ces investissements sont la preuve d’un ancrage durable et pérenne à Genève. «Nous n’avons pas dépensé 200 millions de francs pour rien. Nous allons continuer à nous réinventer et à évoluer dans un monde très concurrentiel, avec cet outil pour nous y aider», souligne-t-il. Une chose est sûre, l’entreprise habituellement si discrète a ouvert grand ses portes pour la première fois aux médias, faîtières et politiques début octobre, preuve que Firmenich n’a pas fini de nous surprendre.

Rappel historique des faits

Fondée en 1895 à Genève, Firmenich s’est imposée au fil du temps comme leader dans le domaine de la création de fragrances et d’arômes. Initialement installé à la Jonction, son site industriel historique a été racheté par la Caisse de pension de l’Etat de Genève, ce qui a permis au groupe de consolider ses activités en les recentrant autour de son siège de Meyrin-Satigny. Une première partie des travaux de relocalisation s’est achevée à La Plaine en 2016 puis avec l’inauguration du bâtiment «Geneva 125» sur le campus central de Satigny en 2019. La suite des travaux comprenait enfin la rénovation complète du bâtiment B41, dont la construction remontait à 2001, ainsi que la réalisation d’un nouvel entrepôt baptisé Warehouse, le tout rendu début 2021.