Concilier défis climatique et démographique
Unique à l’échelle suisse, le projet «Métamorphose» de Lausanne, dont l’un des secteurs a été présenté début août, se veut l’exemple d’une nouvelle manière de développer l’urbain.

L’heure de vérité a sonné pour le projet d’écoquartier des Plaines-du-Loup, sur les hauts de Lausanne, qui a vu ses premiers habitants déballer leurs cartons. Au nombre de 200 actuellement, répartis dans deux immeubles flambant neufs, ils seront ensuite rejoints par près de 8000 autres résidents d’ici à 2030. Une étape décisive dans le déroulement des travaux puisque ces appartements, inaugurés le 10 août après deux ans de chantier, serviront de référence pour la seconde phase de construction du site (1500 logements, des commerces, des bureaux et une école) qui en comptera trois au total.
L’idée était de construire un quartier dense, doté de nombreux espaces publics et d’immeubles efficients énergétiquement
Un écoquartier géant à la livraison échelonnée qui en réalité ne représente lui-même que le début d’une grande transformation au sein de la ville. Appelé «Métamorphose», ce projet monumental de refonte urbaine initié en 2006, s’est d’abord attaqué au volet «sportif» de la capitale olympique, lui offrant des stades de football et d’athlétisme, une patinoire ainsi qu’une piscine dignes de ce nom. L’ambition s’est ensuite portée sur le plan du logement et prévoit d’ériger peu à peu plusieurs segments de Lausanne, notamment sous forme d’écoquartiers d’un nouveau genre. En attendant celui des Prés-de-Vidy (au sud de la ville), la zone des Plaines-du-Loup et ses 30 hectares avance à grand pas.
Densifier pour mieux construire
«L’idée n’était pas de proposer un écoquartier comme parfois on se les imagine dans un livre d’images, avec des petites maisons au milieu d’une forêt, mais plutôt de construire un quartier dense, doté de nombreux espaces publics et d’immeubles efficients énergétiquement», souligne Grégoire Junod, le syndic de Lausanne. Avant de poursuivre: «C’est ainsi que nous devons bâtir le logement dorénavant, en pensant l’ensemble d’un seul tenant, sans oublier les infrastructures qui vont avec.» A l’aide des 23 bâtiments attendus aux Plaines-du-Loup, la Municipalité espère ainsi montrer l’exemple, prouver qu’il est possible de concilier défis démographique et climatique dans une politique d’urbanisation.
Une conception plus écologique
Pour ce faire, les architectes de ce premier fragment des Plaines-du-Loup ont dû effectuer un réel travail d’économie des surfaces. «Cela s’observe tant dans les espaces communs que dans les typologies d’appartements, plus flexibles, mutualisés, et nous montre l’agilité que l’on doit avoir à l’avenir dans le bâti afin d’éviter le mitage du territoire», confirme la directrice du logement, de l’environnement et de l’architecture, Natacha Litzistorf.

Côté écologie, là aussi les architectes ont fourni un effort supplémentaire afin de pallier les défis futurs de la ville. Avec une réalisation qui répond aux objectifs de la «société à 2000 watts» (réduction à un tiers de la consommation énergétique moyenne suisse), les Plaines-du-Loup rivalisent d’innovation. Outre la mise en œuvre de mesures telles que l’utilisation de matériaux biosourcés dans la construction, la création de toitures végétalisées et l’installation de panneaux solaires, l’écoquartier a réussi à transplanter 21 arbres, dont 19 ont survécu, et fait figure de test pour des fosses à impluvium (récupération de l’eau de pluie autour des arbres), un modèle qui sera ensuite exporté à d’autres endroits de Lausanne. Des efforts payants donc qui font taire les critiques, selon la municipale chargée de l’Environnement: «Nous pouvons toujours faire mieux certes, mais on stigmatise souvent les architectes en affirmant qu’ils ne se soucient pas assez de la durabilité alors que ce type de projets prouve qu’il y a une nouvelle dynamique. Que les architectes, garants du patrimoine bâti, et les paysagistes, garants du patrimoine naturel, peuvent travailler en duo et non plus en duel.»
Exemplaire mais pas achevé, l’écoquartier des Plaines-du-Loup doit cependant encore planifier 169’000 m2 de surface de plancher pour une mise en service à l’horizon 2030.
Dates clés des Plaines-du-Loup
2006 Dépôt du postulat «Pour un quartier écologique» par Giampiero Trezzini
2010 Le projet ZIP de Tribu Architecture remporte le concours d’urbanisme
2015 Adoption par le Conseil d’Etat du plan directeur localisé
2020 Lancement des travaux de la première phase
2022 Arrivée des premiers habitants
2024 Début prévu des travaux du second périmètre
2025 Début prévu des travaux des zones 3 et 4
2030 Remise prévue des derniers logements et arrivée de la ligne M3
