Genevois et Vaudois n’ont pas la même approche
Objectifs identiques. Toutefois, pour faire l’inventaire des données sur les bâtiments, le Plan genevois mise sur le monopole des SIG alors que le vaudois doit composer avec une diversité de prestataires énergétiques.

Pour l’inventaire centralisé des données, Genève bénéficie d’un atout: le monopole des Services industriels de Genève (SIG) évite de devoir se renseigner auprès de chaque prestataire alors que dans le canton de Vaud, il faut réunir les données d’une dizaine de prestataires régionaux qui diffèrent selon les fluides (gaz, électricité, etc.), ce qui nécessite plus d’efforts.
Le Plan climat genevois 2022-2031 prévoit 5,9 milliards de francs d’investissements liés au climat, dont 2,9 milliards pour la mobilité. Le programme d’économie des SIG pour entreprises, Eco 21, a été augmenté de 2,5 millions en 2022. La prime pour chaque kW/h d’électricité économisé, qui allait de 6 à 21 centimes, est passée de 9 à 32 centimes. La prime pour panneaux solaires a été accrue de 50%. Les SIG vont relancer activement les audits énergétiques dans les entreprises.
Exemplarité communale
«Nous devons réduire nos émissions en les divisant par 14 en vingt-huit ans. Nous sommes loin du compte»
Le Plan vaudois a prévu une enveloppe de 173 millions pour financer une série de mesures entre 2020 et 2022, sans compter les moyens donnés à la politique énergétique et aux infrastructures de transports. «Mais on compare des pommes avec des poires, reconnaît-on à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). Oui, il y a des différences à l’échelon régional. Mais même si l’on additionnait tous les budgets cantonaux, ce serait encore insuffisant pour respecter l’Accord de Paris.» Chez les Vaudois, l’autonomie communale est forte. On mise sur l’exemplarité et un accompagnement de l’Etat pour les 302 communes, quelle que soit leur taille. Une initiative populaire qui devrait être soumise au peuple prévoit de les obliger à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. Les moyens d’action devraient alors être renforcés.

Malgré le moindre degré d’autonomie communale à Genève, on compte aussi sur l’exemplarité, la rénovation, la construction du patrimoine communal et le soutien aux citoyens. Inspirées par le programme pionnier Onex-Rénove, Lancy, Carouge et le Grand-Saconnex se sont alliées à l’Etat et aux SIG pour accélérer les rénovations thermiques. En débat à la commission de l’environnement du Grand Conseil, un projet de loi demande la neutralité carbone pour toutes les communes d’ici à 2050.
Et les plans climat communaux sont en première ligne. «La prise de conscience est forte», souligne Sébastien Humbert, expert chez Quantis, un consultant pour les plans climat. «Toute commune voulant réaliser le minimum légal sait qu’elle doit inscrire au budget 2023 la rénovation de 50% de ses bâtiments municipaux d’ici à 2030, à savoir les isoler et passer aux énergies renouvelables».
Certification des matériaux: en attendant une contrainte légal
Les fabricants de matériaux de construction ne sont pas contraints actuellement de certifier leurs matériaux alors qu’ils génèrent au moins 25% des émissions de CO2, et qu’il ne s’agit pas de biomatériaux décarbonés. Toutefois, même sans contrainte légale, sur ecobau.ch, 200 fabricants déclarent déjà les composants de leurs matériaux, ce qui va dans le sens d’un bilan carbone par matériau.
Ainsi, ces fabricants ont anticipé le règlement d’application de la loi genevoise sur le bilan carbone qui fixe désormais des seuils obligatoires dans le secteur du bâtiment, mais n’obligera pas à passer aux biomatériaux.
«Or si l’on voulait prendre la mesure des changements requis, il faudrait obliger tous les acteurs à respecter le standard Minergie-P et généraliser les biomatériaux», précise Luc Trottier, expert en performance énergétique chez Lutz Architectes.
Commencer par renoncer au mazout et au gaz, poser une pompe à chaleur ou se brancher à un réseau thermique, c’est un bon début, mais il faut faire plus. «Nous devons réduire nos émissions en les divisant par 14 en vingt-huit ans. Nous sommes loin du compte», insiste l'expert chez Quantis, Sébastien Humbert.
«Sagex, laine de verre, PVC, métaux, verre et béton utilisés d’habitude ne répondent pas à la neutralité carbone. A cet égard, tous les Plans climat, cantonaux ou communaux, sont à la même enseigne», ajoute Luc Trottier. La Réglementation environnementale française (RE 2020), en vigueur depuis le 1er janvier 2022, oblige déjà, pour tous les logements neufs, le respect d’un seuil maximal. Cela incite les fabricants à établir des fiches certifiant le bilan carbone de leurs matériaux. Cette comptabilité sera indispensable en Suisse. «La question est de savoir comment la mettre en œuvre, plutôt que quand ou si nous devons le faire», complète Thomas Jusselme, professeur à la HEIA-FR et spécialiste en bilan carbone des bâtiments.
Entouré par la France, un canton comme Genève aurait intérêt à s’inspirer de la RE 2020 française. Mais les autres cantons devront aussi l’envisager.
En chiffres
Chaque Suisse émet en moyenne: 14 tonnes de gaz à effet de serre par année
Objectif d’émissions de gaz à effet de serre en 2050: moins d’une tonne équivalent CO2 par personne par année