Une villa «royale» à vendre
A Puidoux, le propriétaire de la maison de maître où le roi et la reine de Thaïlande ont vécu entre 1960 et 1961 cherche preneur.

Flonzaley, le nom résonne aux oreilles des automobilistes à l’affût des informations routières. Mais ce n’est pas qu’un tunnel. C’est d’abord un nom de lieu et celui de la villa que la famille royale de Thaïlande a occupée de juillet 1960 à janvier 1961. Avec leurs quatre enfants, trois filles et un jeune garçon de 8 ans, Maha Vajiralongkorn Bodindradebayavarang, qui n’est autre que le roi actuel. Sous le nom de Rama X, il est devenu à la mort de son père, en octobre 2016, le 10e souverain de la dynastie Chakri fondée en 1782.
Le couple va effectuer une tournée des cours royales
Une photo prise par le reporter lausannois Yves Debraine sur les quais d’Ouchy, montre une petite troupe marchant tranquillement devant des pédalos. Le roi tient la main de la princesse Sirindhorn et le futur roi celle de sa mère, la reine Sirikit qui est toujours en vie à Bangkok à l’âge de 90 ans. Intimidé, le futur roi regarde droit devant lui et porte, vissée sur la tête, une casquette des collèges lausannois, établissements qu’il n’a jamais fréquentés. Mais le photographe lui a probablement prêté le couvre-chef rouge et noir «pour faire couleur locale». Aujourd’hui le même roi «d’essence divine» n’est approché de ses sujets qu’avec une extrême vénération: à genoux si ce n’est prosternés à ses pieds. Selon le protocole plusieurs fois séculaire, ses sujets parlent à la «poussière de ses pieds». Agé de 69 ans, le souverain réputé le plus riche au monde avec une fortune estimée à 40 milliards délaisse souvent ses palais thaïlandais pour la résidence secondaire qu’il occupe près de Münich, au bord du lac de Starnberg.
Séjour hautement diplomatique

Le 15 juillet 1960, c’est à bord d’un Boeing 707 de la Panam que la famille royale débarque à Genève en provenance de Los Angeles. Elle est conduite sous bonne escorte à Puidoux (VD), dans la propriété louée au-dessus des vignes du Lavaux et du Léman et que l’on gagne par une petite route zigzaguant à travers le domaine. La suite royale est composée d’une cinquantaine de personnes qui logent au Montreux Palace et dans des hôtels de la région. La police de sûreté vaudoise veille au grain. Des opposants politiques pourraient en vouloir au souverain.
Pour le roi Bhumibol et son épouse Sirikit, l’heure n’est pas aux grandes vacances. Le couple va effectuer une tournée des cours royales, tandis que les enfants royaux courent les magasins avec leurs nurses, font du pédalo ou jouent dans le parc du Denantou à Ouchy. Là même où un demi-siècle plus tard, le même roi fera cadeau d’un «pavillon thaïlandais» à la Ville de Lausanne en mars 2009. Pas de temps à perdre, le programme est serré. Quatre jours après son arrivée en Suisse, le couple royal se rend à Buckingham, où la reine Elizabeth reçoit en grande pompe son «homologue asiatique». Les deux souverains auront plus tard un point commun, ils vont régner plus de septante ans sur leur royaume respectif. Le 25 juillet, un train spécial les conduit à Bonn, la capitale de l’Allemagne de l’Ouest.
Le 4 août 1960 arrive de Paris le couturier Pierre Balmain, qui doit confectionner les tenues d’apparat de la très belle reine Sirikit en vue de ses prochaines tournées des cours royales. Il est accompagné de journalistes et photographes, notamment de Paris Match qui lui consacrera une couverture dans les jardins du Flonzaley. Ce sera ensuite la visite des souverains scandinaves (Danemark, Norvège et Suède), du roi Baudoin à Bruxelles, du général de Gaulle à Versailles, de la reine Juliana des Pays-Bas, puis du général Franco à Madrid et même du pape Jean XXIII à Rome. Le 29 août, le couple se rend par train spécial au Palais fédéral où il est reçu par le président Max Petitpierre et par son voisin du Flonzaley, le conseiller fédéral Paul Chaudet, chef du Département militaire et vigneron de Rivaz juste au-dessous de la villa.
Puidoux au cœur du monde

«Une visite royale pas comme les autres!», titre la Feuille d’Avis de Lausanne du 16 novembre 1960. «Après les grandes capitales, la commune de Puidoux a reçu «à la vaudoise» les souverains de Thaïlande», commente l’ancêtre du journal 24 Heures. Après les rois et les reines européennes, c’est une petite commune de 1500 habitants qui se met en quatre pour accueillir le couple le plus médiatique du moment. A l’heure des discours, le syndic Jaunin évoque les forêts et le vignoble de ce coin de pays que «leurs Majestés ont distingués pour y séjourner».
Depuis la villa du Flonzaley, gardée jour et nuit par la Gendarmerie vaudoise, le roi et la reine ont même pris le temps de visiter le Comptoir suisse, où «la reine s’est particulièrement intéressée aux objets ménagers et aux machines à laver», note le quotidien vaudois. Après avoir fêté Noël dans les Alpes suisses, la famille royale s’envole en janvier 1961, emportant dans ses bagages «un souvenir très grand de son séjour» au bord du Léman.
«Des petits Suisses comme les autres»
Ayant étudié dix-huit ans à Lausanne, de L’Ecole nouvelle de la Suisse romande aux facultés des sciences puis de droit de l’Université de Lausanne, le défunt roi Bhumipol et sa sœur, la princesse Galyani (decédée en 2008), se sentaient très suisses lors de leur épisode lémanique: «Très peu de gens savaient que nous étions une famille royale. On nous donnait du monsieur, mademoiselle, et non des titres de princes et de princesses. Nous étions de petits Suisses comme les autres et nous menions la vie simple des gens ordinaires», a écrit un jour la sœur aînée du roi, qui a partagé sa vie entre les exigences protocolaires et une carrière de professeur de français.
Depuis l’épisode royal des années 1960-61, la villa et ses 10 hectares de terrain dominant le Léman appartiennent toujours à Jean-René Mermoud, avocat lausannois à la retraite. Après avoir loué cette demeure de maître datant des années 1900 à des cadres de grandes sociétés, il a pris la décision de la vendre avec ses 1740 m3 de volume et ses 645 m2 de surface au sol. En 2012, le bureau d’architectes Architram à Renens s’est vu confier le projet de réaménagement de cette villa, principalement des espaces cuisines et sanitaires décorés avec goût.
Le prix de vente est à négocier, mais le domaine pourrait intéresser de riches Thaïlandais, tout ce qui touche à la famille royale étant hautement sacré. Le 31 mai dernier, l’ambassadeur de Thaïlande à Berne, Son Excellence Chittipat Tongprasroeth et sa femme, ont visité la villa en compagnie de la Municipalité. La villa Flonzaley pourrait connaître de nouveaux lendemains.
