Concept

Cinquième anniversaire d’un mur très spécial

Journaliste et auteure chez immobilier.ch
Publié le 07.03.2023 à 11:24

Comment faire une œuvre d’art lumineuse avec du béton armé. L’expérience insolite de la banque Raiffeisen de Monthey (VS).

Ce mur parasismique est une ode à l'art et à l'industrie verrière de Monthey.
Ce mur parasismique est une ode à l'art et à l'industrie verrière de Monthey. - Copyright (c) Roland Brunner, architecte
diaporama

On peut créer du sublime avec à peu près tout. Ceci dit, faut-il encore avoir une belle idée, une bonne technique, et des vrais pros pour la réaliser. Dans cette histoire, le premier point de convergence sera Vieux Monthey, une association octogénaire où feront connaissance Yvano Bressan et Guy Cristina. Le premier, directeur de la banque Raiffeisen de la ville, doit rénover l’établissement qu’il dirige depuis plus de vingt ans. Le second, lui, gère l’École du Vitrail qu’il a créée trente ans plus tôt. On est en 2018. Montheysans, les deux hommes décident de collaborer autour d’un concept qui rend hommage à leur ville. Et pour cause, la banque Raiffeisen a été construite dans la zone qui abritait auparavant une ancienne verrerie. Inaugurée en 1824, fermée puis rouverte deux fois, elle fera vivre la population du petit bourg jusqu’en 1943. Mais cette industrie, qui aura nourri pendant plus d’un siècle les professionnels locaux du verre, va progressivement disparaître et ses bâtisses seront détruites dans les années 1960. Pour lui rendre hommage, Yvano et Guy imaginent un concept autour du verre qui va habiller la banque Raiffeisen. Des cloisons à la façade, le verre y sera roi!

Les 18 «hublots» de lumière distillent une douce ambiance de sobre gaieté.diaporama
Les 18 «hublots» de lumière distillent une douce ambiance de sobre gaieté. - Copyright (c) Roland Brunner, architecte

Mur parasismique à vitraux

«Notre bâtiment date des années 1970. Autant dire qu’il n’était pas une mince affaire. D’une longueur de dizaine de mètres, d’une hauteur de près de trois mètres et surtout d’une profondeur d’environ 60 centimètres, cette construction était appelée à accompagner les journées de travail du personnel dans les décennies à venir. C’est là où germe chez Yvano l’idée d’en faire une oeuvre d’art avec l’aide de Guy Cristina. Le verrier allait «décorer» ce mur de vitraux. Et pour que les panneaux en question puissent vraiment avoir un impact sur l’atmosphère intérieure, il était indispensable de les rendre accessibles aux rayons de la lumière. Autant dire un défi de taille qui a bien occupé deux architectes et un ingénieur. Roland Brunner, du bureau Bruchez-Brunner SA, se remémore: «Avec mon confrère Christophe Raboud, du bureau AT 17 Architecture, nous avions imaginé une solution sous forme de 18 perforations dans le mur.» Pour les rendre possibles sans compromettre la vocation première du mur, à savoir sa solidité, l’ingénieur Alexandre Schmid, du bureau Kurmann et Cretton, va le concevoir avec des barres métalliques qui s’emboîtent horizontalement et verticalement. Grâce à cette astuce, des percements en biais dégageront 18 petites cavités inoffensives dans lesquelles seront installés les vitraux confectionnés par Guy Cristina. Leur effet chromatique et leur texture, ce maître verrier les obtiendra à l’aide du thermoformage. Utilisée pour transformer le verre plat, cette technique consiste à cuire le matériau dans un moule à une certaine température pour lui donner la forme souhaitée. L’apparente simplicité de ces carreaux recèle pourtant un travail minutieux de précision et de recherche d’harmonie n’était pas aux normes actuelles de sécurité. Pour y remédier, nous avions l’obligation légale de le doter, entre autres, d’un mur parasismique», raconte Yvano Bressan. La construction de ce mastodonte en béton, truffé de ferraille colorimétrique. Visibles également depuis la façade extérieure de la banque, ces touches de couleurs y apportent un effet énigmatique.

Tandis qu’à l’intérieur, les 18 «hublots» de lumière distillent une douce ambiance de sobre gaieté. «Cet espace correspond parfaitement au style de notre établissement» se réjouit Yvano Bressan avant de souligner le point central qui a permis cette expérimentation. «Raiffeisen est un cas rare dans le paysage bancaire suisse, puisque c’est une coopérative qui appartient à ses sociétaires. Et la principale caractéristique qui la définit est la grande indépendance de ses 220 succursales. De plus, la nôtre à Monthey se distingue par son rayon d’action qui se concentre sur notre localité. Ainsi, notre collaboration avec les entreprises et professionnels locaux contribue à dynamiser l’économie du district. Celle avec l’École du Vitrail en est un exemple.»

Le vitrail, la future tendance?

Pour les architectes Roland Brunner et Christophe Raboud, le vitrail peut être une solution de choix pour les locaux plutôt sombres et sans vue extérieure très agréable. Ceci dit, le principal défi du verre est actuellement l’exigence étatique relative aux normes d’isolation. Quant aux coûts pour les mandataires, Guy Cristina relève: «Le verre, c’est comme les montres: il y a les Swatch et il y a les Patek Philipe. Le prix des œuvres dépend donc de la qualité du matériau et de l’ampleur du travail que l’artisan va passer dessus. Aujourd’hui, avec toutes les techniques possibles, on peut s’offrir ce type d’œuvre d’art vivant sans impérativement se ruiner.» Cependant, le principal frein au retour gagnant de cet art n’est pas son coût. Il s’agit plutôt du préjugé aussi tenace qu’erroné de son usage que beaucoup croient destiné uniquement aux édifices religieux.