L'Association genevoise d'architectes souffle ses 100 bougies
L'association patronale défend les intérêts de la profession depuis 100 ans à Genève. L'occasion de revenir sur ce lobby très impliqué dans les relations avec l'Etat, les communes et les différents acteurs de la construction et de l'immobilier.

Carmelo Stendardo préside le comité de l’Association genevoise d’architectes (AGA) depuis 2021. Architecte de formation, il est co-fondateur avec Bénédicte Montant en 2020 de 3BM2 Atelier d’Architecture à Genève. Actif depuis toujours dans de nombreuses associations professionnelles et commissions (architecture, monuments et sites) il répond aux questions de «Tout L’immobilier» à l’occasion du jubilée de l’AGA.
Quel est l’objectif premier de votre association?

Notre objectif premier est de défendre les intérêts des propriétaires de bureaux d’architectes. L’AGA regroupe une centaine de membres – Genève compte environ 800 architectes. Nous nous occupons des rapports avec les employés, les syndicats, l’administration. Nous travaillons sur la convention collective, les procédures d’autorisations de construire, la formation, les concours et le fonctionnement en général des bureaux d’architectes. Nous sommes tous des bénévoles au sein du comité. Nous organisons aussi chaque année un grand voyage culturel basé sur l’architecture, l’urbanisme et l’art pour nos membres.
Votre association fête ses 100 ans. Comment allez-vous célébrer cet anniversaire?
Nous allons faire un événement le 13 avril dans le cinéma Plaza, lieu culte qui a été réalisé par l’un de nos membres, Marc J. Saugey en 1952. Le Plaza a fait l’objet d’une sauvegarde patrimoniale. Nous allons aussi éditer un ouvrage dans lequel nous retraçons les grandes transformations de notre territoire ces 100 dernières années.
Qu’est ce qui a changé en 100 ans?
En lisant les différents ouvrages de l’AGA, on aperçoit que les préoccupations d’aujourd’hui sont exactement les mêmes qu’il y a 100 ans, comme celles liées aux relations avec les employés et avec l’administration. Aujourd’hui, nous avons cependant d’autres préoccupations, comme le changement climatique qui engendrent des contraintes dans l’acte de bâtir, avec, par exemple, des matériaux qui ont un fort impact environne- mental ou qui viennent à manquer.
Votre association est aussi censée défendre l’architecture à Genève alors qu’on a l’impression d’être confrontés parfois à des horreurs architecturales. Comment l’expliquez-vous?
L’association n’est malheureusement pas responsable de l’absence d’engagement culturel de certains professionnels et de leurs mandants qui n’ont pas de culture urbanistique et architecturale et surtout aucun objectif de qualité, motivés souvent uniquement par des gains financiers.
Quel est le plus grand défi pour les architectes à Genève?
Notre défi est de convaincre que bâtir est un engagement social et que nous pouvons faire de la qualité. La densification est effectivement très mal perçue, notamment avec les problèmes de mobilité qui ne cessent d’augmenter. Il faut ainsi convaincre que nous pouvons continuer à construire en faisant de la qualité.
Est-ce qu’il ne manque pas à Genève un vrai projet architectural comme nous aurions pu l’avoir avec le Musée d’art et d’histoire repensé par Jean Nouvel?
Il est vrai que nous préférerions que les touristes viennent à Genève pour son architecture et son urbanisme plutôt que pour son Jet d’eau. Nous restons une petite ville. Mais nous oublions que, malgré tout, nous avons aussi de très beaux objets comme l’immeuble Clarté réalisé par Le Corbusier en 1920 et qui est d’une modernité incroyable.
Quels sont les bâtiments emblématiques de Genève?
Pour moi, il y a plusieurs bâtiments extraordinaires à Genève. Par exemple les immeubles Braillard du premier square de Montchoisy (Eaux-Vives). Les Tours de Carouge ou même Le Lignon sont des projets architecturaux très avant-gardistes.
Et la plus grande catastrophe architecturale de la ville?
L’éco-quartier de la Jonction. Les promesses du concours n’ont jamais été concrétisées car plusieurs entités ont ajouté des demandes en cours d’élaboration de projet, dénaturant la proposition originelle. Cette pièce urbaine n’est hélas pas une réussite telle que le projet lauréat le proposait.
Qui est le plus grand architecte?
J’ai beaucoup d’admiration pour de nombreux architectes du passé et du présent. Certains ont influencé nos études, comme Luigi Snozzi, architecte tessinois. D’autres notre manière d’appréhender le territoire dans lequel nous évoluons e nos projets, comme l’architecte genevois Marc J. Saugey.
Quelles sont les nouvelles tendances architecturales?
C’est difficile à dire car on se rend compte des tendances, souvent des décennies après qu’elles se sont réalisées. Cependant, on retrouve une certaine rationalité dans les nouveaux projets, probablement en lien avec les préoccupations environnementales. On voit des formes plus calmes, plus maîtrisées. On utilise des matériaux plus écologiques.
Est-ce qu’il faudrait changer les normes pour préserver au mieux le patrimoine architectural?
Je ne suis pas de ceux qui pensent que les normes brident la création architecturale, au contraire. Les architectes doivent travailler avec des contraintes, tant économiques, sociétales ou écologiques. Elles véhiculent la sensibilité du moment. Nous n’avons pas le choix, par exemple, de faire des économies d’énergie, de penser au recyclage, à la préservation des arbres majeurs, à la biodiversité, etc.
Est-ce qu’architecte est le plus beau métier du monde?
Pour moi oui. Mais architecte n’est pas un métier, c’est un état d’être.
