Musique - Suisse

Une bénédiction pour les amateurs de guitares

Bien connu sur la scène alternative romande en tant que musicien et ingénieur du son, Sacha Ruffieux a coiffé une troisième casquette en 2020, celle de commerçant. Située en face de la cathédrale de Fribourg, sa boutique Holy Guitars propose des instruments soigneusement choisis.

Sacha Ruffieux, alias Sacha Love: «Nous ne proposons que des guitares que nous aurions envie d’utiliser nous-mêmes.»
Sacha Ruffieux, alias Sacha Love: «Nous ne proposons que des guitares que nous aurions envie d’utiliser nous-mêmes.» - Copyright (c) LDD
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Difficile de l’imaginer avec autre chose qu’une guitare entre les mains. Et pourtant, c’est par l’accordéon que Sacha Ruffieux est entré dans le monde qui allait devenir le sien, celui de la musique. «J’ai sué sur cet instrument à vent entre 6 et 13 ans, puis, vers 15 ans, je suis passé à la guitare après avoir constaté que les gens qui en jouaient avaient l’air plus heureux que les autres», se souvient celui que les amateurs romands de musique alternative connaissent bien sous le nom de Sacha Love.

Belle collection

Que ce soient ses parents, ses colocataires ou ses copines, tous ont dû s’y faire: lorsque l’on vit avec le quadragénaire fribourgeois, on trébuche forcément à un moment ou à un autre de la journée sur un instrument à cordes. Des guitares, vintage de préférence, cet ingénieur du son de formation en possède une jolie collection, qu’il laisse traîner un peu partout. Pas assez néanmoins pour satisfaire sa boulimie. Depuis mai 2020, il est le co-propriétaire du magasin Holy Guitars, niché dans le quartier du Bourg à Fribourg, juste en face de l’imposante cathédrale St-Nicolas.

En offrant un conseil de qualité dispensé par des passionnés, on parvient à fidéliser la clientèle

«Je vis au-dessus de cet espace incroyable qui abritait précédemment un atelier de sérigraphie. En décembre 2019, lorsque j’ai appris qu’il se libérait, je n’ai pas hésité», se souvient Sacha Ruffieux. Déjà en gestation, le projet de magasin de guitares élaboré avec Martino Lepori, un autre musicien du cru, s’en est trouvé précipité. «D’importants travaux étaient nécessaires et comme notre budget ne nous permettait de faire appel à des professionnels que de façon limitée, il a fallu les réaliser nous- mêmes. Pas si évident pour quelqu’un comme moi, qui est né avec deux mains gauches.»

«Au début, nous ne savions pas exactement ce que nous voulions. Par contre, nous savions précisément ce que nous ne voulions pas: un de ces gigantesques guitar centers avec un stock énorme, dans lesquels on trouve de tout.» Bravant l’onde de crise qui frappe de plein fouet les petites enseignes spécialisées, les deux complices ont opté pour «une ambiance boutique, un lieu à la fois chic et décalé, dans lequel les gens entrent juste parce que c’est joli, un peu comme dans un cabinet de curiosités». Dans les faits, le cachet de l’enseigne et son emplacement unique contribuent fortement à attirer les clients. «J’ai vécu presque toute ma vie à Fribourg, mais je n’avais jamais réalisé qu’il y avait autant de touristes!» Chez Holy Guitars, le visiteur est accueilli avec un café. S’il s’attarde, il se voit parfois offrir de trinquer en compagnie de l’un ou l’autre des patrons. «Notre philosophie, nous y croyons et y tenons dur comme fer: en offrant un conseil de qualité dispensé par des passionnés, on parvient à fidéliser la clientèle.» Sacha Ruffieux l’avoue, «il s’agit d’un modèle d’affaires atypique, parce qu’il table sur des revenus à plus long terme». Mais c’est aussi «ce qui le rend durable». Et si le projet est viable, c’est parce qu’ils se rémunèrent modestement et n'ont aucune dette.

Vintage et exclusivités

Le magasin Holy Guitars se situe à un jet de corde de la cathédrale St-Nicolasdiaporama
Le magasin Holy Guitars se situe à un jet de corde de la cathédrale St-Nicolas

Que découvre le mélomane lorsqu’il pénètre dans la boutique? «Notre créneau, c’est de ne proposer que des guitares que nous aurions envie d’utiliser nous-mêmes.» Holy Guitars vend essentiellement du vintage et des occasions, parfois en dépôt-vente. Côté guitares neuves, «nous travaillons avec plusieurs petites marques que nous représentons en exclusivité suisse, voire européenne», par exemple les américaines Kauer et Waterslide ou encore la belge Uma. Le principal défi pour les deux passionnés n’est d’ailleurs pas de faire apprécier ces guitares à leur clientèle. «La plupart du temps, nous sommes tentés de les garder pour nous, un peu comme un patron de bistrot porté sur la bouteille.» Heureusement pour son porte-monnaie, Sacha Ruffieux a d’autres occasions d’étancher sa soif de nouvelles «grattes». De par sa triple casquette d’auteur-compositeur-interprète (Sacha Love), de guitariste accompagnateur (Yellow Teeth, Marc Aymon, Stress) et d’ingénieur du son (il est le co-fondateur du studio d’enregistrement fribourgeois La Fonderie), le musicien est en contact quasi-quotidien avec d’autres amateurs de belles guitares. Et dans le cas de figure inverse, lorsqu’il souffre d’un trop-plein de cordes et de riffs? «Il me suffit de monter chez moi et de caresser mon chat Georges, une activité qui m’épanouit presque autant que de jouer de la guitare, tout en sollicitant les mêmes muscles.»