Conférence

L'architecture climatique sur le devant de la scène

Plus que jamais au coeur de l’actualité, le désormais réputé Philippe Rahm, auteur d’un courant architectural précurseur, s’est rendu à Lausanne pour partager ses idées autrefois à contre-courant.

La vision pionnière de Philippe Rahm aura mis plus de vingt ans à s’imposer.
La vision pionnière de Philippe Rahm aura mis plus de vingt ans à s’imposer. - Copyright (c) DR
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Les architectes ont un grand rôle à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique», a affirmé haut et fort le spécialiste Philippe Rahm le 8 décembre dernier. Inaugurant une série de conférences lausannoises sur l’architecture avec un grand A, cet architecte de renom est venu présenter au Musée cantonal des Beaux-Arts (MCBA) un courant qui lui est cher et dont il est à l’origine devant un parterre de curieux: celui de l'architecture climatique.

Vaudois d’origine, exilé à Paris, mais mandaté aux quatre coins du monde, Philippe Rahm a d’abord rappelé la fonction première de l’architecture. «Notre corps est chauffé à 37°C et pour le conserver à une température idéale, il faut créer autour un micro-environnement. Autrefois une grotte suffisait, aujourd’hui ce sont des bâtiments en béton qui nous abritent mais les énergies fossiles nous ont fait oublier cette utilité que l’architecture a, qui est physiologique avant tout», décrit-il. Avec la crise climatique et l’augmentation constante des degrés, un recadrage est nécessaire selon lui: «Les bâtiments étant générateurs de 39% des émissions de CO2, les architectes doivent se recentrer sur ces fonctions qu’ont ces réalisations.»

Un bâti pensé différemment

Pour cela, Philippe Rahm propose une architecture basée sur des éléments de convexion, d’effusivité, de radiation ou encore d’évaporation. En pratique, cette théorie a priori complexe consiste simplement à analyser les courants d’air par exemple ou les rayons du soleil pour façonner le bâti. Autrement dit: ne plus se pencher uniquement sur des aspects monétaires ou esthétiques. Nombre de ses projets en sont témoins. Dans l’un d’eux, Philippe Rahm étudie les radiations solaires afin de savoir quelles parties d’un établissement seront plus souvent exposées à la lumière ou au contraire à l’ombre. Ceci afin d’aménager ensuite les espaces et d’installer du mobilier en pierre ou en fer dans les endroits chauds et du bois ou de la laine dans les lieux de pénombre.

Autre cas exemplaire, celui d’un site de 60 hectares à Milan, où l’on positionne un quartier et ses façades en fonction des vents et des arbres pour qu’un maximum d’air soit rafraîchi et dépollué avant de souffler sur les bâtiments. De même, lors d’un concours international remporté pour le Central Park de Taïwan, Philippe Rahm et son équipe ont innové une fois de plus, en adaptant des zones à des microclimats. L’une étant plus propice à l’humidité (on joue sur les reliefs), une autre davantage protégée de la pollution et des routes (on y installe des jeux pour enfants) ou encore une très exposée à la chaleur s’est vue équipée d’une canopée de panneaux solaires sur 7000 m2. Une vision pionnière qui aura mis plus de vingt ans à s’imposer dans le cercle des architectes mais qui tend à se retrouver de plus en plus dans les projets immobiliers. Pour preuve, Philippe Rahm jongle entre des esquisses à destination d’un port irakien, d’une usine annemassienne et d'édifices monumentaux en Asie. Tout vient à point à qui sait attendre dit-on.