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Vaud - Suisse

Le Cèdre, retour sur l'histoire d'un bâtiment lausannois emblématique, intemporel et désormais rénové

La Vaudoise Assurances vient d’inaugurer son siège restauré pour 28 millions de francs. Ce monument du patrimoine architectural a pourtant failli ne jamais voir le jour.

Un des espaces charnières auparavant utilisé pour faire circuler le courrier et désormais transformé pour offrir des nouveaux espaces d'échange à disposition des 500 collaboratrices et collaborateurs du siège de Vaudoise Assurances
Un des espaces charnières auparavant utilisé pour faire circuler le courrier et désormais transformé pour offrir des nouveaux espaces d'échange à disposition des 500 collaboratrices et collaborateurs du siège de Vaudoise Assurances - Copyright (c) Léo Fabrizio
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L’histoire ressemble moins à une autoroute qu’à un sentier de montagne: ce sont ses virages et ses obstacles qui en font toute la beauté. Il en va ainsi de la construction du siège de la Mutuelle Vaudoise Accidents (MVA), rebaptisée «la Vaudoise Assurances» en 1975, au sud du parc de Milan entre 1953 et 1956, dont on vient de célébrer l’inauguration de la restauration.

Nous sommes en septembre 1946 et la population vaudoise est appelée à avaliser l’achat de la «propriété du Cèdre» pour 1,5 million de francs. On parle d’un vaste domaine de 6,5 hectares qui appartenait à la famille Bugnion, des banquiers privés à la tête d’un établissement fondé en 1803 et qui finira par être absorbé par l’UBS en 1964. Mais durant le week-end des 20 et 21 septembre 1946, ce projet, porté par le Conseil d’Etat qui souhaite y installer divers bâtiments d’instruction, est refusé de justesse par la population. Il est repoussé à une majorité de 890 voix.

C’est peu après ce refus que Paul Bugnion s’accorde avec la direction de la MVA. Datée d’août 1948, la transaction ne porte que sur deux parcelles totalisant 11 121 m². Un concours d’architecture sur invitation est mis sur pied en 1951. Dans le jury figure le célèbre Marc-Joseph Saugey, auteur du bâtiment de La Compagnie d’assurances La Nationale Suisse à Genève (1947-1949). L’architecte Jean Tschumi l’emporte en février 1952. Cette première réalisation lausannoise sera un jalon essentiel de sa carrière, puisqu’il décrochera peu après le siège mondial de Nestlé à Vevey et le siège mondial de l’Organisation mondiale de la santé à Genève, avant de décéder prématurément à l’âge de 57 ans (1904-1962).

Une affaire de famille

Des décennies plus tard, la Vaudoise Assurances manque cruellement de place et souhaite ardemment construire un bâtiment supplémentaire qui ferait face à celui construit en parallèle à l’avenue des Bains. Vu le retard pris par le plan d’affectation en question (PA Cèdres), ses dirigeants décident d’aller de l’avant avec la nécessaire rénovation du siège historique, baptisé «Le Cèdre». Un nouveau concours d’architecture sur invitation est organisé en 2020-2021, réunissant sept bureaux d’architectes. A noter que le jury comprenait l’architecte Bernard Tschumi, qui n’avait que 18 ans quand son père est décédé.

Le projet sélectionné, «Un moment charnière», est celui du bureau lausannois Itten+Brechbühl «pour son approche à la fois pragmatique, respectueuse du patrimoine et en adéquation avec la démarche Worksmart@Vaudoise», peut-on lire dans le communiqué officiel de la Vaudoise Assurances. Les équipes sont déplacées dans deux bâtiments (avenue de Rhodanie 40 et chemin de Primerose 35) le temps du chantier, soit entre avril 2024 et décembre 2025.

Un projet avant-gardiste

Avec cette rénovation, Le Cèdre confirme sa capacité à évoluer avec son temps sans renier son identité. «Conserver l’esprit de l’œuvre de Jean Tschumi, tout en l’adaptant aux défis contemporains, était une ambition forte pour nous», a relevé Philippe Hebeisen, président du conseil d’administration de la Vaudoise Assurances, lors de l’inauguration qui a eu lieu le 28 avril.

Il faut dire que Le Cèdre était particulièrement avant-gardiste. Siégeant au conseil de la MVA à l’époque, l’entrepreneur Adolphe Cornaz encourage ses collègues à effectuer un rapide voyage d’études aux Etats-Unis. Nous sommes en octobre 1952, les plans de Jean Tschumi étaient achevés et le chantier prêt à s’ouvrir.

Sur place, l’architecte – accompagné du directeur général de la MVA, Marcel Delarageaz, et du secrétaire général de la MVA, Roger Bobillier – visitera une dizaine d’immeubles de bureau récents, et parmi eux la City Bank, la Mutual Life Insurance ou encore Swiss Re-Insurance.

Ils en reviennent avec trois principes fondamentaux: la flexibilité, la transparence et le confort. Quelques modifications sont alors effectuées pour intégrer des espaces de travail ouverts, le premier restaurant d’entreprise de Suisse, un garage souterrain ou encore le chauffage par plafond actif.

Esprit initial respecté

Cet esprit avant-gardiste voulu par Jean Tschumi et la direction de l’époque a été entièrement respecté. Parmi les rares changements majeurs effectués en ce XXIe siècle par le bureau IB, le rôle des espaces charnières.

Il s’agit des espaces reliant les deux ailes du bâtiment. Ils ont été repensés afin de répondre aux nouvelles manières de travailler et au confort des utilisateurs. Dans les années 1950, cet espace était cloisonné car destiné à y recevoir le courrier et les dossiers qui étaient ensuite distribués aux différents services via un ascenseur.

Désormais, ces quatre espaces charnières ont été libérés. Ils sont conçus aujourd’hui comme de véritables lieux de rencontre, de travail collaboratif et de pause. Citons par exemple, au premier étage, l’Espace Canopée où l’on peut admirer une photographie multispectrale sur papier peint commandée au photographe et artiste Yann Gross, qui aborde la question de la multiplicité des palmiers dans les forêts de la vallée de la Maggia au Tessin.

Réputée pour ses conditions de travail attrayantes, la Vaudoise Assurances ambitionne de décrocher le label WELL Gold, lequel place le bien-être des collaboratrices et collaborateurs au cœur de la démarche: qualité de l’air, lumière naturelle, confort thermique, ergonomie et acoustique.