Comment rénover malin et trouver ce qui rapporte vraiment dans l’efficacité énergétique
A l’heure des contraintes climatiques et des nouvelles exigences légales, la rénovation énergétique s’impose aux propriétaires. Mais toutes les interventions ne sont pas également rentables. Quelques priorités s’imposent.

En Suisse romande, les rénovations énergétiques ont le vent en poupe, portées par l’urgence environnementale, les lois cantonales et les incitations financières. Mais gare aux effets de mode. Marc Girelli, ingénieur et gérant de Bed’In Sàrl à Genève, entreprise spécialiste des bilans et rénovations énergétiques des bâtiments, rappelle que «le photovoltaïque est devenu tendance, mais cette solution n’est pas toujours pertinente». Dans l’habitat collectif, le solaire thermique reste souvent plus performant, avec un rendement deux fois supérieur. Et l’électricité photovoltaïque, surtout produite en été, est peu importante en hiver, au moment des pics de chauffage. Résultat: une autoconsommation souvent inférieure à 30%. Cela ne signifie pas que le photovoltaïque n’a pas sa place. Il reste une solution pertinente pour valoriser l’ensoleillement estival et réduire la dépendance au réseau. Mais son succès rapide s’explique aussi par une communication efficace des fabricants, qui incitent à son adoption massive.
Le véritable enjeu, selon les experts, est d’abord de baisser la consommation, avant de produire de l’énergie renouvelable. Les spécialistes recommandent donc de commencer par réduire les besoins en énergie. «Je préfère investir dans l’isolation d’un bâtiment chauffé au gaz, que dans une pompe à chaleur mal exploitée», insiste Marc Girelli. La première étape devrait toujours être une adaptation de l’existant. Sylvain Vitali, ingénieur EPFL au sein du groupe Energys, basé à Courtételle (JU), abonde dans le même sens: «Les actions les plus rentables ne nécessitent parfois aucun investissement. Elles concernent l’optimisation des paramètres des différentes installations CVC (chauffage, ventilation, climatisation). Par exemple, pour le chauffage, on peut intervenir en programmant une réduction nocturne ou un arrêt au-dessus d’une certaine température extérieure.»
L’ordre compte autant que le choix
Cela dit, certains travaux d’isolation restent particulièrement efficaces. Raphaël Elio, directeur et fondateur de l’entreprise Hestera SA, société genevoise active dans le conseil en valorisation durable, cite par exemple l’isolation des combles ou du plafond de sous-sol: «Ce sont des interventions relativement simples, mais qui ont un impact immédiat sur la facture énergétique.» Le remplacement des fenêtres constitue également un investissement souvent plus rentable qu’une isolation complète des murs ou de la toiture. Toutefois, là aussi, la cohérence des travaux est cruciale: «Idéalement, on remplace les fenêtres en même temps que l’on isole la façade, ou alors on choisit des modèles compatibles avec une isolation ultérieure», précise Sylvain Vitali.
Le consensus parmi les experts est clair sur un point crucial: il faut établir un diagnostic avant d’organiser des chantiers de rénovation énergétique. «L’une des erreurs les plus fréquentes? Des projets lancés sans vision globale, sur la base de suppositions», déplore Marc Girelli. La réalisation d’un audit complet, comme le propose le Certificat énergétique cantonal des bâtiments Plus (CECB+), constitue une base solide pour planifier intelligemment. Ce diagnostic, valable dix ans, permet aussi de débloquer certaines subventions. Et celles-ci pèsent lourd dans la balance économique. Les subventions actuelles couvrent en moyenne 15 à 25% des coûts, selon les cantons et les types de travaux. Il faut cependant veiller à les demander avant le début du chantier et se montrer patient face à des démarches administratives parfois exigeantes.
Vers la fin des subventions?
Sandrine Klötzli, porte-parole du Programme bâtiments de la Confédération et des cantons – un vaste plan de soutien financier pour la rénovation énergétique des bâtiments –, rappelle que «le secteur du bâtiment représente environ 40% de la consommation d’énergie finale en Suisse. Pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, sa rénovation est indispensable.» Mis en place en 2010, le programme a déjà permis d’économiser 92 milliards de kilowattheures et d’éviter l’émission de 24 millions de tonnes de CO2. En tout, près de 4 milliards de francs de subventions ont été distribués. Mais ce soutien n’est pas éternel. Le programme d’allégement budgétaire 2027, actuellement en consultation, pourrait affecter le dispositif. «A l’heure actuelle, nous n’avons pas d’informations concrètes sur la suite du Programme bâtiments et de ses subventions», indique Sandrine Klötzli. Dans la course aux rénovations énergétiques, attendre pourrait bien coûter cher.
Des coûts et des retours sur investissement
Combien coûte une rénovation énergétique? Et que peut-on en attendre, entre économies de charges et valorisation immobilière? «La réponse est complexe, car chaque bâtiment est unique», souligne Raphaël Elio, directeur et fondateur de l’entreprise Hestera SA. «Nous travaillons actuellement sur cette question, parmi d’autres, dans le cadre d’un mandat de l’Office cantonal genevois de l’énergie. Il existe encore peu de données solides.» Toutefois, des ordres de grandeur peuvent être avancés. Pour une rénovation complète – toiture, façade, fenêtres, ventilation, isolation, production de chaleur, panneaux solaires –, les coûts peuvent aller d’environ 700 francs jusqu’à parfois 2300 francs le mètre carré de surface de référence énergétique (SRE). Le retour sur investissement, lui, dépend du statut du bâtiment. Pour les locataires, les gains se mesurent surtout par la baisse des charges.
Pour les propriétaires, les bénéfices sont plus indirects et passent par l’augmentation de la valeur vénale du bien immobilier. Actuellement, une étudedédiée à cette «valeur verte» est en cours. Elle est dirigée notamment par un postdoctorant de l’EPFL et bénéficie du cofinancement de plusieurs organismes du secteur immobilier. A cela s’ajoutent des incitations fiscales: à Genève par exemple, des exonérations d’impôt immobilier complémentaire sont prévues pour les rénovations à haute performance énergétique. Dernier point: pour les propriétaires, une réduction des charges peut potentiellement permettre une revalorisation du loyer net, ce qui améliore la rentabilité du bien.
