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Salle de bains - Suisse

Dans les logements suisses, la pièce d’eau change de statut

Portée par les rénovations, le vieillissement du parc immobilier et une quête toujours plus affirmée de confort, la salle de bains, longtemps considérée comme une pièce purement utilitaire, concentre désormais toutes les attentions.

La demande de salles de bains neuves progresse nettement
La demande de salles de bains neuves progresse nettement - Copyright (c) Freepik
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Les professionnels du secteur le constatent sur le terrain. «La demande de salles de bains neuves progresse nettement», observe notamment Olivier Oberson, directeur de Wit SA, qui y voit l’effet de «la rotation des ménages» mais aussi celui des évolutions réglementaires à venir, qui poussent certains propriétaires à anticiper leurs travaux. Et le phénomène n’a rien d’anecdotique, puisque la salle de bains s’est imposée comme un chantier prioritaire dans de nombreux logements.

Même lecture chez Almedin Terstena, dirigeant de l’entreprise du même nom. «La salle de bains est l’une des premières pièces faisant l’objet d’une rénovation dans un foyer», assure-t-il. Cette montée en puissance ne s’explique pas seulement par l’usure des matériaux ou la vétusté des équipements. Elle traduit aussi une évolution plus profonde du rapport à son chez-soi. La période du covid a joué un rôle d’accélérateur en nourrissant «la recherche de bien-être» et en ouvrant de nouvelles attentes en matière d’aménagement intérieur. La salle de bains ne se limite donc plus à une pièce de passage, elle participe désormais pleinement à la qualité de vie.

Le chantier du désir et des contraintes

Cette aspiration au confort se heurte toutefois à des réalités très concrètes. «Quand il faut modifier ou déplacer les arrivées d’eau, cela implique d’importants surcoûts», relève Olivier Oberson. Dans l’ancien, les contraintes sont nombreuses: configuration figée, surprises de chantier, contrôles liés à l’amiante dans les bâtiments construits avant 1992… Autant d’éléments qui peuvent freiner, ou du moins tempérer, les ambitions initiales.

A cela s’ajoute la complexité d’une rénovation de salle de bains, qui ne mobilise rarement qu’un seul professionnel. «Il est nécessaire de faire intervenir plusieurs corps de métiers», rappelle Almedin Terstena, évoquant notamment les sanitaires, les électriciens et les carreleurs. Or beaucoup de particuliers recherchent aujourd’hui des solutions simples, lisibles, sans friction. «Ils ont envie d’avoir un seul partenaire», confirme Olivier Oberson, pour éviter la multiplication des interlocuteurs et mieux se projeter. Car les attentes, elles, se sont considérablement élargies. «Les clients veulent de la nouveauté, du pratique, du pas cher et du fonctionnel», résume-t-il.

Le carrelage règne encore mais s’est raffiné

Dans cet univers, certains fondamentaux tiennent bon. «Le premier matériau utilisé reste le carrelage classique, pour son meilleur rapport qualité/prix», témoigne Almedin Terstena. Résistant, durable, relativement simple d’entretien, il demeure la base de très nombreux projets. Mais il n’a plus grand-chose à voir avec le carrelage standardisé d’hier puisque les fabricants ont considérablement élargi leur palette. Olivier Oberson évoque «des imitations bois ou pierre très bien réalisées», mais aussi des formats spectaculaires, qui permettent d’alléger visuellement la pièce. «On peut quasiment faire une salle de bains sans joints», explique-t-il. Reliefs, impressions 3D, surfaces mates, finitions minérales… L’esthétique s’est enrichie sans nécessairement sortir du registre des matériaux éprouvés.

La durabilité, elle aussi, gagne du terrain. «Il y a une forte demande pour économiser l’eau», note Olivier Oberson, en particulier à travers des robinetteries plus sobres. Certains clients vont plus loin et se tournent vers des produits spécifiques, comme «des lavabos recyclés à 100%». Le bois, en revanche, continue de susciter des réserves. «Il peut tout à fait être utilisé», nuance Almedin Terstena, à condition de choisir un bois traité et de l’entretenir rigoureusement (il nécessite davantage de soins dans une pièce soumise à l’humidité). Olivier Oberson le constate également: lorsqu’il est demandé, c’est avant tout «pour l’aspect flatteur du matériau», plus que pour une logique écologique.

Sobriété colorimétrique et technologique

Sur le plan esthétique, la Suisse reste relativement mesurée. Si les tendances internationales s’orientent vers «les couleurs chaudes», les tons de terre ou certaines teintes profondes, «on ose un peu moins ici», souligne Olivier Oberson. Les ambiances naturelles, sobres, faciles à vivre (bois, gris, bleu, matières minérales) ont davantage la cote. La personnalité de la pièce s’exprime alors moins par des couleurs vives que par les textures, les finitions et le choix des détails. L’éclairage suit la même logique. Grâce aux LED, il devient plus souple, plus intégré, et capable de créer une atmosphère plus douce dans des niches ou en éclairage indirect. Mais «l’objectif reste d’avoir un éclairage suffisant», appuie Olivier Oberson. La fonctionnalité demeure prioritaire, même lorsque l’on cherche une ambiance plus enveloppante.

Quant aux innovations techniques, elles ne s’imposent que si elles améliorent réellement le quotidien. Les miroirs connectés, haut-parleurs intégrés ou autres gadgets restent marginaux. En revanche, les WC avec douchette de lavage gagnent du terrain. «Toutes les personnes qui en ont sont des utilisateurs convaincus», décrit Olivier Oberson, qui y voit une technologie à la fois discrète, utile et porteuse d’un véritable confort.

Au fond, la salle de bains contemporaine concentre les paradoxes de l’habitat. «Le rapport qualité/prix reste le premier pilier», rappelle Almedin Terstena mais il ne suffit plus à lui seul. Ce que les ménages suisses recherchent désormais, c’est une pièce capable de concilier efficacité technique et plaisir d’usage, sans ostentation mais avec une vraie place dans le logement.