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L'avenir de la construction rime avec BIM

A l’heure d’une généralisation des outils numériques, le Bâti immobilier modélisé devrait permettre de faciliter la lente mais inévitable transition digitale du secteur en Suisse.

Un jumeau numérique du bâtiment rassemble l’ensemble des caractéristiques physiques et techniques de l’infrastructure.
Un jumeau numérique du bâtiment rassemble l’ensemble des caractéristiques physiques et techniques de l’infrastructure. - Copyright (c) STW Architecte / Bouygues UK
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Plein de potentiel, le domaine de la construction accuse pourtant un important retard sur la digitalisation. L’institut McKinsey place d’ailleurs le secteur du bâtiment tout en bas du classement mondial, juste devant l’agriculture et la chasse. Heureusement, une solution est en train d’émerger sous le nom de BIM (Modélisation des Informations du Bâtiment) et risque de bousculer les habitudes voire de devenir indispensable.

L’engouement est présent en Suisse

Le salon BIM DAY GVA a eu lieu le 10 mars à Palexpo.diaporama
Le salon BIM DAY GVA a eu lieu le 10 mars à Palexpo.

Bien plus qu’un logiciel qui a le vent en poupe, le BIM est un processus de travail collaboratif qui s’étend de la phase de conception à celle de démolition d’un ouvrage. Le but étant de réaliser des maquettes numériques contenant des objets 3D qui compilent des données de manière intelligente et structurée. En clair: un jumeau numérique du bâtiment rassemble l’ensemble des caractéristiques physiques et techniques de l’infrastructure et offre une base de données utile à sa gestion. «Il ne faut pas oublier que les délais de réalisation ainsi que les contraintes énergétiques et réglementaires ne sont pas les mêmes qu’il y a quinze ou vingt ans. Cette technologie a l’avantage de faciliter grandement notre travail», assure Mathieu Rigaud, responsable des projets d’innovations BIM chez Vinci.

«Cette technologie a l’avantage de faciliter grandement notre travail»

Mathieu Rigaud, responsable des projets d’innovations BIM chez Vinci

Ayant déjà convaincu une partie de la branche, le BIM gagne peu à peu en popularité en Suisse. Ce qui n’a pas échappé à l’Etat de Genève qui développe depuis 2017 le projet BIM Etat pour l’avancement des dépôts d’autorisation de construire en BIM dans le canton. Une opération saluée lors du salon BIM DAY GVA ayant eu lieu le 10 mars dernier à Palexpo (immobilier.ch était partenaire). Pour sa deuxième édition, l’évènement a réuni pas moins de 35 exposants et des centaines de visiteurs venus en nombre pour échanger avec les pionniers du BIM en Suisse romande.

Des projets de taille ouvrent la voie

Tour à tour, des acteurs tels que Franck Jurain de la société Betelec ou Serge Goepp de Lean Projet se sont succédé sur scène pour vanter les mérites du BIM. Le spécialiste de Vinci, Mathieu Rigaud s’est quant à lui attardé sur la question de l’utilité du jumeau numérique dans l’exploitation d’un ouvrage: «Le niveau de détail de la modélisation permet d’analyser ses données en temps réel et ainsi d’optimiser le fonctionnement d’un bâtiment.» Il est dès lors possible de naviguer virtuellement dans ses bureaux, d’analyser les variations de températures ou d’éclairages pour limiter les consommations inutiles mais aussi de gérer sa maintenance. «Jusque-là, l’information sur les équipements ne préoccupait personne sauf le jour où un balcon tombait et que les avocats débarquaient ou alors lorsqu’il y avait un problème de plomberie et qu’il fallait détruire les murs pour voir où passait le tuyau», souligne l’expert de Vinci. Désormais, tout se visualise numériquement.

Un facilitateur du début à la fin

Néanmoins, le BIM déploie véritablement tout son intérêt lorsqu’il est intégré dès le début du processus de construction. A l’image du Campus Pictet de Rochemont, prévu pour 2025 sur plus de 66'000 m2 de surface à la route des Acacias et conçu en full BIM. «Sur un projet aussi emblématique, nous sommes bien conscients que de le faire en BIM donne un signal fort et positif. Nous avons voulu miser sur l’avenir pour avoir davantage de contrôle sur notre bâtiment, avoir une meilleure efficience et ne pas se fermer les portes sur le futur», déclare Jean-Hugues Hoarau, responsable de la division immobilier et logistique pour le groupe Pictet.

Un franc succès.diaporama
Un franc succès.

Ce dernier est revenu sur l’expérience en cours et les multiples avantages du BIM tout au long du processus. Tout d’abord avec la phase de conception, où le BIM permet une meilleure compréhension du projet. «Lorsque vous allez voir des banquiers ou des personnes qui ne sont pas du métier, cette approche 3D avec des images de synthèse plutôt que des coupes et des plans facilite réellement la prise de décision», indique-t-il. Lors de l’étape de réalisation à nouveau, le BIM facilite la communication avec une coordination améliorée entre les partenaires. Aussi, lors de l’exploitation, la gestion de la data, la maintenance préventive et les services aux utilisateurs sont à disposition grâce au BIM. «Si on se projette dans quelques décennies, sur la déconstruction également, le BIM aura toute son utilité. Je crois profondément que maitriser les données liées au bâtiment sera clé pour plus tard», commente Jean-Hugues Hoarau.

Du fait de la raréfaction des différentes matières premières pour les chantiers, le BIM permettra notamment le recyclage ou la réutilisation des matériaux. «D’ailleurs, avec une approche BIM, si dans vingt-cinq ans un matériau est pointé du doigt comme néfaste, ce qui est le cas avec le HBCD actuellement, nous aurons son emplacement exact grâce à notre maquette numérique. Les informations dans cet outil nous seront tôt ou tard très utiles», conclut l’expert immobilier.

La reconstruction de Notre-Dame se fera en BIM

Tout le monde se rappelle le 15 avril 2019, lorsque la cathédrale de Notre-Dame de Paris, en proie aux flammes, subissait un incendie ravageant l’intégralité de sa charpente. Emmanuel Di Giacomo, responsable Europe du développement des écosystèmes BIM chez Autodesk, a participé au BIM DAY GVA (dont immobilier.ch était partenaire) afin de décrire la reconstruction de la cathédrale réalisée en processus BIM. «L’objectif est d’aider le président français à tenir son engagement qui est de reconstruire le bâtiment pour 2024, et ce, à l’identique pré-incendie», témoigne-t-il. A l’aide de nuages de points et de prises de vues par drone, un modèle 3D a ainsi pu être élaboré comme le raconte le spécialiste: «De par sa complexité et son gigantisme, il a fallu un travail de fourmi pour représenter avec fidélité chaque détail de la cathédrale car il n’existait aucun plan d’époque de ce monument historique. Nous partions de zéro.» La maquette BIM qui observe une précision de l’ordre de 1 à 4 cm et qui a analysé entre autres les 3000 m3 de murs en pierre, les 3925 m2 de toiture en plomb et les 186 voutes, servira à présent aux 250 entreprises impliquées dans la restauration du bâtiment.