Chez soi

Bureau, visio, dodo

04.04.2022 à 14:44

On ne va plus «au bureau». Ou moins. Télétravail oblige, il faut désormais avoir un poste de travail chez soi. Ce qui n’est pas forcément simple.

Mon bureau est carrément dans le passage.
Mon bureau est carrément dans le passage. - Copyright (c) LDD
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Mon père allait au bureau tous les jours. En bon slave qui ne parvenait pas à prononcer les «u» il disait: «Je vais au biro.» Et moi pendant longtemps, je suis aussi allée au «biro». A la tour TV, à Genève, je décorais mon espace avec des objets rigolos, des posters et des photos, j’avais un tiroir plein de matériel de bureau, scotch, ciseaux, colle, agrafeuse, troueuse, trombones, punaises, crayons gris, stylos, stabilos, calendrier, agenda, cartes, papiers, enveloppes, tout le bordel de la vie d’avant.

Espaces partagés, train...

Mes collègues ont eu la chance de voir passer mon mec en tenue de euh… sortie de la douche

Car les choses ont changé. Radicalement. D’abord, j’ai rencontré un homme à Paris. Oui, ce sont des choses qui arrivent, ce n’est déjà pas simple de rencontrer un homme tout court, à fortiori un de plus de 50 ans, célibataire, intelligent, sexy, normalement névrosé et qui accessoirement nous plaise, donc il faut parfois accepter de s’éloigner du périmètre immédiat. Mais cela a pour conséquence une relation à distance, avec ce que cela suppose de souplesse, de déplacements et de trimballages divers et variés.

Ensuite, il y a eu le Covid. Et donc télétravail plus ou moins obligatoire pendant deux ans. Résultat: mon «bureau» se résume désormais à 40 x 30 cm; un ordinateur, un smartphone, un câble et une souris, parce qu’au-delà d’un certain âge, le machin tactile, c’est comme taper sur son téléphone avec les deux pouces, on n’y arrive pas. Sur site, plus de bureau, je travaille dans des espaces partagés. Je travaille aussi dans le train avec le wi-fi qui ne marche pas et l’électricité pas toujours non plus, et avec un Coca zéro pour ne pas vomir parce que je me retrouve toujours dos au sens de la marche. En fait mon poste de travail principal est désormais à la maison.

Pièce «à vivre»

Mon «bureau» se résume désormais à 40 x 30 cmdiaporama
Mon «bureau» se résume désormais à 40 x 30 cm

Le problème se pose quand votre appartement n’est pas précisément conçu pour ça. Les chambres sont petites, donc de ce côté-là c’est mort, et autrement j’ai ce que l’on appelle une pièce «à vivre». Ce qui est un nom idiot, car ce serait quoi l’alternative? Une pièce «à mourir»? Bref. Ladite pièce «à vivre» comprend déjà la cuisine, la salle à manger et le salon, dans 30 mètres carrés. Il faut encore y caser une place de travail. Je suis donc allée regarder les conseils des architectes d’intérieur, et franchement j’adore: «Faire de son bureau un lieu à soi, l’espace doit être le plus calme possible, bénéficier d’un maximum de lumière, et dans la mesure du possible ne pas faire face à un mur pour que le regard puisse partir au loin.» Alors on voit bien que ces gens ne connaissent pas les prix des loyers à Genève et vivent, peut-être pas sur une autre planète, mais à tout le moins dans des logements plus grands que les nôtres.

Non, je n’ai pas de lieu «à moi», mon bureau est même carrément sur le chemin. Lors de mes visioconférences, mes collègues ont eu la chance de voir passer mon fils en tenue de sport, et mon mec en tenue de euh… sortie de la douche. Désormais, j’ai appris à mettre le fond derrière moi sur flou. Pour ce qui est du calme, j’ai de la chance, je n’ai plus d’enfants petits à gérer en télétravaillant. Cela dit, un enfant grand passe régulièrement pour demander de l’argent, la voiture, quand est-ce qu’on mange, est-ce que je peux vite imprimer un truc et visionne non-stop des vidéos bruyantes. On entend aussi bien miauler le chat, les casseroles si quelqu’un se fait à manger, le lave-linge qui tourne, la chasse d’eau et le chantier d’à côté.

Non, je n’ai pas de lieu «à moi» dans mon appartement

Concernant la lumière, c’est en contre-jour, ce que je trouve très arrangeant, parce qu’en séance Teams ou Zoom on me voit mal. Et vu la gueule qu’on a devant ces caméras, ça repousse un peu et très temporairement les envies de lifting. Enfin, en face du bureau, je n’ai pas le regard qui va très loin, j’ai un mur, il est là je ne peux pas l’enlever. Mais j’ai pu y mettre une mini bibliothèque un peu gothique, un poster de Picasso, des photos, et j’aime bien.

Tentation de faire autre chose

Le problème du bureau home open space, c’est aussi qu’il faut ranger un minimum mais pas trop. Vous savez ce qu’on dit: un bureau trop rangé est le symptôme d’un esprit dérangé; donc c’est un savant dosage. Il y a également la tentation permanente de faire autre chose: tiens, il y a une machine à sortir, tiens il y a du linge à étendre, tiens il y a de la poussière, tiens le chat a faim (c’est pour ça qu’il miaule), tiens le fils a faim aussi (c’est pour ça qu’il tourne autour du frigo), tiens j’ai faim (c’est pour ça que je n’arrive plus à réfléchir). Et en fin de journée, il y aussi eu parfois le: tiens je suis déjà en pyjama? Ah non, je suis encore en pyjama. Pfff décidément, il faut que je retourne plus souvent au «biro».