Quand un ancien couvent devient la maison de ville

La plus vieille maison d'Orbe

A la Réforme, le couvent des Clarisses est remplacé par les autorités municipales par la première tour civile. Elle remonte à 1560.

La plus ancienne maison non religieuse d’Orbe date de 1560.
La plus ancienne maison non religieuse d’Orbe date de 1560. - Copyright (c) Creative Commons Leemburg
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La ville d’aujourd’hui remonte en bonne partie au bâti du XIIIe siècle, même si elle était déjà bien connue. En effet, en 999, l’impératrice Adélaïde, épouse de l’empereur germanique Otton 1er, fille du roi Rodolphe II de Bourgogne et de la reine Berthe, vient séjourner à Orbe. Elle vient y régler des donations en faveur d’établissements religieux. Par sa situation géographique, Orbe est naturellement tournée vers le comté de Bourgogne (l’actuelle Franche-Comté). Elle se trouve sur une voie internationale qui relie l’Italie par le col du Grand Saint-Bernard, à la moitié nord de la France. C’est aussi une des étapes de la Via Francigena, un itinéraire datant du VIIe siècle qui mène à Rome. C’est grâce à Amédée III de Montfaucon qu’Urba (le premier nom de cette cité) va être doté de la tour ronde du château, en 1233. Il existait encore deux tours carrées, mais elles furent démolies en 1835 afin de combler les fossés. Précisons que l’accès à la Tour ronde est garanti, mais payant (CHF 2.- par personne). Comme nous l’apprend un ouvrage publié récemment (*), Orbe entre alors dans une phase de croissance, à l’abri de ses fortifications (qui seront démolies dès 1740). La seigneurie d’Orbe reste aux mains des Montfaucon jusqu’à la fin du XIVe siècle. Au terme d’une succession compliquée, Louis de Chalon en hérite. «Pendant plus de cinquante ans (il meurt en 1463), il lui témoignera une constante sollicitude (…). Il fait procéder à d’importants travaux d’entretien du château et favorise la ville en lui octroyant une foire annuelle».

La rue Pierre Viret sur une carte postale du début du XXe siècle.diaporama
La rue Pierre Viret sur une carte postale du début du XXe siècle.

L’Auberge des Deux-Poissons

Hormis la tour ronde datant de 1233, la plupart des anciennes bâtisses de cette petite ville vaudoise remonte au XVIe siècle. C’est le cas de l’église réformée Notre-Dame, reconstruite entre 1520 et 1525, pour en faire un exceptionnel monument dans le style gothique finissant. Mais si l’on recherche la plus ancienne maison non religieuse d’Orbe, alors il s’agit de l’ancienne maison de ville (1560). En effet, jusqu’au milieu du XVIe siècle, les réunions du Conseil se tenaient dans des locaux privés. Mais après le départ des clarisses, les bâtiments des religieuses sont confisqués par Leurs Excellences. La ville les achète et démoli l’église pour faire place à la première maison de ville, avec sa tour campanile, mais aussi une auberge communale à l’enseigne des Deux-Poissons et même des salles d’école dans sa partie sud. Ce vénérable immeuble se situe à la jonction entre la rue du Grand-Pont et la rue Centrale, alors que la tour, qui relie deux ailes, se trouve juste en face de la rue Pierre Viret (1511-1571). Ce dernier est sans doute le plus célèbre habitant d’Orbe puisque ses prédications parvinrent à convaincre le Conseil de Genève d’adopter la Réforme.

C’est dans le couvent des clarisses que mourut Louise de Savoie, née de l’union entre Amédée IX et Yolande de France, soeur du roi Louis XI. Louise passa son enfance dans différents châteaux de la famille. Elle épousa Hugues de Chalon, seigneur d’Orbe. Rappelons que cette cité contient 17 bâtiments d’importance nationale, selon les Monuments historiques. L’Office du tourisme propose deux balades pour en savoir plus sur le passé de ce petit bijou médiéval. L’une d’elle se termine justement devant l’ancien couvent, où Louise résida jusqu’à sa mort en 1503.

(*) Orbe, histoire et architecture. De la fin de l’Antiquité au XXe siècle, Laurent Auberson.
Editions LIVREO/ALPHIL. 275 pages. 2023.