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L’indispensable activation des quartiers en Suisse

Rédacteur en chef de immobilier.ch
Publié le 29.07.2026 à 17:06

Initiée avec Eikenott à Gland, la nécessité de favoriser la création de liens sociaux dans les nouveaux quartiers fait désormais l’unanimité. A quand la régénération des quartiers existants?

 En savoir plus sur ce type de contenu Forte attractivité de la Suisse oblige, de plus en plus de nouveaux quartiers émergent un peu partout
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Forte attractivité de la Suisse oblige, de plus en plus de nouveaux quartiers émergent un peu partout. Et, dans le même temps, la nécessité d’intégrer les critères ESG – soit pas seulement les questions environnementales, mais aussi sociales – est devenue incontournable à la fois aux yeux des investisseurs, mais aussi des collectivités.

«L’échelle du quartier Eikenott, à Gland, nous a permis à l’époque d’aborder l’ensemble de la dimension ESG», observe Thierry Denuault, directeur de la régénération urbaine en Suisse romande chez Losinger Marazzi. Rappelons qu’Eikenott, livré en 2013-2014, a été l’un des premiers écoquartiers du pays. Il est composé de six bâtiments de logements et services, dont un bâtiment à loyer modéré.

«A l’époque, nous cherchions à obtenir le label Minergie-Eco, la certification SEED [élaborée par l’Association suisse pour des quartiers durables, ndlr] n’existait pas encore, tout comme le label SNBS-Quartier [qui intégre des critres de développement durable, ndlr]», rappelle ce directeur. De plus, le développeur immobilier et entrepreneur total a fait le choix de recruter une animatrice de quartier. Celle-ci a organisé des réunions pour créer l’association de quartier, en fournissant notamment un règlement type, ainsi qu’en accompagnant les nouveaux habitants dans la mise sur pied de diverses manifestations (Fête des voisins, chasse aux œufs, Halloween, etc.).

Professionnalisation

A partir de la fin des années 2010, quelques structures indépendantes ont vu le jour en proposant de s’occuper de l’activation de quartier. En août 2018, Enoki est fondé à la suite de la victoire du NeighborHub (le «pôle de quartier» en français) à l’édition 2017 du Solar Decathlon à Denver (Etats-Unis). En 2020, ce sera au tour d’Urbagestion, fondé par des anciens de Facilitim du groupe DBS, de proposer ce genre de services. Plus récemment, citons encore U&H, qui se focalise sur la gestion des espaces transitoires (par exemple pour le Jardin des Nations à Genève) ou encore la mise sur pied de cellules dédiées au sein de grandes régies immobilières, que ce soit chez Gerofinance-Régie du Rhône pour le quartier de l’Etang à Vernier ou au sein du Comptoir Immobilier pour la première étape du quartier Belle-Terre à Thônex.

Pas un seul modèle

La majorité de nos interlocuteurs sont d’accord pour estimer qu’une réelle mise en place d’une politique d’activation de quartier ne serait viable qu’à partir d’une jauge d’environ 200 logements. Comme le rappelle Axelle Marchon, cofondatrice d’Enoki, outre l’indispensable création d’une association de quartier qui va permettre de pérenniser les actions mises en place, «il faut pouvoir mettre à disposition une variété d’espaces communs, et au minimum une salle commune si possible équipée d’une cuisine». La seule mise sur pied d’une app de quartier ne remplacera pas le besoin de rencontre physique.

Le niveau de revenus des résidents ou encore leur âge vont aussi être des éléments qui vont influer sur leur implication dans les différents comités associatifs. «La pendularité va aussi beaucoup influencer la capacité et l’envie des habitants de s’impliquer dans leur quartier», relève Axelle Marchon. Idem avec la mise sur pied d’une bibliothèque d’objets. Ainsi à Belle-Terre (Thônex), CI City, qui offre des services d’activateur de vie de quartier et qui est rattaché au Groupe Comptoir Immobilier, a signé un partenariat avec la coopérative La Manivelle qui propose plus de 4500 objets à emprunter de façon illimitée (allant de la tondeuse à un four à raclette). «Ce service cartonne, tout comme le service permettant de se faire livrer ses colis en toute sécurité au sein du local de CI City», nous indique Juan Munoz, directeur général gérances Groupe Comptoir Immobilier.

«Le défi majeur est de fédérer des communautés aux profils divergents, comme celles des primo-acquéreurs en PPE et des locataires de quartiers appartenant à des institutionnels, autour d’un langage et d’objectifs partagés», constate Rafael Pinto, COO d’Urbagestion. Cette dernière se charge souvent également d’administrer les parcelles de dépendance, communes à l’ensemble des propriétaires.

Le rôle des ambassadeurs

L’idée n’est pas juste de confier à des professionnels l’activation des nouveaux quartiers. Ceux-ci sont là essentiellement pour aider à la naissance d’une vie de quartier animée. Mais pour que cela fonctionne, il faut repérer celles et ceux qui vont servir en quelque sorte d’ambassadeurs des valeurs communes du quartier. Les ambassadeurs sont des résidents qui s’engagent bénévolement pour que tel ou tel groupe dédié fonctionne correctement. «A Sébeillon, certains membres du comité ont déménagé et en sont donc sortis. Ils ont donc dû en recruter de nouveaux. Ce sont généralement des gens volontaires mais avec une vie chargée», nous indique Mirko Martino, chargé de la communication chez Realstone, dont le fonds RSF a réalisé le quartier de Sébeillon en 2016.

«Organiser une vie de quartier est plus complexe qu’il n’y paraît. Un soutien professionnel permet aux associations de se concentrer sur leurs activités, en comptant sur un appui pour les tâches plus administratives, entre autres», ajoutent Baptiste Gex et Axelle Marchon d’Enoki. Au quartier de l’Etang à Vernier, «un collectif d’habitants a créé L’Antenne qui produit des podcasts et des vidéos sur le quartier, encourageant ainsi l’expression des habitants et offrant une plateforme inclusive et solidaire», témoigne Vincent Hamel, directeur gérance chez Gerofinance-Régie du Rhône, très active dans l’animation de ce nouveau quartier.

Reste à savoir si une prochaine étape sera franchie, celle de l’intégration dans l’écosystème existant. «Un nouveau quartier s’insère généralement dans un tissu urbain où vivent déjà d’autres habitants. Dès lors, l’enjeu d’activation est aussi de faciliter l’intégration des nouveaux habitants auprès de leurs voisins. C’est un processus gagnant-gagnant», constate Thierry Denuault.