Dossier spécial

Une déco stylée pour la rentrée

Tout comme la mode vestimentaire, suivre les tendances en matière de décoration peut s’avérer un véritable marathon. Afin d’insuffler un vent nouveau au sein de nos intérieurs, trois expertes font le point sur les courants immanquables qui vont déferler cet automne.

Exemple d’une rénovation mariant les styles à Begnins (VD).
Exemple d’une rénovation mariant les styles à Begnins (VD). - Copyright (c) Christen Architectes
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Revêtements muraux, sols, mobilier, accessoires, luminaires ou encore matériaux, styles, coloris, motifs, textures… difficile de s’y retrouver dans le vaste univers de la décoration intérieure. D’autant que les tendances sont parfois tout aussi éphémères qu’un courant d’air. En vue de la rentrée, trois architectes d’intérieur de Suisse romande, Audrey Meyer (directrice du bureau Christen Architectes), Morgane Züger (fondatrice de l’Atelier Züger) et Anne-Laure Ferry-Adam (fondatrice d’Alfa Design) nous expliquent comment avoir un chez soi stylé sans se tromper.

Le vintage encore et toujours là

Premier grand mouvement tout droit repêché du passé: l’inspiré des années 70’s. «Il y a vraiment une recherche depuis deux ou trois ans à ce niveau-là, comme par exemple sur les textiles bouclés, laineux, dans les teintes claires… On se rapproche des camaïeux de brun, de beige qui étaient très tendance à cette époque mais qui sont réinterprétés actuellement avec un côté cocooning et minimaliste» commente Morgane Züger. Des modèles de canapés typiques des années seventies, tels que le Marenco de chez Arflex, ou le Togo de chez Ligne Roset, connaissent d’ailleurs un réel engouement. Pour preuve, les délais d’attente peuvent s’étendre jusqu’à une année pour ce dernier.

Mais toujours dans le style de ces années-là, un esprit bohème et hippie se retrouve dans les couleurs et matériaux plus bruts, dans une recherche d’authenticité et de durabilité. «On veut ressentir la patine du temps ou la patte de l’artisan. Les céramiques sont notamment en vogue car fluides, très organiques, où l’on sent presque le mouvement de l’artisan» complète la spécialiste. Une quête de l’imperfection qui croît d’après l’architecte: «dans une inspiration wabi-sabi, on repart sur de la peinture à la chaux que l’on n’avait plus vue depuis des années et sur du béton ciré qui a une cote invraisemblable en ce moment.» Même son de cloche du côté d’Anne-Laure Ferry-Adam qui observe cette tendance. «En décoration, le vintage a toujours été apprécié. Cela fait 25 ans que je fais ce métier et refaire du neuf avec de l’ancien est coutumier. Mais pendant les années 2000, cela voulait dire adapter le style baroque, décliner la décoration du XIXe siècle. Aujourd’hui on se concentre plutôt sur des éléments naturels, massifs et bruts... correspondant plus aux styles des années 30 et 50» décrit-elle. Avant d’ajouter: «on se tourne vers des gros aplats de couleur qui rappellent la nature, les verts, les ocres, les beiges. On travaille beaucoup les pigments et on ne lésine surtout pas sur le bois. Peintures et revêtements imitent désormais la pierre, la chaux, etc., tandis que les éléments de décoration se font en matière végétale, tels que le raphia, coco, rotin, en tapis de sol, en papier peint, ou alors en accessoire (dossier de fauteuil, vase, suspension…).» Quant aux tissus, selon l’experte, le lin, la laine et le velours lisse sont à présent incontournables.

Inspiré du mouvement Memphis, le style des années 80-90 varie les coloris.diaporama
Inspiré du mouvement Memphis, le style des années 80-90 varie les coloris.

Ce qui s’explique par une envie prépondérante de nos jours d’être avant tout dans un chez soi «cosy». «Avant, nos clients pensaient surtout à la revente du bien, alors qu’à présent ils portent plus d’attention à l’aspect chaleureux de leur intérieur. Tout comme auparavant, la facilité d’entretien était un critère important, or aujourd’hui c’est davantage la beauté visuelle qui les motive» indique Audrey Meyer. Fort heureusement, l’offre de matériaux évolue également dans ce sens, alliant praticité et esthétisme (exemple des carrelages imitation parquet).

Des touches d'années 80-90

Autre tendance, autre époque. «Parallèlement, un second courant s’inspire cette fois-ci des années 80-90 et tout ce qui est lié aux monde de la bande-dessinée/jeux vidéo» relève Morgane Züger. Surtout apprécié des jeunes, ce courant de décoration mise, pour sa part, sur le maximalisme. «Tirée du mouvement Memphis, très postmoderne, cette mode se compose de formes géométriques imbriquées les unes aux autres et de coloris variés» précise l’architecte. On voit notamment des petits carreaux (blancs) avec joints contrastés (noirs) fleurir dans les salles de bain. Dans les couleurs, le bleu Klein se démarque, tout comme le vert signal (qui est celui des signalisations de secours), très vif lui aussi. Reste que la nouveauté cette année, plus étonnante, s’avère le fameux rose Barbie.

«Le vert et le bleu sont, effectivement, les deux couleurs phares depuis deux ans. Jusque-là, je crois qu’en vingt ans je n’avais jamais utilisé ces teintes hormis pour des chambres de nouveau-nés. Il y a deux ans, nous avons surtout eu de l’émeraude et du bleu marine. L’an dernier, c’était l’explosion du bleu/vert canard et du pétrole, mais pour ces prochaines saisons nous prévoyons une percée du turquoise et du bleu Klein pour sûr» confirme Anne-Laure Ferry-Adam. A base d’éléments très forts, de pièces singulières et donc d’une décoration particulière, il est néanmoins recommandé de ne pas adopter un total look années 80. «Ce serait forcément trop chargé. On opte plutôt pour plusieurs pièces phares afin de dynamiser l’intérieur, comme la bibliothèque Carlton qui est culte, ou le miroir Ultrafragola qui ont été pensés par le fondateur du mouvement Memphis, Ettore Sottsass» appuie Morgane Züger.

Un style industriel revisité

Pour terminer dans les grandes lignes directrices à suivre en matière de décoration actuellement, le style industriel fait son grand retour (contre toute attente). Apprécié il y a dix ans pour son influence de loft new-yorkais, ce style a évolué pour se concentrer sur un seul aspect: le métal. Exit les verrières et le luminaire-ampoule, «même si cela rentre en contradiction avec une décoration plus naturelle, l’emploi du métal se doit d’être brut et non plus chromé, argenté ou noir. On lui préfère du cuivré, du bronze ou le laiton, non brillant mais au contraire plutôt brossé, à l’ancienne, faisant référence au design vintage» note Anne-Laure Ferry-Adam. À combiner avec du béton, du cuir ou encore du ciment.

Le luminaire, la pièce maîtresse

En parlant d’éclairage, là aussi les choses ont changé. «Nous observons le développement de luminaires plutôt décoratifs, ayant une puissance d'éclairage plus faible que l'on place en plus grand nombre afin de créer une ambiance plus douce» explique Morgane Züger. Ainsi émergent des lampes en plâtre ou réinterprétant la bougie, très sculpturales. Une approche partagée par Audrey Meyer: «une attention est véritablement portée aujourd’hui sur la lumière pour créer une ou des ambiance(s). On délaisse le point lumineux central comme on en voyait avant, qu’on pouvait commander depuis un unique interrupteur, et on tente l’éclairage indirect ou rasant.»

À son tour, Anne-Laure Ferry-Adam constate que les luminaires ont pris de l’importance dans la décoration: «les particuliers se sont enfin rendu compte que, pour avoir une décoration intéressante, un effet waouh comme on l’appelle, ce n’est pas tellement le mobilier qui comptait mais bel et bien l’écrin qu’il faut penser avec soin. Cela comprend certes les murs et les sols, mais aussi les luminaires.»

Le bois est devenu un incontournable et se combine avec un papier peint ultra-moderne comme ici à Bougy (VD).diaporama
Le bois est devenu un incontournable et se combine avec un papier peint ultra-moderne comme ici à Bougy (VD).

L’omniprésence du bois se confirme

Matériau très prisé de la construction de mobilier, le bois a plus que jamais le vent en poupe. «Il y a d’abord eu la vague des années 2000-2010, où l’on voyait moins de bois massif, puis la mode du design scandinave où le bois est revenu en force dans des teintes claires, puis avec le Teck et désormais, dans une recherche d’authenticité et de matière brute, le bois, notamment vieilli, devient un élément indispensable d’une décoration réussie» décrypte Morgane Züger. Pas de doute, le bois fait son effet et s’inscrit ainsi totalement dans le mouvement vintage lui aussi très demandé. De son côté, Anne-Laure Ferry-Adam voit surtout l’apparition d’une tendance pour des coloris «moyens», ni clairs, ni foncés, plutôt de bois exotique, comme le noyer américain ou le chêne naturel dont la teinte s’apparente à celle du miel. Un bois qui se décline partout.

Le mur a aussi son importance

Souvent délaissé dans la conception d’une décoration intérieure, le revêtement mural mérite en réalité toute notre attention et bien plus qu’un simple coup de peinture blanche. «Moi-même je suis l’ennemie du mur blanc car ce sont les matières et les couleurs qui structurent l’espace. La tendance suit cette vision avec l’explosion des demandes en revêtements muraux. On souhaite dorénavant des murs habillés mais non plus avec le papier-peint d’époque, style anglais avec des petites fleurs ou des oiseaux, mais on cherche à présent à imiter des matériaux» commente Anne-Laure Ferry-Adam. Grâce à des imitations de pierre, bois, béton, jute, moquette ou même velours, le papier peint travaille un ensemble pour ne composer parfois qu’un seul mur ou simplement arborer un coloris sur une partie de mur, donnant ainsi une touche de peps à la pièce.

«Il y a une grande évolution sur ce point, les finitions du mur étaient autrefois souvent en crépi, mais le lisse prend le pas avec des papiers peints qui coûtent mais qui donnent une impression plus soignée, où l’on peut jouer plus facilement avec les lumières» complète Audrey Meyer. Les fenêtres, quant à elles, disparaissent, se défont de leur cadres blancs PVC pour ne devenir qu’un simple trou dans le mur. «Les grandes baies vitrées avec le cadre le plus étroit possible sont encore plus tendance aujourd’hui, avec une impression de vide très recherchée» ajoute l’architecte.

Les canapés arrondis ont la cote.diaporama
Les canapés arrondis ont la cote.

Cap sur les formes arrondies

Populaires, les courbes se retrouvent tant dans les îlots de cuisine, les meubles, les cadres de portes, les fenêtres que dans les accessoires. L’exemple le plus fréquent est celui du canapé. Si autrefois, tout le monde souhaitait un canapé d’angle, la demande s’est désormais adaptée. «On aime les lignes basses, arrondies, sans haut dossier, où la lumière peut passer et où la sorte de pouf permet de couper d’une certaine façon la pièce», décrit Anne-Laure Ferry-Adam. Le grand canapé carré a ainsi disparu au profit d’une forme de pierre dont les matières se mélangent (cuir, tissus, voire même bois dans les tablettes) forment une assise résolument «cosy».

Un bureau qui se fait discret

Difficile de parler ameublement sans aborder le sujet du télétravail. Une tendance qui s’inscrit également dans une décoration plus épurée et minimaliste. «Le bureau chez soi s’intègre complètement dans le mobilier existant, ne nécessitant plus de grand espace de travail, les particuliers sont plutôt à la recherche d’une petite table décorative avec peu de rangements pour s’installer, des bureaux moins techniques» atteste Morgane Züger. En résumé, plus besoin de se rendre au rayon «bureau» des magasins pour s’installer un coin travail à la maison, une table stylisée fait l’affaire.

Une connectivité adoptée à moitié

Autre tendance de fond sociétale, la numérisation. Que ce soit en cachant la hotte de la cuisine en l’intégrant dans le mobilier ou en connectant ses luminaires, les technologies sont là mais ne semblent pas encore susciter l’émoi. «C’est très tranché, que ce soit chez nos clients ou chez nos fournisseurs, il y a ceux qui ont pris le tournant dès le départ et ceux qui préfèrent un retour en arrière, vers une décoration plus ethnique, authentique, et donc qui opteront pour des modèles vieille génération» observe Morgane Züger. L’offre est présente, reste à voir si une tendance se dégagera à l’avenir.

A présent, le bureau se fait discret et n’est plus une pièce à part.diaporama
A présent, le bureau se fait discret et n’est plus une pièce à part.

Le vase comme valeur sûre

S’il ne fallait citer qu’un seul élément à la portée de tous les budgets, de tous les styles et de n’importe quel novice en matière de décoration, le vase se place en pole position. «À l’époque, cet objet que nous rangions lorsque nous n’avions pas de fleur, est devenu une sorte d’œuvre d’art» relate Morgane Züger. Souvent en céramique, aux formes et aux couleurs contrastées (très tendances), avec poignées de préférence, le vase a l’avantage de se déplacer à souhait pour plus de flexibilité et se veut typiquement la valeur sûre décorative, un must have 2023.

Au final: mieux vaut marier les styles

Pour conclure, les spécialistes sont unanimes: l’idéal est de combiner les tendances. «Dans une même pièce, on mixe de plus en plus les matières et les couleurs. On peut mélanger les types de luminaires, de revêtements muraux, etc., ce qui permet de délimiter les espaces et varier les styles» commente Anne-Laure Ferry-Adam. Ce qui permet également pour les amateurs de couleurs neutres de rester sur du blanc/gris tout en ayant en un même endroit des rideaux en lin gris clair, un canapé en velours gris foncé, un parquet en bois grisé et ainsi rendre son intérieur dynamique sans prendre de risque.