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La plus vieille maison de Nyon

15.12.2021 à 09:04

À Nyon, la plus ancienne maison encore habitée date de 1306. Elle est aujourd’hui occupée par un couple de particuliers, un cabinet de thérapeutes et un club de jazz bien connu dans la région.

La maison située à la ruelle de la Poterne 4 a été construite en 1306, et rénovée depuis.
La maison située à la ruelle de la Poterne 4 a été construite en 1306, et rénovée depuis.
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La ruelle de la Poterne, à Nyon, ne manque pas de charme. Toute étroite, pavée et jalonnée d’escaliers, elle relie l’esplanade du Château à la rue de Rive, elle-même parallèle au lac. En 1996, Giampietro Mondada, ingénieur genevois, cherche à acquérir un bien dans la région et apprend l’existence d’une maison presque abandonnée, au n°4 de la ruelle. « Elle était occupée par les objets d’un brocanteur, décédé peu de temps avant, et dont la fille ne savait que faire », raconte-t-il. Alors qu’il montre de l’intérêt pour ce bâtiment oublié de tous, la Commune réalise que celui-ci ne figure pas à l’inventaire des lieux sauvegardés et demande à ce qu’une analyse approfondie du bâti soit faite. Le Laboratoire romand de dendrochronologie est alors mandaté et travaille à partir du bois de poutres en chêne conservées dans le sous-sol de la maison. Le résultat est sans équivoque : le bois date de 1306, le bâtiment a vraisemblablement été construit cette année-là.

« Une maison aussi ancienne constitue quelque chose d’exceptionnel dans la région », atteste Catherine Schmutz, historienne de l’art à la section Monuments et sites de l’État de Vaud. Un indice supplémentaire, selon la spécialiste, relève de l’organisation de la façade. Les ouvertures, irrégulières, montrent qu’elles répondaient à une logique purement fonctionnelle. Un trait caractéristique du Moyen-Âge, contrairement aux façades de la Renaissance qui recherchaient davantage l’harmonie et la symétrie.

Préserver l'essence des lieux

Giampietro Mondada et son épouse Annette deviennent alors propriétaires des lieux. Rénover un bâtiment si ancien peut effrayer certains amateurs de vieille pierre, mais pas Giampietro Mondada, puisqu’il dirige à l’époque une entreprise de rénovation de biens immobiliers baptisée Mobag (aujourd’hui disparue). Un bon atout pour se lancer dans un projet qui a duré au final un an et demi, avec l’aide de son ami architecte François-Joseph Z’Graggen. « La Commune souhaitait maintenir des éléments d’époque lorsque c’était possible, comme autant de témoignages du passé. Ce qui était tout à fait dans notre optique également », raconte Giampietro Mondada, en montrant par exemple la structure d’une ancienne cheminée ou la marque d’un plancher séparant la cave en deux. Plusieurs éléments ont dû être refaits pour des raisons de sécurité, comme l’arche en pierre à l’entrée de la cave ou les murs de l’ensemble de la bâtisse. Un grand soin a été donné à préserver leur style originel, en mandatant pour cela un maçon spécialisé.

Grande maison au milieu d’autres plus petites, le 4 de la ruelle de la Poterne a certainement été occupé dès le début par des gens fortunés. « Il semble même que la maison occupe deux parcelles, dit l’historienne Catherine Schmutz. Au MoyenÂge, le parcellaire était extrêmement étroit car les impôts se calculaient à la largeur des façades.» Lors de sa rénovation, une étude menée par des archéologues révèle que la bâtisse
était occupée au XIVe siècle par la famille Evrard, l’une des plus riches et influentes de la ville.

Le sous-sol met même en évidence la présence d’éléments romains : les colonnes en bois de chêne, maintenues en l’état même si elles ne portent plus rien, reposent sur des socles en pierre datant de l’Antiquité. « La ville romaine de Nyon a servi de carrière à ciel ouvert pour de nombreux bâtiments, de l’église Sainte-Marie aux fondations de maisons privées, détaille Catherine Schmutz. On en a aussi acheminé par bateau pour construire les cathédrales de Lausanne ou de Genève. Il s’agit de magnifiques blocs en calcaire, très bien taillés et typiques de Nyon.»

Un lieu privé mais pas seulement

La maison dans sa globalité est aujourd’hui divisée en trois parties : un logement, occupé par les propriétaires; un cabinet de thérapeutes, initialement occupé par Annette Mondada et loué à d’autres praticiens depuis qu’elle est à la retraite. Au sous-sol, Giampietro Mondada a fait de la cave un club de jazz, logiquement appelé Club 1306. Depuis 1997 et jusqu’au début de la pandémie de Covid-19, le lieu a accueilli plus de 200 concerts, avec une capacité de 50 personnes. « Une manière de faire bénéficier la population nyonnaise de ce lieu historique », dit le propriétaire. Il n’hésite pas non plus à organiser des visites lors d’événements comme les Journées du patrimoine. Et dit apprécier sans compter de passer sa retraite avec sa femme dans un si bel écrin. Mais habiter la plus vieille maison de la ville a aussi ses revers : « Des gens m’appellent pour venir estimer la valeur de la maison, ou me proposer un prix pour la racheter. J’insiste: elle n’est pas à vendre ! »