Face au réchauffement climatique, les villes élaborent des stratégies de végétalisation
Progressivement, les villes adoptent des objectifs de réduction des îlots de chaleur, d’augmentation de la canopée. Des contrats sont passés avec des pépiniéristes. Petit tour d’horizon avec Genève, Lausanne et Montreux.

Alors qu’on estime que, depuis le début du XXIe siècle, la température moyenne a augmenté d’environ 2 degrés dans les principales villes de Suisse, il est désormais admis que cette tendance ne va pas s’infléchir prochainement. Dès lors, il convient de trouver des solutions pour limiter l’impact des îlots de chaleur sur la santé des êtres vivants. Il a été prouvé que le degré de canopée urbaine, laquelle correspond à la surface au sol couverte par le feuillage des arbres, aura une influence directe sur l’augmentation de la température.
La ville de Genève dès 2020, suivie un an plus tard par celle de Lausanne et, dans un proche avenir, par Montreux, a adopté une réelle stratégie de végétalisation des centres urbains. La Municipalité de Lausanne ambitionne une couverture totale de 30% de son territoire par la canopée des arbres. Baptisée «Objectif canopée», sa stratégie d’arborisation a été votée en 2021 et prévoit la plantation de 1300 arbres par an, soit 25 000 en tout. «Il faut planter plus et mieux», nous indique Natacha Litzistorf, la municipale chargée notamment de l’Environnement. «Parallèlement, la ville cible les secteurs les plus exposés aux pics de chaleur où végétaliser est plus complexe, mais essentiel pour améliorer de façon significative la qualité de vie et la santé de la population.» Et la magistrate d’ajouter: «Depuis 2021 et le lancement de l’Objectif canopée, 9200 arbres ont été plantés, dépassant de 25% l’objectif initial et portant la canopée lausannoise à 24,3% du territoire urbain alors qu’elle était de 20% en 2012.»
Montreux en pleine réflexion
La ville de Genève possède une pépinière municipale depuis 1972. Elle est située à Certoux (GE) et s’étend sur 4 hectares. Elle a été fortement sollicitée ces dernières années puisque, en juin 2020, le conseiller administratif chargé de l’Environnement, Alfonso Gomez, a décidé de planter trois arbres pour chaque spécimen abattu afin de répondre à l’urgence climatique et au besoin de canopée. Plus de 2500 arbres ont été plantés entre 2021 et 2024. «La majorité venait de la pépinière municipale mais cette dernière ne peut pas répondre à tous les besoins et des arbres sont également achetés auprès de pépinières locales», nous précisent les services compétents.
A l’instar de Montreux, de nombreuses communes ne possèdent pas ou plus de pépinière forestière. «Actuellement, les plants sont obtenus principalement à la pépinière de Genolier, appartenant à la Coopérative La Forestière dont la commune est membre. Une stratégie de végétalisation est en cours d’élaboration. Des données chiffrées (pourcentage de canopée supplémentaire, horizon de temps) seront disponibles dans le courant de l’année 2026. Les objectifs de réduction des îlots de chaleur et d’augmentation des îlots de fraîcheur, de même que les objectifs de désimperméabilisation sont également en cours dans le cadre de l’élaboration de cette même stratégie.»
Le rôle des pépinières
Comment les pépinières privées font-elles face aux attentes des municipalités? «Les jeunes végétaux deviennent de plus en plus difficiles à trouver face aux stratégies d’arborisation lancées dans l’ensemble de l’Europe», nous apprend Nicolas Hasler, directeur des Pépinières genevoises Boccard. «Afin de pouvoir mettre à disposition les plantes les plus adaptées possibles aux futures conditions d’accueil (sols et formes culturales), l’Office genevois de l’agriculture et de la nature s’est associé avec des collectivités afin de développer des projets ambitieux de pépinières urbaines. C’est dans ce cadre que nous avons été choisis pour le développement de plusieurs pépinières temporaires de proximité, telles que la Pépinière du Crozet à Vernier (GE) et celle du Rolliet à Plan-les-Ouates (GE) où 900 arbres ont été plantés en prévision des aménagements à venir.» Alors que l’espace du Rolliet est entièrement géré par les Pépinières Genevoises, celle du Crozet est suivie par les services compétents de la ville de Vernier.
La principale concurrente des Pépinières genevoises, l’entreprise Jacquet, a conclu des contrats de culture (arbres/végétaux mis en production chez des pépiniéristes, avec un objectif précis) avec l’Etat de Genève pour la Voie verte, avec la ville de Carouge ou dernièrement pour le projet Cœur de cité à Meyrin où 250 arbres seront plantés. «Cette formule présente plusieurs avantages: des prix bloqués et donc des coûts économiques maîtrisés et anticipés. Ainsi qu’une flexibilité de la disponibilité des végétaux grâce à une culture de proximité. Nous disposons de 30 hectares dans le canton de Genève», rappelle Aude Jacquet. «Nous publions chaque mois un listing des arbres disponibles en pépinière», ajoute la directrice générale.
Avec sa pépinière laboratoire de la Bourdonnette, la ville de Lausanne peut pour sa part développer la multiplication par graines, «afin de produire de jeunes arbres issus d’écotypes adaptés au climat de demain». Ces jeunes plants y grandissent pendant un cycle de trois à quatre ans. Nous avons ainsi 7000 plantes biberonnées, précise la municipalité. Bref, chaque municipalité mène sa propre stratégie en fonction de ses moyens financiers et de ses priorités pour lutter contre les îlots de chaleur. Un travail qui ne fait que commencer.
Des essences plus ou moins touchées
Avec le réchauffement climatique, les professionnels sont contraints de réfléchir aux essences à replanter. «Si un platane se situe dans un alignement, il sera remplacé par un platane. En outre, la rade a une image directrice à respecter. Ailleurs, il pourrait être remplacé par une autre essence, tout dépend du rendu paysager souhaité et des conditions de plantation», explique Anne Bonvin Bonfanti, conseillère de direction chargée de la communication au Département des finances, de l’environnement et du logement de la ville de Genève.
«Les érables sycomore, les frênes ou encore les hêtres font partie des espèces qui souffrent le plus du changement climatique. A l’inverse, les chênes verts, les pins méditerranéens, les érables à feuilles d’obier ou encore les érables de Montpellier font partie des variétés plantées ces dernières années.»
