Analyse

Immobilier en Valais : l’analyse d’Evelyne Allégro

Journaliste et auteur chez immobilier.ch
Publié le 23.09.2026 à 11:45

Quelques semaines après sa prise de fonction, la nouvelle présidente de l’USPI Valais passe en revue les dossiers chauds de la branche.

Evelyne Allégro a repris la présidence valaisanne de l’USPI Valais depuis le 1er juillet dernier.
Evelyne Allégro a repris la présidence valaisanne de l’USPI Valais depuis le 1er juillet dernier. - Copyright (c) LDD
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Selon Évelyne Allégro, parler du marché immobilier valaisan au singulier n’a guère de sens. Entre villes de plaine, Haut-Valais, vallées latérales et stations, les réalités diffèrent fortement. Trois défis concernent toutefois l’ensemble du canton, à savoir la pénurie de biens, la raréfaction du foncier et la rénovation énergétique. «Nous allons devoir créer davantage de logements avec un territoire constructible qui, lui, ne va pas augmenter», analyse-t-elle.

S’ajoute à ces difficultés l’accumulation des normes qui constitue un autre frein d’importance dans ce registre. Celles-ci renchérissent le prix des logements et retardent leur production. Dans l’idéal, il faudrait pouvoir simplifier ces règles et la coordination des projets sans pour autant dérèglementer.

Des défis cumulés

En plaine, croissance démographique, densification et demande en logements principaux figurent en tête de ses préoccupations. Dans les stations s’ajoute à ces paramètres la Lex Weber, l’économie touristique et des valeurs foncières élevées. «L’USPI VS doit par conséquent défendre une politique immobilière suffisamment souple pour tenir compte des réalités régionales et des différents modèles économiques», confirme Évelyne Allégro.

La croissance démographique met en outre les prix et les loyers sous pression alors que l’offre ne suit pas. Évelyne Allégro plaide de ce fait pour une densification qualitative, basée sur des mesures comme la surélévation, la réaffectation ou une meilleure utilisation des parcelles déjà bâties. Cette densification ne sera cependant acceptable que si elle s’accompagne de qualité de vie dans nos villes et nos villages. Elle le sera beaucoup moins si elle se limite purement et simplement à proposer davantage de mètres carrés sur une zone donnée. Dans ce contexte, une coordination avec les collectivités publiques est essentielle.

Des mises à jour coûteuses

Du point de vue financier, une rénovation énergétique peut représenter pour un propriétaire ou une PPE plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions de francs de dépenses. Il faut donc hiérarchiser les interventions, car tous les bâtiments ne se traitent pas de la même manière. Cette évolution transforme aussi le rôle des gérances qui sont appelées à accompagner les propriétaires.

Membre du comité du Centre de compétences en rénovation énergétique des bâtiments (CCREn), Évelyne Allégro défend une approche fondée sur la coordination et l’information. «Nous connaissons bien les objectifs à remplir. Le véritable défi est désormais de développer des méthodologies et des savoir-faire dans les processus de rénovation au sein des agences afin d’aider les propriétaires à trouver le chemin concret pour les atteindre», complète-t-elle.

Pacifier les relations

Concernant le taux hypothécaire de référence, la présidente refuse d’opposer de façon systématique locataires et bailleurs. Les premiers doivent pouvoir compter sur un loyer conforme au droit et les seconds sur une rentabilité raisonnable pour parvenir à entretenir leur bien.

Ce problème est particulièrement aigu en montagne. L’économie touristique fonctionne, mais ceux qui la font vivre peinent à se loger à proximité de leur travail. «Or, une station ne peut pas être viable sur la durée si les personnes qui en assurent la bonne marche ne peuvent plus y résider», tranche Évelyne Allégro.

Lobby ou pas?

Sur le plan politique, l’USPI VS veut faire entendre sa voix sans se transformer en simple groupe de pression. Sa force lui vient de l’expérience de ses membres qui sont confrontés chaque jour aux réalités du terrain. Qu’il s’agisse de la LAT, du droit du bail ou des normes énergétiques, ils sont en mesure d’identifier ce qui fonctionne, mais également ce qui bloque. «La crédibilité de l’USPI VS dépendra de sa capacité à être exigeante et constructive», affirme la présidente. L’USPI VS compte ainsi faire de son nom un véritable label de qualité pour les propriétaires et les clients. Une campagne de communication destinée à augmenter sa visibilité sera d’ailleurs lancée cet automne.

 l’interne, cette attente passe aussi par la relève. Le recrutement constitue un défi majeur, en particulier dans la gérance locative et la gestion de PPE. Ce ne sont plus de simples métiers administratifs, mais l’affaire de spécialistes. Mieux faire connaître ces professions et encourager les entreprises à former des jeunes et des apprentis figurent dès lors parmi les priorités. «Si nous voulons créer davantage de confiance dans l’immobilier, nous devons commencer par investir dans ceux qui exercent ces métiers», conclut Évelyne Allégro.

BIO EXPRESS

Diplômée en sciences de l’éducation, Évelyne Allégro a d’abord enseigné avant de rejoindre en 2007 l’entreprise familiale qui est active dans l’immobilier depuis les années 1990. Titulaire du Brevet fédéral de gérance et administration de PPE, elle dirige aujourd’hui le Groupe Allégro.

Formatrice, puis adjointe pédagogique à la CIFC Valais, elle y a nourri un fort intérêt pour la transmission des compétences et la formation de la relève professionnelle. Côté associatif, elle a présidé l’ASPI Valais durant deux ans avant d’entrer au comité de l’USPI VS en 2023. Elle en assume la présidence depuis le 1er juillet 2026.