Boîtes à colis connectées, nouvel atout des quartiers
Bien plus qu’un simple meuble ou un gadget 2.0, ces casiers technologiques deviennent un maillon clé de la logistique urbaine, améliorant la qualité de vie dans nos immeubles.

Le ballet incessant des camionnettes chargées de paquets à livrer à toute heure de la journée vous exaspère? Il va pourtant falloir s’y habituer car ce n’est que le début. En 2024, La Poste suisse a traité un total de 180 millions de colis contre 149 millions en 2019. Une évolution qui contraste avec le recul notable du nombre de lettres distribuées qui, quant à lui, a dévissé de 5,5% sur un an pour s’établir à 1,58 milliard (alors qu’une partie contient de la marchandise). Et le constat est le même pour les distributeurs concurrents: DPD Suisse (environ 24 millions de colis par an) ou Planzer (100'000 par jour) observent également une croissance de ces volumes chaque année dans le pays.
Résultat d’une montée en puissance du e-commerce, cette consommation en masse ne s’est pourtant pas accompagnée d’adaptations logistiques. Nos boîtes à lettres et à lait occupent ainsi toujours la même place dans nos halls d’immeuble (puisqu’elles sont obligatoires et prescrites par la loi), ne correspondant plus aux usages actuels. Alors un marché de niche, déjà bien installé en France, émerge doucement dans nos villes romandes. Et ce, sous l’impulsion d’entreprises telles que Paket-Box (présente, entre autres, dans le bâtiment de bureaux transformé en 120 logements à Champel, le au20), eHall SA (au sein de l’écoquartier Osiris d’Echallens) ou encore Wechip (à Vernier, dans le quartier de l’Etang fraîchement érigé).
Un schéma bien rodé
Leur concept de boîtes à colis mutualisées met à disposition des acteurs de la livraison des casiers connectés en inox (solaires ou non, intérieurs, extérieurs…) de différentes tailles, pour que toute livraison d’un certain périmètre puisse être déposée à un seul endroit et que les résidents d’un quartier ou d’un immeuble puissent récupérer leurs colis quand bon leur semble, en échange d’un code à taper sur un écran numérique. «L’idée est d’optimiser la chaîne logistique en évitant les derniers kilomètres inutiles aux livreurs et d’offrir un service aux habitants. On peut aussi, à l’inverse, réexpédier ses paquets simplement (ce qui représente un colis sur 5 en Suisse)», commente Thomas Stenger, fondateur de Wechip. Une start-up, lancée en 2022, qui avait déjà lancer un projet pilote avec Genève et travaille désormais avec le canton de Vaud pour prévoir quatre nouvelles installations et ainsi poursuivre ses ambitions de réseau national.
Des promoteurs ravis
Convaincantes, ces boîtes à colis plus sécurisées, écologiques et pratiques que nos boîtes à lettres/à lait traditionnelles séduisent d’ailleurs de plus en plus les promoteurs immobiliers, qui s’emparent de cet outil pour agrémenter leurs écoquartiers en construction. «Souvent fermés au trafic motorisé mais constitués d’une forte densité de population, ces lotissements conçus à l’ère de la durabilité et de la mobilité douce ne sont pas pensés pour des véhicules de livraison. Des casiers décentralisés, posés à l’entrée de ces écoquartiers, viennent résoudre cette problématique», décrit Christophe Imbaud, responsable commercial de la société neuchâteloise eHall SA.
Et même si parfois certains couacs sont possibles (porte bloquée par le gel ou par un colis trop imposant), la longue liste des avantages de ces systèmes enchante même les activateurs de quartiers. A l’image d’Urbagestion qui a fait appel aux casiers eHall pour valoriser les centaines de logements du Parc des Crêts, inaugurés l’an dernier à Troinex (GE). «Notre mission consiste à faire fonctionner au mieux ces quartiers à peine sortis de terre en proposant justement ce genre de prestations utiles aux résidents», indique Rafael Pinto, directeur des opérations chez Urbagestion.
Et un marché porteur
D’autant que le coût moyen de ces technologies gravite autour des 10'000-20'000 francs (à la charge des propriétaires) et peut être rapidement amorti selon le patron de Wechip: «Des transporteurs commencent à rémunérer ces dépôts comme des points relais, ce qui génère un retour sur investissement non négligeable.» Ajoutons à cela la technologie qui se perfectionne et tend vers le tout intégré (interphone, écran d’information, boîtes à lettres/à lait et casier connectés) comme le propose eHall SA, cet élan d’innovation profite donc à tous. Notamment à La Poste, qui travaille actuellement main dans la main avec les divers fabricants afin d’améliorer l’uniformité des systèmes.
Bien qu’elle dispose de ses propres automates (55 My Post 24 en 2015, puis 183 en 2020 et à ce jour 312, avec 3 millions de transactions enregistrées l’an dernier), le géant jaune entend «jouer un rôle actif» et aider ces nouveaux acteurs. «De notre point de vue, les boîtes à colis ont un grand potentiel. Nous souhaitons mettre à profit notre savoir-faire afin de faire avancer l’offre ainsi que l’exploitation dans le cadre d’une collaboration partenariale initiée en 2024», précise son communicant, Stefan Dauner.
Fort de cela, ce segment de marché de niche risque d’évoluer rapidement et devrait encore faire bouger quelques lignes ces prochains mois. Ce qui n’aura pas manqué d’éveiller l’intérêt de certains élus comme la conseillère nationale zurichoise Barbara Schaffner, qui a proposé dernièrement d’adapter la loi pour enfin troquer nos boîtes à lettres/à lait contre de grandes consignes, types boîtes à colis. Ce qui pourrait libérer à terme de l’espace dans nos allées, simplifier la distribution des envois postaux et procurer un confort indéniable aux résidents urbains. Pour l’heure, la proposition n’a pas reçu d’écho très favorable. Etait-ce trop tôt ou trop tard pour lancer le mouvement? L’avenir nous le dira.
