La renaissance du Capitole
Coup de projecteur sur le chantier de rénovation qui transformera un joyau du 7e art lausannois en véritable «maison du cinéma». Un travail d’orfèvre qui devrait s’achever en février 2024.

Chanceux sont ceux qui ont pu visiter les entrailles de l’ancien cinéma le Capitole fin septembre. Entre deux-trois échafaudages et quelques centaines de trous dans le sol, immobilier.ch a pu se faufiler au cœur de ce chantier monumental consacré à la rénovation d’un temple du 7e art lausannois. Fermé au public depuis deux ans, le Capitole a profité de l’occasion pour dévoiler son futur visage et sa fonction à venir de «maison du cinéma».
Restaurer à travers deux époques

En jouant les guides lors de la visite, l’architecte du projet Marion Zahnd (du bureau montreusien Architecum), nous offre une plongée immersive dans le passé, à l’âge d’or du cinéma ou plus exactement à deux époques clés de l’histoire du Capitole. Tout d’abord en 1928, année de construction de ce bâtiment situé au centre de Lausanne et édifié grâce au coup de crayon de Charles Thévenaz.
Selon le modèle en vogue de l’époque (celui du cinéma muet), une grande salle majestueuse est agencée avec pas moins de 1077 places assises, une fosse d’orchestre, des loges et une configuration d’usages bien différente de celle que l’on connait.
Puis, se superpose à ces souvenirs (dont il ne reste que des éléments décoratifs, les murs et des sanitaires), une nouvelle ère du cinéma: celle des années 50. Deux rénovations seront alors entreprises, en 1951 et 1959, modifiant la plupart des caractéristiques architecturales. Depuis lors, peu de changements ont été notables, laissant le Capitole «dans son jus». Mais c’est bel et bien ce vestige au lustre d’antan que les équipes d’Architecum s’attèlent à sauvegarder aujourd’hui.
Agrandir pour mieux répartir

Pour ce faire, le plus grand cinéma de Suisse devrait retrouver entre autres sa salle principale, préservée à l’identique, avec un nombre de places revu à la baisse (750 sièges). Le fruit d’une restauration minutieuse qui aidera à récupérer sa moquette bleue d’origine, ses lustreries, ses textiles et ses peintures d’autrefois. Mais lorsque l’on parle de rénovation, difficile d’échapper aux remises aux normes actuelles. L’installation, à neuf cette fois-ci, d’un système de ventilation, de panneaux photovoltaïques sur le toit, d’un ascenseur et d’une pompe à chaleur réversible a été nécessaire.
Une modernisation qui est allée de pair avec un agrandissement du site, passant de 800 à 2500 m2. Afin de réussir cet exploit au sein d’un monument historique, les concepteurs ont dû ruser, ou plutôt creuser. Si bien qu’une extension a été créée en sous-sol, offrant une deuxième salle de projection pour environ 150 personnes. Dans les étages de l’édifice, les espaces rénovés deviendront le repère des cinéphiles, avec au programme: une médiathèque, une librairie spécialisée, un café et une salle de consultation des archives de la Cinémathèque suisse. «Le spectateur vivra ainsi une expérience qui se prolongera à plusieurs endroits», se réjouit déjà Frédéric Maire, son directeur.
Un investissement pour le cinéma
Grâce à cet écrin historique remis en état et amélioré, le Capitole pourra enfin devenir la «maison du cinéma» telle qu’imaginée et accueillir dignement les activités de la Cinémathèque suisse dès février prochain. Un projet qui aura pris du temps mais qui en valait la peine selon le syndic de Lausanne, Grégoire Junod: «Le rachat du Capitole par la Ville en 2010 avait fait débat mais soutenir un tel développement de l’activité culturelle à Lausanne, à l’heure où les cinémas souffrent de la concurrence des écrans privés, nous semblait primordial.»
Toutefois, contrer l’uniformisation des salles aseptisées de multiplexes par la revalorisation de joyaux patrimoniaux comme le Capitole a tout de même un certain coût. L’enveloppe totale atteignant les 21,6 millions de francs. Mais certains diront que voir les lettres en néon du Capitole briller à nouveau dans la nuit n’a définitivement pas de prix...
