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Derrière les murs des EMS, une réalité à découvrir et à adapter

Journaliste et rédactrice en chef adjointe chez immobilier.ch
Publié le 24.08.2026 à 12:35

Au-delà des préjugés, s’intéresser à ces lieux de vie dont l’importance croît, permet de se rendre compte des multiples défis, notamment immobiliers, auxquels sont confrontés les 1500 établissements du pays.

Mouroir, maltraitance ou encore gouffre financier, les termes pour décrire les établissements médico-sociaux ne sont guère reluisants
Mouroir, maltraitance ou encore gouffre financier, les termes pour décrire les établissements médico-sociaux ne sont guère reluisants - Copyright (c) Freepik
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Mouroir, maltraitance ou encore gouffre financier, les termes pour décrire les établissements médico-sociaux (EMS) ne sont guère reluisants. Victimes de leur système complexe à l’excès (qui diffère selon les cantons) et de leur fonctionnement opaque pour le commun des mortels, ces institutions souffrent de nombreux préjugés. Ce à quoi s’ajoute une offre déficitaire de places (un peu plus de 100'000 en Suisse) par rapport à une demande sans cesse grandissante, mettant sous pression l’organisation de ces fourmilières de la santé.

Confronter les bonnes pratiques

Néanmoins, il ne s’agit là que d’un seul et unique angle du tableau dépeint par ces «ultimes demeures». Espace de vie, une société à but non lucratif qui exploite deux EMS à Genève (La Châtelaine à Vernier et Saint-Loup à Versoix, respectivement 87 et 80 chambres) a donc accepté de nous ouvrir ses portes pour nous présenter l’envers de ce décor méconnu.

Son directeur, Ugo Cavallero, s’efforce par ailleurs de démontrer que tous les EMS ne se valent pas mais que la qualité de vie est globalement toujours au rendez-vous: «Nous sommes en train de mettre en place un questionnaire d’évaluation de l’expérience des résidents, afin de mesurer des aspects tels que l’intimité, l’estime de soi ou l’autonomie, à travers les regards croisés du résident lui-même, des professionnels ainsi que des proches. Le projet pilote est en cours, nous agrégeons une grande quantité de données qu’il faudra ensuite analyser. Le but est de l’exporter dans d’autres établissements pour obtenir un comparatif.»

Un procédé qui permettrait également de valoriser les bons élèves malgré la pression des coûts qui pèse sur les EMS, car «aujourd’hui, il y a peu d’incitatifs à entreprendre. Dès que l’on sort du cadre, cela devient très compliqué à financer et en décourage plus d’un», précise-t-il. En effet, la liste des domaines contrôlés se veut longue, directive et normée: hygiène, sécurité, prix, soins, médicaments… Ce qui limite les marges de manœuvre et engendre un travail administratif chronophage pour le personnel.

Une pluralité à faire cohabiter

D’autant qu’exploiter un EMS revient à gérer toute une organisation au fonctionnement 24h/24, 7j/7 et une grande diversité de métiers. Pas moins de 55 professions cohabitent au sein de ces bâtiments pour offrir des prestations de soins, d’hôtellerie (lingerie, cafétéria, nettoyage…), de technique, d’animation socioculturelle et d’administration. «Dans notre cas, cela représente environ 240 collaborateurs qui prennent en charge un patient en interdisciplinarité, qui ne peuvent donc pas travailler dans leur coin ou en silo. Le facteur humain est au centre de notre activité, ce qui est à la fois une richesse et une source de tension qu’il faut cadrer», détaille Ugo Cavallero.

Se superpose à cela une pénurie galopante de personnel qualifié au sein de chacune des branches de la santé. Si bien que trouver des employés compétents à l’heure actuelle n’a rien d’une sinécure pour ces établissements, comme le confirme le dirigeant: «La gériatrie n’est déjà pas la discipline la plus appréciée des professionnels de santé mais, de surcroît, toutes sortes de spécialisations (cognitive, en plaies, en soins palliatifs, en infectiologie…) nécessaires viennent encore affiner les profils que nous recherchons. Recruter une équipe qui saura combiner savoir-faire et savoir-être est donc un vrai défi.»

Pour ne rien arranger, les résidents eux-mêmes représentent une diversité de profils avec laquelle les EMS doivent manœuvrer. «Sur nos deux sites, à peu près 70% des résidents comportent des troubles cognitifs. Certains qui se manifestent en continu ou seulement selon le moment de la journée voire de la semaine, tandis que d’autres ont des dépendances sur le plan physique. Il faut justement s’adapter subtilement au cas par cas», souligne notre interlocuteur. Un accompagnement qui là encore a évolué rapidement ces dernières décennies.

L’Office fédéral de la statistique le démontre dans son dernier rapport, indiquant que les personnes hébergées en EMS n’ont jamais autant eu besoin de soins qu’en 2023 (en moyenne 110 minutes par jour, soit + 4% sur un an). «Il faut également comprendre qu’avec la politique de maintien à domicile, nous nous retrouvons de plus en plus fréquemment avec des cas complexes, dans des états parfois critiques, qui demandent des compétences de plus en plus spécifiques», appuie Ugo Cavallero.

Des lieux en perpétuelle transition

En parallèle, les bâtiments aussi requièrent une attention particulière et d’importants investissements de maintenance. Certaines adresses optent pour la réalisation d’extension comme à l’EMS Le Christ-Roi de Lens (VS), inaugurée en juin 2025 ou à Yverdon-les-Bains (VD), où l’EMS des 4 Marronniers est devenu grâce à cela le plus grand du canton sur un seul site l'été dernier. «Quant à nous, nous venons de refaire l’étanchéité, nous changeons petit à petit les parquets et les lits, le mobilier d’extérieur est neuf et nous repeignons constamment les murs. Sans oublier le chauffage à distance auquel nous venons d’être raccordés», énumère le directeur de La Châtelaine.

Car, effectivement, la transition énergétique n’épargne pas les EMS qui doivent s’adapter à la vague verte comme les autres. Malheureusement, ascenseurs, élévateurs, boutons d’alarme, portes sécurisées ou encore assistance respiratoire ne sont là que quelques outils énergivores de leur quotidien faisant inexorablement grimper la facture.

Nouvelles technologies et sécurité informatique se sont par ailleurs ajoutées aux préoccupations des dirigeants d’EMS plus récemment mais c’est avant tout l’évolution des mentalités et des attentes de la patientèle qui a provoqué le changement de paradigme le plus drastique in fine. Face à une génération de personnes âgées (les baby-boomers) qui exige des structures optimales, davantage centrées sur l’autonomie et les besoins particuliers des résidents, le modèle hospitalier, très médicalisé, des années 1970 se veut désormais désuet.

A présent, l’EMS se doit d’être un lieu de vie à part entière, jusque dans son architecture dite «thérapeutique» (des chambres aménagées avec des coins salons, des espaces privatifs personnalisés, des salles lumineuses…), et la tendance est aux animations à la carte. «Musicothérapie, ateliers créatifs, activités de compositions florales, sorties groupées, olympiades, soirées dansantes…» illustre Ugo Cavallero.