La mobilité durable dessine une autre approche de la construction
Comment concilier mobilité douce et urbanisation? Tour d'horizon des pratiques qui dessinent les quartiers de demain.

Dans la périphérie de Genève, plusieurs grands quartiers sortent de terre. Les premiers habitants du projet Belle-Terre, à Thônex, vont emménager d’ici à quelques semaines au sein d’un ensemble qui devrait compter environ 2400 nouveaux logements en 2030. A Plan-les-Ouates, le projet des Cherpines prévoit quant à lui 4000 nouveaux logements, 2500 emplois ainsi que divers aménagements, dont le prolongement de la ligne du tram.
Quatre piliers

Pour accommoder cette urbanisation, promoteurs et autorités publiques misent sur la mobilité durable en s’inspirant de ce qui se pratique depuis une vingtaine d’années dans les pays nordiques. «Il n’existe cependant pas de solution unique en la matière. L’enjeu consiste à créer un écosystème qui repose sur un ensemble de réponses mises bout à bout», explique Giorgio Giovannini, cofondateur et codirecteur du bureau genevois Mobilidée, qui a étudié et conceptualisé la mobilité du futur quartier des Cherpines, dont l’un des objectifs consiste à réaliser seulement 0,6 places de stationnement par surface de 100 m2.
Construire un quartier sans voitures, ou presque, repose sur quatre piliers principaux, relève l’expert: l’incitation à utiliser des alternatives à la voiture, une refonte du stationnement, un accompagnement au changement ainsi qu’un suivi au quotidien de ces différents éléments.
Aux Cherpines, les habitants devraient ainsi profiter de vélos ou de trottinettes en libre-service, disposer de vélos-cargos pour le transport d’encombrants et de vélos-taxis pour les personnes âgées, mais aussi bénéficier d’équipements adaptés à ces différents deux-roues. «L’un des points les plus innovants que nous avons proposés, poursuit Giorgio Giovannini, consiste en l’aménagement d’une Vélostation, soit un centre de services qui offre tous les outils et le confort nécessaire pour que les habitants aient vraiment envie de se servir de leurs deux-roues.»
La gestion du stationnement est un deuxième défi de taille à relever. «Les places dédiées au vélo ont jusqu’ici le plus souvent été considérées uniquement selon une perspective quantitative, souligne l’expert. C’est pourquoi il est essentiel que ces nouvelles constructions intègrent des équipements facilement accessibles, en rez-de-chaussée, mais qu’ils soient également dotés des meilleurs conditions en matière d’éclairage ou de sécurité.»
Une place de parking en sous-sol coûte environ 50'000 francs, ce qui permet de réaliser une dizaine de places pour vélos de grand confort
Mutualisation des véhicules
L’autre pan de cette stratégie concerne la mutualisation des véhicules motorisés (sous forme de car sharing et de location de courte ou de longue durée) et des places de stationnement qui leurs sont dédiés. «L’approche que nous préconisons consiste à ne plus lier la location d’un logement à celle d’une place de stationnement. On peut alors partager les places disponibles aussi bien entre les habitants que les professionnels ou les clients des magasins du quartier.» D’autres éléments complètent le dispositif du quartier idéal de demain: centralisation du parking, équipé de stations de recharge, mais aussi de chariots pour faciliter le dépôt des courses à son logement. L’installation de boîtes à colis permet quant à elle de faciliter les retraits ou envois postaux et les livraisons à domicile.
Changement de paradigme

Ces changements d’habitude répondent aussi à des questions de coût: la construction d’une place de parking en sous-sol s’élève à environ 50'000 francs, alors que ce même budget permet de réaliser une dizaine de places pour vélos de grand confort.
«Nous observons un véritable change- ment de paradigme de la part des usagers», indique pour sa part Yannos Ioannides, membre de la direction générale du Comptoir Immobilier, la régie en charge de la location du quartier de Belle-Terre. Ainsi la demande en parking au sein du nouveau quartier est inférieure de 40% à l’offre, dont la planification a été réalisée en fonction des normes en vigueur il y a une dizaine d’années.» A l’inverse, la régie a triplé le nombre de places dédiées aux vélos et constate aujourd’hui que la demande se révèle au rendez-vous.
La communication demeure un élément clé pour la réussite de tels projets, selon Giorgio Giovannini: «Il faut que l’identité du quartier sans voitures soit mise en avant dès les premières étapes de la commercialisation, sans tergiversation possible.» Une offre qui peut inclure des kits de mobilité, sous forme de rabais ou de bons pour que les futurs habitants soient conscients dès le départ des enjeux du projet. «Pour qu’un tel projet fonctionne sur la durée, il est par ailleurs indispensable de l’organiser autour d’une unité de mobilité, de manière à lier les différents services et les rendre les plus accessibles et intelligibles possibles.»
Avoir de l’audace

Dernier ingrédient de la recette: l’audace. «Les initiatives innovantes qui émergent reposent encore sur une forme de bravoure, mais j’ai bon espoir qu’à l’avenir ces idées fassent partie intégrante de nouveaux projets», dit le codirecteur de Mobilidée. Un avis partagé par Yannos Ioannides, du Comptoir Immobilier: «Je suis persuadé que les problématiques de développement durable et de mobilité représentent des opportunités fantastiques pour les professionnels de l’immobilier, et qu’il ne faut pas hésiter à sortir de sa zone de confort pour les saisir.»